Le premier dimanche du mois, tout le monde connaît le réflexe : Orsay, l'Orangerie, la file d'attente. Mais la gratuité ne s'arrête pas au périphérique. Châteaux, basilique royale, art contemporain, aviation : le Grand Paris regorge de collections nationales qui ouvrent gratuitement leurs portes — et qui ont un avantage décisif sur leurs cousines parisiennes : on peut y arriver à pied, par une vraie balade. Sélection en trois temps.
Gratuits le premier dimanche, toute l’année
Le musée d’Archéologie nationale, au bout de la plus belle terrasse de l’ouest parisien
Napoléon III l’a installé en 1862 dans le château de Saint-Germain-en-Laye, vieille résidence de Louis VI le Gros — le Château-Vieux, celui qui a survécu ; Louis XIV, lui, est né en 1638 au Château-Neuf, démoli après la Révolution, dont il ne reste que le pavillon Henri-IV, aujourd’hui un hôtel. Le musée couvre, sur le papier, deux millions et demi d’années, du premier silex taillé aux Mérovingiens. C’est la plus importante collection archéologique de France, et nous l’avions décrite comme un musée sans foule à la scénographie aérée, où l’on regarde autant les vitrines que la cour du château par les fenêtres.
Réserve importante cette année : le musée est engagé depuis 2024 dans un chantier de mise en sécurité et d’accessibilité qui a fermé les salles du Paléolithique, de la Gaule romaine et du premier Moyen Âge. Restent le Néolithique, l’âge du Bronze et la Gaule celtique — une très belle demi-journée, mais on ne verra ni la Dame de Brassempouy ni les Mérovingiens. Vérifiez les salles ouvertes avant de partir.
Le chemin, lui, est intact. C’est l’occasion rêvée de tester notre itinéraire préféré vers l’ouest : 24 km de la Porte Maillot à Saint-Germain-en-Laye, en jouant à cache-cache avec la Seine. Les berges discrètes du Bois de Boulogne, une passerelle spectaculaire signée Gustave Eiffel, des sentiers forestiers et, à l’arrivée, la terrasse de Le Nôtre avec tout le Grand Paris à ses pieds. Pour les moins marcheurs, le RER A dépose devant le château.
Musée d’Archéologie nationale, place Charles-de-Gaulle, Saint-Germain-en-Laye (78). RER A, gare de Saint-Germain-en-Laye. De 10h à 17h, fermé le mardi. Tarif plein 6 €, gratuit pour les moins de 26 ans résidant dans l’UE, gratuit pour tous le premier dimanche du mois, toute l’année. musee-archeologienationale.fr
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Le MAC VAL, vingt ans d’art contemporain de l’autre côté du périphérique
Il a soufflé ses vingt bougies l’automne dernier et reste le seul musée d’art contemporain construit en banlieue parisienne, jardin compris. La collection du MAC VAL suit la scène française depuis les années 1950 ; 68 % de ses visiteurs sont franciliens, ce qui en dit long sur ce qu’il est vraiment — un musée de proximité, pas une étape de circuit touristique. On y entre sans réserver, sans file, et on ressort par le jardin.
Nouveauté à surveiller : le 5 novembre 2025, le musée a signé avec le Centre Pompidou, fermé pour travaux jusqu’à la fin de la décennie, un partenariat qui prévoit une grande exposition commune par an — la première, Voyez-vous ça ! d’Arnaud Labelle-Rojoux, s’est tenue de novembre 2025 à février 2026. Autrement dit, le Pompidou ne s’est pas « installé » à Vitry : il y passe, une fois l’an. Regardez la programmation avant de faire le déplacement pour lui.
Et puisque le musée est à Vitry, autant transformer la visite en journée : la ville est l’une des capitales des cultures urbaines, et nous en avons tiré une balade arty de 4,5 km entre les fresques.
MAC VAL, place de la Libération, Vitry-sur-Seine (94). Tram T9, arrêt Musée MAC VAL, depuis Porte de Choisy. De 11h à 18h, fermé le lundi. Tarif plein 5 €, réduit 2,50 €, gratuit pour les moins de 26 ans, gratuit pour tous le premier dimanche du mois. Jardin en accès libre du mardi au dimanche, de 9h à 18h. macval.fr
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Le musée de l’Air et de l’Espace, deux Concorde et une aérogare Art déco
Au Bourget, sur le plus ancien aéroport d’affaires du monde, on entre par une aérogare Art déco des années 1930 qui vaut à elle seule le voyage. La Grande Galerie remonte le fil depuis les frères Montgolfier ; sur le tarmac, deux fusées Ariane à l’échelle 1 se contemplent depuis la table du restaurant ; à l’intérieur, un Spitfire de la bataille d’Angleterre et un V1, la bombe volante nazie. Et surtout deux Concorde, dans lesquels on monte : nous y avons réalisé un vieux rêve, celui de s’asseoir dans le seul avion de ligne supersonique jamais mis en service — Mach 2,04, 2 172 km/h.
Attention en revanche, la règle tarifaire a changé : les collections ne sont plus gratuites tous les jours. Le billet « Check In » est passé à 17 €, et la gratuité pour tous se concentre désormais sur le premier dimanche du mois. Les moins de 26 ans, eux, continuent d’entrer sans payer toute l’année. Là encore, le musée peut être le début d’une journée entière : 12 km de la gare RER du Bourget à Saint-Denis, à travers l’Aire des Vents, le Terrain des Essences dépollué à l’occasion des JO et le canal — une Seine-Saint-Denis verte qu’on ne montre pas assez.
Musée de l’Air et de l’Espace, aéroport de Paris-Le Bourget (93). RER B, gare du Bourget, puis bus 152. De 10h à 18h, fermé le lundi. Billet « Check In » 17 € (réduit 14 €), gratuit toute l’année pour les moins de 26 ans, gratuit pour tous le premier dimanche du mois. Planétarium, Planète Pilote, tour de contrôle et visites guidées payants. museeairespace.fr
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Gratuit le premier dimanche, sauf en juillet et en août
Le château de Fontainebleau, 1 500 pièces et personne dedans
C’est le paradoxe qui nous avait frappés en le parcourant comme un labyrinthe : 580 000 visiteurs par an, contre huit millions à Versailles. On y traverse la galerie François-Ier — la vraie galerie des Glaces avant l’autre, boiseries et fresques du Rosso Fiorentino et du Primatice —, la salle de bal, la chambre d’Anne d’Autriche, les appartements du pape Pie VII, ceux de Napoléon, et on peut marcher deux heures sans croiser personne. Huit cents ans d’histoire de France, le premier dimanche du mois pour zéro euro, au lieu de 17.
Un mot sur la forêt voisine, ravagée par les incendies du 12 au 24 juillet : environ 2 000 hectares ont brûlé, soit 10 % du massif. Depuis le 22 août, l’ONF a rouvert près de 80 % de la forêt, mais les 20 % restants demeurent interdits, balisés et barriérés : arbres aux racines brûlées qui s’effondrent sans prévenir, rochers fendus par la chaleur, chemins défoncés par les engins de secours. Ces zones resteront fermées longtemps. Renseignez-vous sur les secteurs ouverts avant d’improviser une balade en lisière — et relisez notre entretien avec Claire Nowak, responsable de l’unité territoriale de Fontainebleau de l’ONF, pour comprendre ce qui se joue dans le massif.
Château de Fontainebleau (77). Ligne R, gare de Fontainebleau-Avon, puis bus 1. De 9h30 à 17h d’octobre à mars, jusqu’à 18h d’avril à septembre ; fermé le mardi. Tarif plein 17 €, gratuit le premier dimanche du mois sauf en juillet et en août. Parc et jardins gratuits toute l’année. chateaudefontainebleau.fr
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Gratuits le premier dimanche, de novembre à mars : les monuments nationaux
La règle est simple : chez les monuments nationaux, la gratuité du premier dimanche ne vaut que de novembre à mars – donc, janvier, février, mars, novembre et décembre. On a choisi deux pépites du Grand Paris, et ce sont deux extrêmes de l’histoire de l’architecture.
La Villa Savoye, la maison conçue autour d’une voiture
Un parallélépipède blanc posé sur pilotis dans une prairie de Poissy, un toit-jardin, des fenêtres en bandeau : la Villa Savoye a bientôt cent ans et n’a pas pris une ride. Le Corbusier l’achève en 1931 ; elle est classée monument historique en 1965, quelques mois après sa mort, et inscrite depuis à l’Unesco. Le détail qu’on oublie toujours, et qui change tout quand on arrive sur place : c’est l’une des premières maisons de l’histoire conçues autour de l’arrivée en voiture — la courbe du rez-de-chaussée épouse le rayon de braquage d’une automobile des années 1920. À deux kilomètres de là tourne l’usine Stellantis. La voiture sublimée en architecture au moment même où on l’industrialisait en bord de Seine.
On y arrive à pied dans le prolongement de notre balade de Villennes à Poissy par les bords de Seine, celle qui passe chez Zola.
Villa Savoye, 82 rue de Villiers, Poissy (78). RER A ou ligne J, gare de Poissy. De 10h à 17h (18h du 2 mai au 31 août), fermé le lundi. Tarif 9 €, gratuit pour les moins de 26 ans, gratuit le premier dimanche du mois de novembre à mars. villa-savoye.fr
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Le château de Vincennes, le plus haut donjon d’Europe au bout de la ligne 1
Cinquante-deux mètres, trois générations de rois pour le bâtir, et une ascension qu’on a faite pour vous : le donjon de Vincennes est le plus élevé d’Europe. On y monte de salle en salle — la chapelle, le cabinet de travail de Charles V dit le Sage, la garde-robe, les latrines, et cette salle du trésor qui abrita jusqu’à 20 % de l’or du royaume. Sur les murs, des graffitis de prisonniers datés du XVe siècle ; Sade y a passé sept ans et y a commencé à écrire. En haut, 360 degrés sur le Grand Paris et le bois. À côté, la Sainte-Chapelle bâtie par Charles V pour abriter une épine de la couronne du Christ. Tout cela à quinze minutes de Châtelet.
Château de Vincennes (94). Métro 1 et RER A, Château de Vincennes. De 10h à 17h (18h du 22 mai au 21 septembre). Tarif 13 €, gratuit pour les moins de 26 ans, gratuit le premier dimanche du mois de novembre à mars. chateau-de-vincennes.fr
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Celui qui n’attend pas le premier dimanche
Le musée Rodin de Meudon, gratuit tous les week-ends — plus que quatre
C’est le bon plan le plus mal connu de cette liste. Rodin arrive à la villa des Brillants à 53 ans avec Rose Beuret, fuyant Paris comme tant d’artistes de son époque, et y reste vingt-quatre ans. Il y vivait avec des paons et des guenons, et descendait à la gare à cheval. Dans la galerie des Plâtres, on voit le matériau dans lequel il travaillait d’abord — modeste, prolifique, tordu, coupé, réassemblé — et les figures qu’on croyait connaître en bronze : L’Âge d’airain, Balzac, L’Homme qui marche, La Porte de l’Enfer. Dans l’atelier dormaient six mille antiques accumulés toute une vie, marbres gréco-romains et sculptures égyptiennes. Rose est morte dix-sept jours après leur mariage ; lui deux semaines plus tard. Ils reposent dans le parc, face au val de Seine, sous une version du Penseur.
Tout cela est gratuit, sans réservation, tous les samedis et dimanches. Mais la saison 2026 s’achève le dimanche 27 septembre : il reste quatre week-ends, après quoi il faudra attendre la fin mars 2027.
Et le chemin pour y monter vaut le musée : depuis la rue de Paris, un sentier pavé grimpe entre une friche que personne n’a muséifiée, le portail cadenassé des carrières de craie Arnaudet et un improbable village d’artistes où l’on taille encore la pierre en plein air, contre le mur même de la propriété.
Musée Rodin de Meudon, 19 avenue Auguste-Rodin, Meudon (92). Ligne N (gare de Meudon) ou RER C (Meudon-Val-Fleury). Samedis et dimanches de 10h à 18h, du 28 mars au 27 septembre 2026. Entrée gratuite, sans réservation. meudon.musee-rodin.fr
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Et celle qui ne joue plus le jeu mais qu’on aime quand même : la basilique de Saint-Denis
Il faut le dire clairement, parce que l’information circule encore partout : la basilique-cathédrale de Saint-Denis ne participe plus à l’opération des premiers dimanches gratuits. Son site officiel l’écrit noir sur blanc. Depuis l’ouverture de la Fabrique de la flèche, le billet est à 17 € pour la nécropole royale et le chantier réunis, 11 € le lundi pour la seule nécropole — et gratuit toute l’année pour les moins de 26 ans, ce qui reste la meilleure nouvelle du lot.
Ça n’enlève rien au monument, et nous avions déjà cinq bonnes raisons d’y aller. D’abord parce qu’avec 150 000 visiteurs par an, elle est quatre-vingts fois moins fréquentée que Notre-Dame : on y déambule. Ensuite pour les soixante-dix gisants — Henri II et Catherine de Médicis par Le Primatice, Louis XII et Anne de Bretagne en transis, l’urne des viscères de François Ier. Pour la lumière, enfin, celle que l’abbé Suger appelait lux mirabilis et continua et qui traverse des roses de douze mètres pour tomber en bleu et rouge sur la pierre. Et pour le chantier de la flèche nord, démontée en 1847 par Viollet-le-Duc, qu’on remonte aujourd’hui à la loge de taille de pierre, forgerons et tailleurs à l’œuvre devant le public.
Les marcheurs viendront depuis La Villette par le canal Saint-Denis : une heure trente de fresques monumentales, d’écluses et de skyline en mutation. Simplement, prévoyez le billet.
Basilique-cathédrale de Saint-Denis (93). Métro 13 (Basilique de Saint-Denis), ligne H ou RER D (gare de Saint-Denis). De 10h à 16h45 d’octobre à mars, jusqu’à 17h45 d’avril à septembre ; le dimanche à partir de 12h. Nécropole + Fabrique de la flèche 17 €, nécropole seule le lundi 11 €, gratuit pour les moins de 26 ans. Pas de gratuité le premier dimanche du mois. saint-denis-basilique.fr · suivezlafleche.com

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1 septembre 2026 - Le Bourget