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À Fontainebleau, le feu n’est pas éteint : « En fait, ça brûle »

A Fontainebleau, des routes forestieres abimées par l'incendie de juillet 2026. Photo ONF
A Fontainebleau, des routes forestieres abimées par l’incendie de juillet 2026. Photo ONF

L'actualité est passée aux incendies du Sud-Ouest, les flammes ont disparu des écrans. Pourtant, sous les pieds des pompiers, le feu de Fontainebleau continue de brûler. Seize hectares ont encore été perdus mercredi 29 juillet. Claire Nowak, responsable de l'unité territoriale de Fontainebleau de l'Office national des forêts, décrit une lutte quotidienne dont l'issue ne dépend plus des hommes, mais de la pluie.

Vu de loin, tout semble terminé. Les colonnes de fumée ont disparu, les Canadair sont partis vers d’autres fronts, et les 1 900 hectares brûlés depuis le 12 juillet — 580 côté Fontainebleau, 1 320 côté Trois Pignons — n’apparaissent plus dans les journaux télévisés. Claire Nowak, elle, n’a pas quitté le terrain. « On est sur le pont depuis le 12 juillet, depuis le début de ce feu catastrophique », prévient la chef d’équipe des forestiers de Fontainebleau.

« Le feu part dans la tourbe et continue à brûler sans qu’on le voie »

Le feu est éteint en surface. Est-il éteint tout court ?

Claire Nowak : Non. C’est vrai qu’il est éteint en surface, donc on peut avoir l’impression, de loin, que les choses se sont calmées. Et l’actualité a très vite fait que d’autres feux catastrophiques, dans le Sud-Ouest, mobilisent l’attention. Mais le chantier de Fontainebleau n’est pas du tout terminé. En fait, ça brûle.

Où ça, puisqu’on ne voit rien ?

Sous nos pieds. On est passé au stade de ce qu’on appelle le feu zombie : le feu part dans la tourbe et continue à brûler sans qu’on le voie. La tourbe est un type de sol assez spécifique à Fontainebleau, sur des terrains acides. Même si à l’extérieur tout est brûlé, le feu a de quoi manger en souterrain. On relève tous les jours des points chauds, avec des températures de l’ordre de 150 degrés à la surface du sol — et beaucoup plus en profondeur dès que l’on descend.

Concrètement, comment cela se manifeste-t-il ?

Le stade le moins grave, c’est la fumerolle. Mais très vite, la fumerolle évolue vers des reprises de flammes, avec vraiment des flammes qui reviennent et qui remangent du terrain. Mercredi encore, seize hectares supplémentaires ont été perdus : huit aux Trois Pignons, huit à Fontainebleau, sur les deux zones qui ont brûlé.

Les pompiers parlent d’un feu « fixé ». Que veut dire ce mot ?

Que le feu ne s’étend plus — mais pas qu’il est éteint. Les pompiers considèrent que le feu n’est pas éteint. Il peut encore y avoir des reprises.

Tous les jours, ils éteignent un point chaud, et ça repart à côté ?

C’est exactement ce qui se passe. Ils éteignent, ça repart à côté, ils éteignent, ça repart. C’est un peu sans fin.

« On fait au jour le jour »

Combien de temps avant de pouvoir déclarer le feu éteint ?

Ça va dépendre complètement de la météo. Si on a des pluies très abondantes, le feu souterrain pourra être supprimé. Mais avec les seuls moyens des pompiers, sur des dizaines de kilomètres de contour, il n’y a pas vraiment de calendrier, pas de temporalité. On fait au jour le jour, en fonction de l’évolution de la météo.

Pour dire les choses vraiment clairement : À Fontainebleau, vous attendez la pluie.

Exactement. Et ce sera peut-être en août, peut-être en octobre. C’est pour ça que je parle de marathon. On est dans une phase beaucoup plus difficile à appréhender, où le risque est devenu presque invisible — mais il est pourtant là. C’est très important d’en avoir conscience, et de comprendre la profondeur, si j’ose dire, de cet événement.

Et après ce marathon ?

Un autre commence, beaucoup plus long celui-là : reconstruire une forêt. Mais ça, c’est une autre histoire. *(Que nous raconterons dans un second entretien, à lire prochainement sur Enlarge Your Paris, NDLR.)*

Une reprise de feu  en forêt de Fontainebleau, aout 2026. Photo ONF
Une reprise de feu en forêt de Fontainebleau, aout 2026. Photo ONF

Pourquoi il ne faut vraiment pas y aller

La forêt de Fontainebleau est entièrement fermée, comme les Trois Pignons, la Commanderie et la plupart des massifs des Yvelines et de l’Essonne, par mesure de prévention. Dans les zones incendiées, la fermeture durera bien au-delà : la forêt brûlée est devenue physiquement dangereuse.

Les arbres, dont les racines ont brûlé, ne tiennent plus : ils commencent déjà à s’écrouler. Les sites de blocs, chers aux grimpeurs, ont été très affectés — des rochers se sont fendus sous l’effet de la chaleur, certains se sont décollés de la pente. Le premier gros orage, celui-là même qui éteindra le feu, provoquera des phénomènes d’érosion et d’éboulis inédits à cette échelle à Fontainebleau. Quant aux chemins sableux, ils ont été défoncés par des centaines de passages de camions, jour et nuit, pendant des semaines.

Conséquence directe : « Si quelqu’un se rend sur le site et est blessé par la chute d’un arbre ou par un bloc qui se renverse, il est aujourd’hui presque impossible pour les pompiers d’aller le chercher : on ne passe plus en véhicule léger dans le massif », avertit Claire Nowak. Le respect des rubalises n’est pas une formalité administrative. C’est ce qui vous garde en vie.

Des fumeroles en forêt de Fontainebleau. Photo Onf
Des fumeroles en forêt de Fontainebleau. Photo Onf
Après l'incendie en forêt de Fontainebleau, des forestiers procèdent à une détection points chaud avec une camera thermique. Photo Onf
Après l’incendie en forêt de Fontainebleau, des forestiers procèdent à une détection points chaud avec une camera thermique. Photo Onf

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