
L'usine Stellantis de Poissy cessera d'assembler des voitures après 2028. Dernière usine automobile d'Île-de-France, fondée par Ford en 1938 dans la ville de Saint Louis, bombardée en 1944, passée par neuf marques et 27 000 ouvriers au pic de sa gloire. La question n'est pas tant ce qui ferme que ce qu'on va bien pouvoir faire de ce bord de Seine.
Stellantis vient de l’officialiser, mais tout le monde savait. L’usine de Poissy tournait depuis longtemps à cadence réduite, le site était en sursis depuis des mois, et les rumeurs d’un possible Parc des Princes hors les murs pour un PSG en quête d’arène, avaient fini par circuler jusque dans la presse. La fin de l’assemblage automobile après 2028, c’est une annonce qui ressemble moins à une nouvelle qu’à un aveu.
L’usine a une sacrée histoire. Ford l’a construite en 1938 en bord de Seine, dans la ville natale de Saint Louis, baptisé en 1214 dans la collégiale Notre-Dame qui domine encore le bord de Seine, ce qui relativise les angoisses de reconversion. C’était la tête de pont de l’industrie automobile américaine en Europe. La guerre est passée par là : réquisitionnée par les Allemands, bombardée par les Alliés en 1942 puis 1944 – les mêmes qui, le 26 mai 1944, ont aussi détruit l’ancien pont médiéval de Poissy, celui par lequel passaient depuis le XIIIe siècle les troupeaux normands en route pour le grand marché aux bestiaux, avant d’être vendus aux bouchers parisiens. Puis Ford a vendu à Simca, Simca à Chrysler, Chrysler à Peugeot. Quatre-vingt-sept ans, neuf marques, des millions de voitures.
Il reste un vestige discret de cette époque : le quai Talbot, arrêt de RER fantôme à quelques centaines de mètres de la gare de Poissy, ouvert vers 1960 pour déposer les ouvriers directement à l’entrée de l’usine aux heures des trois-huit. Si discret qu’il ne figurait pas dans les indicateurs ni sur les panneaux d’affichage des autres gares. Fermé en 2004, quand les effectifs ont fondu. Aujourd’hui le RER A le grille à pleine vitesse, quai envahi par les herbes, panneau émaillé encore lisible. Un arrêt de train qui racontait à lui seul 27 000 ouvriers au pic des années 1970.
Ce n’est pas la première fois que l’Île-de-France se retrouve avec un géant industriel sur les bras. L’île Seguin a mis trente ans à trouver une vocation — et elle n’est pas encore tout à fait trouvée. L’usine d’Aulnay-sous-Bois, fermée en 2014, reste un chantier laborieux. Il y a des réussites quand on se donne la peine : le parc André-Citroën dans le 15e, La Villette sur les anciens abattoirs, la Seine Musicale sur l’île Seguin elle-même.
À deux kilomètres de l’usine en fin de carrière, la Villa Savoye – Le Corbusier, 1931, Unesco – est l’une des premières maisons de l’histoire conçues autour de l’arrivée en voiture. La voiture sublimée en architecture au moment même où Ford l’industrialisait en bord de Seine. Poissy a toujours eu plusieurs vies. On aimerait maintenant rendre à la vallée de la Seine une silhouette qui ressemble à ce que peignaient Monet et Sisley : les berges, la lumière. Pas un linéaire d’entrepôts sous bâche. Mais on ne peut pas non plus décréter que l’Île-de-France n’a plus besoin d’industrie, ni que les ouvriers de Poissy ont vocation à devenir guides-conférenciers.
Ce qu’il restera de tout ça ? Peut-être la CAAPY, la Collection de l’Aventure Automobile à Poissy, musée associatif logé dans l’usine même, tenu par des bénévoles passionnés, anciens ouvriers pour beaucoup, qui font visiter ce qu’ils ont fabriqué. Cinq euros l’entrée, un samedi par mois. De quoi tenir la mémoire du lieu le temps qu’on décide ce qu’on en fait.

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21 avril 2026 - Poissy