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Loto du patrimoine 2026 : le patrimoine ne s’use que si on ne le visite pas

Comme tous les ans, la Fondation du patrimoine a dévoilé ce lundi les huit sites d'Île-de-France retenus pour le Loto du patrimoine 2026, un par département. Et pas un de plus. On n'y trouve ni château ni cathédrale mais une piscine des années 1970, un jardin d'hiver et une maison de village du Vexin. Voici la liste, et comment y aller en Navigo.

Ce lundi 31 août, la Fondation du patrimoine a annoncé les huit sites franciliens qui recevront une part de la neuvième édition du Loto du patrimoine 2026, traditionnellement confié à Stéphane Bern. Un par département, de la piscine de Marville à Saint-Denis au musée de l’Outil dans le Vexin, et pas un château dans le lot. C’est cohérent avec ce que Stéphane Bern nous disait en décembre : son combat, c’est le patrimoine ordinaire que Versailles et Fontainebleau éclipsent, les écuries, les rotondes ferroviaires, les églises de bourg. En juillet, il nous confiait ses préférées en Île-de-France, celles qu’on ne cite jamais, de Mantes-la-Jolie à Longpont-sur-Orge : « Derrière chaque pierre, il y a un geste, un savoir-faire, une mémoire. »

Comment ça marche

Depuis 2018, l’État renonce à sa part sur les jeux Mission Patrimoine et la reverse à la Fondation du patrimoine, qui finance les chantiers et en suit l’exécution : plus de 210 millions d’euros ont été récoltés en huit ans, et 1 080 sites aidés. Le jeu à gratter 2026 est en vente depuis ce lundi, 1,86 € sera reversé par ticket. Huit tirages Loto spécifiques suivent du 7 au 21 septembre, dont un Super Loto le vendredi 18 à 13 millions d’euros minimum. Le montant attribué à chacun des huit sites franciliens sera connu en fin d’année, selon les ventes. On peut aussi donner directement à un site via missionbern.fr.

Il reste une manière de soutenir un lieu qui ne coûte rien de plus qu’un passe Navigo : y aller. Un monument que les gens fréquentent trouve plus facilement des financeurs qu’un édifice oublié au fond d’un bois.

Voici donc les huit lauréats, avec l’adresse et le moyen de les rejoindre ; et parfois de les visiter.

Quatre lieux de prière, dont un en ruine

La moitié de la sélection est religieuse, ce qui n’a rien d’étonnant : les églises sont le premier poste du patrimoine communal en péril. La plus surprenante est parisienne. La chapelle Notre-Dame de Compassion (75) a été élevée en 1843 à l’endroit exact où le duc d’Orléans, fils aîné de Louis-Philippe, s’est tué en sautant de sa calèche. Vitraux dessinés d’après Ingres, Pietà de Triqueti, et un destin un peu dérangé : elle a été démontée pierre par pierre en 1968 pour construire le Palais des Congrès, puis remontée trois ans plus tard un peu plus loin le long du périphérique, dont elle respire depuis les gaz d’échappement.
Notre-Dame de Compassion : 16, place du Général-Koenig, Paris (17e). Accès : tram T3b arrêt Anny Flore, ou Porte Maillot (métro 1, RER C et E).

À Maincy (77), l’église Saint-Étienne est la cousine pauvre de Vaux-le-Vicomte. Nicolas Fouquet, ayant rasé le village de Vaux pour son château, s’était engagé à restaurer celle-ci, et c’est Louis Le Vau qui s’en est chargé dans les années 1660. Aujourd’hui, les toitures sont percées, les enduits arrachés et la nef prend l’eau.
Église Saint-Étienne : rue du Pavé-de-l’Église, Maincy (77). Accès : gare de Melun (ligne R) puis bus 3613 ou 4 km à pied.

À Corbeil-Essonnes (91), une autre église Saint-Étienne cache depuis 2011 une découverte que les Monuments historiques ont qualifiée d’envergure nationale : 300 m² d’anges musiciens du XVe siècle, rouge et ocre, retrouvés sous un crépi. Depuis juillet 2024, un filet de sécurité retient les morceaux qui tombent.
Église Saint-Étienne : place Léon-Cassé, Corbeil-Essonnes (91). Accès : gare de Corbeil-Essonnes (RER D).

Et puis il y a le prieuré des Moulineaux, tapi entre deux étangs au fond de la forêt de Rambouillet (78). Fondé vers 1160 par l’ordre de Grandmont, transformé en château au XVIe siècle puis en fabrique d’étain au XIXe, il a été abandonné depuis. Il reste une chapelle, l’une des trois dernières grandmontaines de France, avec des arbres qui poussent sur la voûte.
Prieuré des Moulineaux : route de Guiperreux (D107), Poigny-la-Forêt (78). Le site est fermé pour risque d’éboulement, sauf visites guidées les 19 et 20 septembre. Accès : gare de Rambouillet (ligne N), puis 8 km par le GR1.

 

L'église Saint-Etienne à Maincy. DR
L’église Saint-Étienne à Maincy. DR

Deux fabriques de jardin

Ce sont les petits luxes des grandes propriétés d’autrefois. À Issy-les-Moulineaux (92), le nymphée du séminaire Saint-Sulpice est un pavillon de rocailles bâti entre 1609 et 1615 dans le jardin de Marguerite de Valois, la reine Margot. À l’intérieur se dévoile un plafond entier de coquillages, de pierres et de galets, dont les morceaux se décollent. Bossuet et Fénelon y auraient conversé, une inscription en témoigne.
Séminaire Saint-Sulpice : 33, rue du Général-Leclerc, Issy-les-Moulineaux (92). Ouvert lors des Journées du patrimoine, en accès libre après les travaux. Accès : métro Mairie d’Issy (ligne 12).

À Villiers-sur-Marne (94), la Villa Michot date de 1870, quand les bourgeois parisiens se faisaient construire des maisons de campagne au bord de la Marne. La ville l’a rachetée en 2019 et le parc a rouvert en mai 2025 avec une guinguette, un potager et des ruches. Ce sont les serres et le jardin d’hiver qui sont en péril : ferronnerie rongée, vitrages fracturés, risque d’effondrement.
Villa Michot : 9, avenue de l’Isle, Villiers-sur-Marne (94). Parc ouvert du mercredi au dimanche de 8 h à 21 h. Accès : gare de Villiers-sur-Marne (RER E).

La piscine de Marville à Saint-Denis. DR
La piscine de Marville à Saint-Denis. DR

Deux lieux du quotidien

Les deux derniers ne sont ni beaux ni anciens au sens où l’entend le Loto d’habitude. La piscine de Marville, à Saint-Denis (93), a été inaugurée en 1975 dans le parc des sports du même nom, créé sur un ancien bidonville. Des générations de Dionysiens et de Courneuviens y ont appris à nager sous des coques de béton inversées, masquées depuis par un flocage. Fermée en 2024 quand le Centre aquatique olympique a ouvert à côté, elle a été sauvée de la démolition par le label Architecture contemporaine remarquable. Le club Flaneurz veut en faire un tiers-lieu roller et cultures urbaines dès mars 2027.
Piscine de Marville : av. Romain-Rolland, Saint-Denis. Accès : tram T1, arrêt Cosmonautes.

À Wy-dit-Joli-Village, 326 habitants dans le Vexin (95), la Maison Germaine est le cœur du musée de l’Outil. Claude et Françoise Pigeard y ont installé leur forge et leur collection de milliers d’outils de métiers disparus, ouverte au public en 1977. Le corps de ferme date de 1793, des thermes gallo-romains dorment dessous, et la maison principale, inhabitée depuis 2018, s’affaisse sous les infiltrations et les insectes.
Maison Germaine : rue de la Mairie, Wy-dit-Joli-Village (95). Entrée gratuite du mercredi au dimanche. Accès : gare d’Us (ligne J) puis bus 95-45.

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