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Le train vous dépose, le vélo vous attend : 8 escapades en Île-de-France

La Véloscénie entre Versailles et Rambouillet / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris
© Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris

Vous pouvez embarquer votre vélo dans le train (gratuit, sans réservation, en heures creuses la semaine et libre le week-end). Mais le vrai bon plan, c'est le loueur à quelques minutes de la gare : on voyage léger, le vélo attend à la sortie, et on rentre sans s'encombrer. Voici 8 parcours avec son adresse de loueur, repérée et testée.

La région la plus dense d’Europe est aussi l’une des plus boisées de France. Deux parcs naturels régionaux, deux des plus grandes forêts du pays, un fleuve qui louvoie, des rivières qui serpentent, un patrimoine royal qu’on traverse parfois sans s’en rendre compte. Le Transilien, c’est la clé d’entrée. Le vélo, c’est ce qui transforme la sortie en récit. Depuis 2025, Transilien SNCF Voyageurs et Enlarge your Paris s’associent dans le cadre du programme #CPASLOINENTRAIN avec huit boucles conçues par Adrien Laplanche (fondateur d’ODOS). Voici notre carnet de route, classé non par département mais par envie du moment.

Pour pédaler en famille

Versailles, entre ville et châteauVersailles Chantiers (RER C, lignes N et U). Boucle de 21 km, niveau facile, 4 heures.

On croit connaître Versailles, et puis on enfourche un vélo, et la ville révèle ses coulisses. Loin de la foule du château, on file vers le Potager du Roi et ses neuf hectares organisés comme à l’origine, où l’on cultive toujours fruits et légumes d’exception. L’ancien hôpital royal, bâtiment néoclassique entièrement rénové, abrite l’Espace Richaud, lieu d’exposition aménagé entre les murs de sa chapelle. À Montreuil, l’église Saint-Symphorien intrigue avec son clocher placé derrière le chœur, détail architectural rare. Et quand on lève les yeux vers la cathédrale Saint-Louis, sa façade baroque mouvementée détonne dans le paysage : tours latérales coiffées de pots-à-feux, jeu complexe de toitures bulbeuses. Au moment de rendre les vélos, on n’a qu’une envie : revenir.

Location de vélo auprès de l’Office du tourisme de Versailles Grand Parc, à 10 min à pied de la gare.

 

Meaux, entre Marne et canalMeaux (25 minutes depuis Paris).

Vous connaissez le brie. Mais à part ça ? Dès la sortie du train, la cathédrale Saint-Étienne domine la ville et impose une autre histoire. La balade débute en douceur dans le vieux Meaux, autour du Vieux Chapitre et du palais épiscopal qui cache un jardin secret derrière ses murs. Direction faubourg Saint-Nicolas, jardins familiaux de la prairie des Cordeliers, et le canal de l’Ourcq apparaît, dessinant une large boucle autour de la ville. Sur le chemin de halage, une réglementation de 1932 interdit le vélo : on pousse sa monture, le clapotis fait passer la pilule. Au pied de la passerelle de Beauval, on plonge dans la réserve naturelle du parc du Pâtis. Les oiseaux règnent, on serpente entre les étangs de l’Île Bleue, aux Récits, de la Grande Roselière, jusqu’à l’étang aux Oiseaux et sa longue digue. Retour par les bords de Marne, la plage de Meaux et la presqu’île du Marché.

Prêt de vélo gratuit auprès de l’association Germinale, retrait devant la gare ou rue de la Cordonnerie (réservation au 01 64 33 26 35).

 

La Marne bucoliqueLagny–Thorigny (ligne P, 25 min depuis gare de l’Est). Boucle de 32 km.

Dès la sortie de la gare, le bitume laisse place à un chemin de halage bordé de peupliers le long de la Marne. Cap sur le canal de Chelles puis le lac de Vaires-sur-Marne, créé dans une ancienne carrière de sable, ambiance presque balnéaire troublée par les rameurs et amateurs de paddle qui ont fait de cet endroit le théâtre des épreuves olympiques de kayak et d’aviron de Paris 2024. Quelques coups de pédale plus loin, l’ancienne chocolaterie Menier surgit d’entre les arbres à Noisiel : briques décorées, halle Eiffel, moulins à turbines, ensemble parfaitement conservé qui paraît suspendu dans le temps. C’est ici qu’au XIXᵉ on a inventé la tablette de chocolat — mais en traversant la cité ouvrière voisine, on comprend que le site n’était pas qu’une usine, c’était aussi un projet social. La montée vers Marne-la-Vallée se mérite, puis les étangs du Val Maubuée déroulent leur parcours presque onirique. Le château de Guermantes apparaît derrière sa grille d’honneur — édifice de brique et de pierre du début du XVIIᵉ où Marcel Proust a piqué le nom de sa célèbre famille fictive. Retour par Lagny-sur-Marne, son ancienne abbaye transformée en hôtel de ville à la Révolution, la place de la Fontaine et les vieilles maisons de la rue des Marchés.

Prêt de vélo gratuit à la Maison des mobilités de Marne-et-Gondoire (réservation au 06 14 82 99 63).

 

Pour sentir ses jambes et ses mollets

Escapade en forêt de FontainebleauMelun (25 min depuis gare de Lyon). Boucle de 33 km, niveau intermédiaire, 5 heures.

Dès qu’on quitte Melun par le quartier tranquille de la Croix Saint-Jacques, on sent qu’on va vivre autre chose. Maisons à colombages, parcs, le bois de la Rochette annonce déjà la grande forêt. On entre dans le royaume des grimpeurs et des pins sylvestres : les monts de Faÿ, le rocher Cuvier Châtillon. À vélo, on dévale entre les blocs de grès, on serpente au plus près des pentes, on découvre des panoramas sur la plaine du Gâtinais. La route Mory de Neuflieux tient plus du sentier que de la route — quelle ivresse de rouler ainsi parmi les hautes fougères.

Le retour par la Seine révèle un autre visage du territoire : les fameuses « Affolantes », ces villas éclectiques 1830-1914 qui rivalisent d’exubérance avec leurs toitures complexes, leurs tourelles et leurs vérandas, vestiges d’une époque où la bourgeoisie parisienne venait chercher l’air pur au bord du fleuve. Melun garde pour la fin sa collégiale Notre-Dame aux deux tours romanes restaurées par François Ier (cherchez sa salamandre) et son hôtel de ville néo-renaissance. Quelques passages sablonneux ardus les jours de pluie, vous voilà prévenus.

Location (option VTT électrique) chez Station Bees, à 10 min à pied de la gare.

 

Escapade à Nemours entre rivière et forêtNemours (1 h depuis gare de Lyon).

Il fallait oser : prendre les plus beaux rochers de grès de Fontainebleau, les déplacer autour d’une cité médiévale, ajouter quelques églises gothiques spectaculaires. Le résultat se nomme Nemours et sa forêt de la Commanderie. Une fois en selle, on franchit les Petits-Fossés (dérivation du Loing), puis le canal bordé de grands platanes majestueux. Saint-Pierre-lès-Nemours, et bientôt Larchant et son incroyable clocher tronqué. La côte qui suit est raide mais courte ; sur le plateau, les champs du Gâtinais s’étendent à perte de vue avant qu’on ne pénètre dans la forêt. Le chemin des Crottes au fer — quel joli nom — descend dans un beau vallon bordé d’un bois de pins dont la pente est couverte de grands blocs de grès. Une épaisse couche d’aiguilles confère au lieu une coloration très particulière : on entre dans un monde minéral et végétal d’une beauté sauvage.

Retour par le bois des Bordeaux et Grez-sur-Loing : son clocher-porche soutenu par des contreforts du début du XIIᵉ, la grosse tour de Ganne (vestige du château médiéval), un beau pont du XVIIᵉ dont les trois arches centrales détruites en août 1944 n’ont été remontées qu’en 1980 — c’est ici que Christo et Jeanne-Claude ont fait leurs armes avant d’emballer le pont Neuf parisien. On rejoint Nemours par Moncourt-Fromonville, le canal du Loing et l’écluse du Moulin Rouge.

Location chez Station Bees, à 1 km de la gare.

 

De l’étang de Saint-Quentin aux sources de la BièvreSaint-Quentin-en-Yvelines (RER C, lignes N et U). Boucle de 25 km.

Le contraste est le sujet. D’un côté, l’architecture postmoderne assumée de la ville nouvelle de Saint-Quentin — les Arcades du lac à Montigny-le-Bretonneux, façades miroirs rythmées par des pilastres géants, toits mansardés, jambages qui rappellent les Arènes de Picasso à Noisy-le-Grand. De l’autre, les vallées secrètes où naît la Bièvre.

L’itinéraire révèle d’abord l’extraordinaire système hydraulique créé pour Versailles : l’étang de Saint-Quentin, depuis sa digue plantée de pins noirs, était l’une des pièces maîtresses du dispositif. En amont, un réseau de rigoles et d’aqueducs drainait les eaux depuis Rambouillet ; en aval, un aqueduc souterrain de 11 kilomètres avec moins de 3 mètres de déclivité acheminait l’eau jusqu’aux réservoirs des étangs Gobert. La descente vers les sources de la Bièvre fait basculer dans un autre temps — vallée encadrée par les bois, paysages qui n’ont pas changé depuis des siècles. Location chez ABC vélo (île de loisirs) ou chez Vélostation SQY (face à la gare, fermé en juillet-août).

 

Pour le plaisir des yeux

Au cœur du parc naturel du VexinValmondois (ligne H, 45 min depuis gare du Nord). Boucle de 33 km

Et si vous pénétriez dans l’œuvre de Van Gogh ? Une fois en selle, direction l’Oise par la pittoresque rue des Murs, on entre dans le village de Butry, on grimpe la rue de la Cavée sur le coteau. Au sommet, la plaine du Vexin s’ouvre, les massifs de Montmorency et de L’Isle-Adam font signe à l’horizon. Au cimetière d’Auvers-sur-Oise reposent Van Gogh et son frère ; en contrebas, l’église peinte par le maître. Auvers est aussi le village où, en 70 jours — les derniers de sa vie — il a connu l’une de ses périodes les plus prolifiques. Halte à la Maison de Van Gogh, l’hôtel où il avait sa chambre, ou simplement sous les tilleuls de la place.

Séquence plus sportive ensuite : le chemin grimpe vers Valhermeil, croise la côte des Balbufets, rejoint le chemin du Chou — sentier étroit perché sur un ancien mur de terrasse, d’un côté la forêt, de l’autre les toits de Pontoise. Le musée Pissarro y donne à voir ce que les peintres voyaient déjà ici. Retour par le vallon de Saint-Antoine, Livilliers, et l’ancienne ligne de chemin de fer Valmondois–Marines, désaffectée après la guerre, transformée en voie verte qui serpente entre Labbeville, Nesles-la-Vallée et leurs petits ponts de pierre.

VTT électriques à louer chez Station Bees Valmondois, à 10 min à pied de la gare.

 

Rambouillet, parc, château et forêtRambouillet (ligne N).

La forêt de Rambouillet, deuxième plus grande forêt d’Île-de-France après Fontainebleau, est légèrement plus grande que Paris. Mais avant d’y entrer, on traverse le centre-ville aux maisons basses qui racontent l’histoire d’une ancienne cité royale, tranquille et à taille humaine. Le parc du château, qu’on doit à un financier du début du XVIIIᵉ qui y a englouti une fortune, est un domaine qui ne ressemble à rien d’autre — entre raffinement et romantisme sauvage. On y découvre la Laiterie de la Reine, petit temple de fraîcheur créé spécialement pour séduire Marie-Antoinette qui trouvait le château sinistre, et la Chaumière aux coquillages, fabrique extraordinaire du XVIIIᵉ posée sur une petite île au cœur du jardin anglais — un décor d’opéra. Une fois sorti du parc, on glisse en silence sur les routes forestières vers les étangs du Coupe-Gorge et du Gruyer. En famille, ne ratez pas la Bergerie nationale : c’est ici que Louis XVI introduisit l’élevage des moutons mérinos en France, et le lieu garde aujourd’hui sa vocation éducative. Comme quoi la vie est « bêle » à Rambouillet.

Location chez TOC-TOC, à 1 km de la gare.

 

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