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Six millions de Parisiens sous vos pieds. Et vous n’y êtes jamais descendus

Les catacombes de Paris. Aëlis Arthur pour Enlarge your Paris

Les catacombes de Paris accueillent 600 000 visiteurs par an, dont 78 % venus de l'étranger. Sous le 14e, plusieurs millions de Parisiens attendent leurs descendants qui eux, n'y sont jamais descendus. Ça tombe bien : les catacombes ont rouvert début avril avec une nouvelle scénographie et l'intention, pour une fois, de s'adresser aux Parisiens vivants.

Six cent mille visiteurs. Presque aucun Parisien

Six cent mille visiteurs par an sous le 14e arrondissement, dont soixante-dix-huit pour cent viennent de l’étranger. Le Parisien, lui, n’y est généralement jamais descendu, ou alors une fois, gamin, vaguement traumatisé. Les catacombes, dans l’imaginaire local, c’est Halloween, ce sont les Anglo-Saxons en file d’attente avenue du Colonel Henri Rol-Tanguy, c’est un truc pour les autres.

Pourtant, sous ces galeries de 1,5 kilomètre, à vingt mètres de profondeur, reposent plusieurs millions de Parisiens, morts ici entre le Xe et le XVIIIe siècle, déplacés nuitamment depuis les cimetières qui débordaient, déversés par des puits dans les anciennes carrières de la plaine de la Tombe-Issoire. Le calcaire de ces mêmes carrières avait servi à bâtir Notre-Dame, les grands boulevards, les façades haussmanniennes. Paris a littéralement puisé dans ses entrailles pour s’élever, jusqu’à ce que les rues commencent à s’effondrer sous leurs propres pieds dans les années 1770. La ville est construite sur ses morts et sur ses trous. C’est son sous-sol qui raconte le mieux ce qu’elle est.

Les catacombes ont rouvert le 2 avril après cinq mois de fermeture et surtout une rénovation en profondeur. Nouvelle scénographie, nouvel éclairage, audioguide dramaturgique en quatre langues : le lieu a été repensé pour raconter autre chose que le morbide pour Instagram. L’ossuaire, avec ses 217 murs d’ossements appelés « hagues » et ses 800 mètres d’ossements empilés, est replacé dans ce qu’il est réellement : la mémoire géologique et sociale d’une ville. Comtesses et sans-logis y reposent côte à côte, réconciliés par la seule égalité qui ne se discute pas.

Reconquérir les vivants et faire parler les morts, littéralement

Mais la vraie nouveauté n’est pas la scénographie. C’est l’ambition qui l’accompagne : reconquérir un public francilien qui a longtemps laissé ce lieu aux touristes. Bientôt, des expositions temporaires investiront le parcours souterrain. En septembre, dans le cadre du Bicentenaire de la photographie, les catacombes accueilleront les clichés que Nadar avait pris ici même en 1862. Ce sont les premières photographies jamais réalisées à la lumière artificielle, récemment acquises par Paris Musées. Celles d’un Parisien du XIXe qui descend sous Paris avec sa chambre noire et invente un nouveau regard sur le monde. Ses images reviennent là où elles ont été faites, cent soixante ans après.

En 2027, l’artiste Erik Nussbicker prendra possession des galeries avec une installation d’un genre particulier : des instruments de musique fabriqués à partir de copies d’ossements reconstituées par scan médical. Chaque crâne, unique, produit un son différent. Le protocole s’appelle « ostéomusicalisation ». On peut trouver ça beau, on peut trouver ça troublant. C’est probablement les deux à la fois, exactement ce que le lieu mérite.

Les catacombes ont toujours appartenu aux Parisiens. Avant qu’ils n’y rejoignent les autres.

Infos pratiques : Catacombes de Paris, 1, avenue du Colonel Henri Rol-Tanguy, Paris (14e). Accès : métro Denfert-Rochereau (lignes 4 et 6, RER B). Réservation conseillée sur catacombes.paris.fr

Les catacombes de Paris. Aëlis Arthur pour Enlarge your Paris
Les catacombes de Paris. Aëlis Arthur pour Enlarge your Paris
Les catacombes de Paris. Aëlis Arthur pour Enlarge your Paris
Les catacombes de Paris. Aëlis Arthur pour Enlarge your Paris
Les catacombes de Paris. Aëlis Arthur pour Enlarge your Paris
Les catacombes de Paris. Aëlis Arthur pour Enlarge your Paris