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La souris était trop lourde pour le RER

Du 17 au 30 avril, le RER A ferme tous les soirs après 21h45 entre La Varenne–Chennevières et Boissy-Saint-Léger. Première de trois campagnes de travaux qui rythmeront 2026 sur la branche Est de la ligne, à quoi s’ajoutera la fermeture estivale de la gare de Nation. Officiellement, on renouvelle des rails, du ballast et des aiguillages. Officieusement, on solde une dette infrastructurelle vieille de quarante ans : celle du jour où Mickey a signé à Matignon pour s’installer en Brie, sans qu’on mesure tout à fait ce que la souris allait peser.

Du 17 au 30 avril, plus de RER A entre La Varenne–Chennevières et Boissy-Saint-Léger après 21h45. Tous les soirs, week-ends compris. Bus de remplacement avec arrêts dans les gares intermédiaires, comptez environ le double du temps habituel. Si vous rentrez de Paris après 21h, c’est RER jusqu’à La Varenne, puis bus jusqu’à chez vous.

Et ces deux semaines ne sont qu’un acte sur trois. Rebelote en nuits longues du 16 au 29 octobre sur la même section. Entre les deux, fermeture totale en journée du 8 au 23 août entre Vincennes et Noisy-le-Grand–Mont d’Est, cette fois 24h/24, là on change de catégorie. À quoi s’ajoute la gare de Nation, fermée du 29 juin au 30 août : les trains passeront sans s’arrêter, correspondance à reporter sur les lignes 1, 2, 6 et 9 du métro.

Tout commence à Matignon, le 18 décembre 1985

Reste la vraie question : pourquoi cette débauche de chantiers concentrés sur la branche Est ? Pour comprendre, il faut remonter au 18 décembre 1985, quand la Walt Disney Company signait à Matignon le protocole d’accord qui scellait son installation dans la plaine betteravère de Seine-et-Marne — épisode que nous racontions ici en décembre dernier. Ce que cet accord engageait, c’était bien plus qu’un parc : une ville nouvelle, le Val d’Europe, et le prolongement de onze kilomètres du RER A jusqu’à Marne-la-Vallée–Chessy, mis en service onze jours avant l’ouverture du parc, le 1ᵉʳ avril 1992. Disney mit lui-même 38 millions d’euros au pot pour la nouvelle gare. Le RER a précédé la ville, comme chaque fois qu’on construit une ville nouvelle. Sauf que la ville est venue, et bien plus que prévu : le parc accueille aujourd’hui 15 millions de visiteurs par an, le Val d’Europe est devenu une vraie ville, et la ligne A transporte un million de voyageurs par jour — largement au-delà de ce que ses concepteurs avaient imaginé en bouclant les plans dans les années 1970.

D’où la souris. Pour absorber cette explosion de trafic, la RATP a introduit à partir de la fin des années 1990 des rames à deux niveaux, plus capacitaires mais aussi plus lourdes. Et l’opérateur le reconnaît lui-même : cette montée en charge a accéléré l’usure des rails sur les sections les plus anciennes, posées à la fin des années 1970. Quarante ans après Matignon, la branche Est paie aujourd’hui la facture infrastructurelle de ce qu’elle a porté sans broncher.

Concrètement, ces deux semaines d’avril servent à remplacer près d’un kilomètre de rails et le ballast qui les soutient — le lit de gravier qui amortit et stabilise la voie. À quoi s’ajoutent quatre aiguillages neufs et la reprise du système d’évacuation des eaux, qui finit par déformer la structure quand on le laisse vieillir. Sans cela, les conséquences sont connues : limitations de vitesse, pannes de signalisation, incidents en cascade. Le choix des nuits longues plutôt que d’une fermeture diurne tient à l’arithmétique du trafic — la branche Boissy n’a pas d’alternative ferroviaire crédible en journée. C’est un compromis qui pèse sur les fins de soirée, mais qui préserve les heures où la ligne est vitale.

Mickey a croqué la Brie en 1985. Quarante ans plus tard, ce sont les usagers de la branche Est qui paient l’addition, en bus à 22h.

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