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À Clairefontaine, le camp retranché du foot français s’ouvre enfin aux visiteurs

« Keep of the grass ». Centre d’entrainement de Clairefontaine. John Laurenson pour Enlarge your Paris

Caché dans la forêt de Rambouillet, le Centre national du football fabrique les champions français depuis trente ans à l'abri des regards. Butte de terre pour masquer les corners secrets, 500 000 maillots par an, Porsche jaune à l'entrée et uniforme à l'intérieur : on a poussé les grilles avec James, 12 ans, maillot du PSG oublié à la maison.

« As-tu pensé à apporter mon maillot ? », demande James quand je passe le prendre au collège. J’ai oublié. Il voulait s’habiller aux couleurs du PSG pour la visite. Depuis une virée familiale à la basilique de Saint-Denis – joie vive pour ses parents, purgatoire pour lui –, les sorties culturelles, il s’en méfie. Mais là c’est différent : on va à Clairefontaine.

Le nom suffit. Il est magique. C’est ici, caché dans la forêt de Rambouillet près du village bucolique de Clairefontaine-en-Yvelines, que la France fabrique ses champions depuis trente ans dans le plus grand secret. Un lieu que peu de gens ont vu de l’intérieur, et qui s’ouvre pour la première fois aux visites.

Nous sommes une vingtaine, essentiellement des mamans avec leurs fils et des jeunes hommes avec leurs copines, à être accueillis par notre sympathique guide Lionel qui explique en quelques chiffres le lieu exceptionnel que la France a créé ici pour le football national. C’est énorme : 6 hectares (la taille du jardin du Luxembourg) avec 13 terrains de foot. 23 équipes nationales s’entraînent ici, des U15 jusqu’aux équipes A, en passant par le foot-salle, le beach soccer et le foot-net, ce dernier se jouant par-dessus un filet, comme au volley-ball. En plus, 2 000 collégiens d’Île-de-France s’entraînent ici dans l’espoir de devenir un des 23 par an qui intègrent, à 15 ans, l’Institut national du football. C’était le parcours de Kylian Mbappé.

Lionel nous fait passer par une barrière d’enceinte et on se trouve dans le vaste parc. On croise des jeunes en survêtement qui nous disent bonjour, d’autres jouent au loin, quelques-uns font de la musculation derrière les murs vitrés d’une salle de gym.

On passe devant un grand bâtiment aux fenêtres rares. « On l’appelle le bunker », indique Lionel. C’est ici que sont préparées les tenues : 500 000 vêtements par an, fournis par le sponsor Nike, floqués individuellement avec numéro dans le dos, bien sûr, mais aussi des flocages différents pour chaque match. Un maillot neuf par match, ça paraît prodigue ? Les joueurs en ont trois : un par mi-temps, plus un en cas de déchirure.

Le terrain qui ne se visite pas

On arrive au terrain d’honneur. À Clairefontaine, il y a des terrains en herbe, des terrains synthétiques, et le nec plus ultra : des hybrides. 5 % de l’herbe est constituée de brins synthétiques cousus dans le sol pour que le naturel pousse autour. En dessous, 32 kilomètres de tuyaux chauffants pour les jours froids. Le terrain est légèrement bombé pour évacuer l’eau. C’est la même technologie qu’au Stade de France. Avant d’y entrer, les joueurs passent par un pédiluve, afin qu’aucun champignon ne franchisse cette pelouse.

Un peu plus loin, entouré de cèdres et de pins, s’étend un second terrain, presque entièrement caché. Des paysagistes ont même monté une butte en terre pour bloquer la vue depuis un bâtiment voisin où se tiennent des séminaires. C’est ici que l’équipe de France répète ses corners et coups francs, des chorégraphies avec ballon censées surprendre l’adversaire. Autant dire que Lionel n’entre pas dans les détails.

Porsche à l’entrée, uniforme à l’intérieur

On arrive au château. Seule l’élite – joueurs et entraîneurs des équipes A hommes et femmes – y est logée. On passe sous les fenêtres des chambres attitrées d’Ousmane Dembélé et de Kylian Mbappé. Les meilleures, évidemment. « Ils sont bien traités, en fait », plaisante James.

Un peu plus loin, on se prend en photo sur les marches. C’est ici que les joueurs stars arrivent, sortent de leur Porsche jaune ou de leur Maserati orange, et prennent la pose pour les photographes. « Les joueuses de l’équipe féminine sont généralement en survêtement de sport quand elles arrivent », nous confie Lionel ; les hommes, c’est plutôt du Dior de la tête aux pieds. Mais, une fois au château, tout change. Leurs habits sont rangés. Une valise complète leur est fournie, des costumes jusqu’aux chaussures. À Clairefontaine, même les stars mettent l’uniforme.

On entre dans le château. Quand les internationaux ne sont pas à l’entraînement, ils jouent au baby-foot dans l’impressionnant salon et mangent leur dinde aux haricots verts autour d’une énorme table commune. Les nouveaux, à leur premier dîner, doivent se lever sur leur chaise et chanter une chanson.

Après une visite des lieux de vie – sans entrer dans les chambres –, on descend aux vestiaires. « On va voir la Coupe du monde ? », lance Lionel. « Est-ce qu’on va l’embrasser ? », demande un petit garçon.

Le mannequin de Platini

La visite se termine au musée. Il n’y a pas une mais deux Coupes du monde : la vraie, en or massif, est gardée entre les compétitions derrière une vitrine blindée dans les locaux de la Fifa à Zurich, mais chaque pays gagnant repart avec une réplique. Ce sont celles-là que nous voyons. Les films, essentiellement tournés dans les vestiaires du château, sont bien faits. Dans un coin, presque inaperçu, traîne un mannequin en mousse à hauteur d’homme : celui que Michel Platini utilisait pour perfectionner ses corners, en visant la tête. Basse technologie. Avant les tuyaux chauffants, avant les 500 000 maillots, avant Dior et les Porsche, il y avait ça.

La visite était prévue pour durer 2 h 20. On est ressortis au bout de 3 h 15. James : « C’était super intéressant. Stylé de voir où ils habitent et comment ils sont traités. C’était un peu long mais c’était bien ! » Il marque une pause. « Mieux que la basilique de Saint-Denis, en tout cas ! »

Infos pratiques : Centre National du Football, chemin des Bruyères, Clairefontaine-en-Yvelines (78). Tarifs : Adulte 35 €, -26 ans 28 €, -12 ans 25 €. Plus d’infos et réservation sur cnf-clairefontaine.com

Le Château de Clairefontaine. Photo Béatrice Livet
Une réplique du trophée de la coupe du monde. FFF S. Morcel
L'espace muséal de Clairefontaine. FFF
L’espace muséal de Clairefontaine. FFF
L’espace muséal de Clairefontaine. FFF