
L'Urban Trail de Montmartre affiche complet en quelques heures, l'EcoTrail Paris a 15 000 personnes en liste d'attente. Pendant ce temps, 90 000 hectares de forêts franciliennes vous tendent les bras au bout du quai. Dix spots pour courir sans slalomer entre les terrasses de café et les particules fines. On parie que votre passe Navigo remplacera votre abonnement de salle de sport.
Le Parisien vient de consacrer une double page au phénomène. L’EcoTrail Paris affiche 17 000 inscrits et 15 000 personnes sur liste d’attente. L’Urban Trail de Montmartre rassemble 1 700 coureurs chaque année pour avaler 1 200 marches entre les terrasses de café et les échoppes à souvenirs. Le trail en Île-de-France explose, et c’est tant mieux.
C’est vrai que l’image du peloton olympique de cyclisme sur piste grimpant vers le Sacré-Cœur à l’été 2024 a fait basculer la Butte dans l’album photo des plus beaux moments des Jeux. Mais ce n’est pas une raison pour aller slalomer entre les tables des coffee-shops et ingérer des particules fines. Pour courir, on peut avoir mieux qu’un décor d’Amélie Poulain. Les forêts franciliennes, c’est 90 000 hectares de sentiers, de dénivelé, de silence. Et ça commence au bout du quai.
5 spots en petite couronne
1. Butte des Châtaigniers (Argenteuil) : le plus long escalier de plein air du Grand Paris
Notre classique. Oubliez Montmartre et ses escaliers bondés : ici, le dénivelé est sérieux et le panorama sur le Grand Paris vaut tous les Sacré-Cœur du monde. Personne. Du vert. Du dur. La butte des Châtaigniers, c’est 360 marches pour atteindre le sommet – contre 250 pour sa voisine d’Orgemont. De là-haut, vous faites face à une carte postale où figurent Montmartre, la tour Eiffel, la Défense et le port de Gennevilliers, premier port fluvial de France. Ces anciennes carrières de gypse, progressivement rachetées et renaturées par la collectivité, offrent aujourd’hui des paysages de buttes boisées où l’on enchaîne les montées et les descentes comme dans un trek alpin. Sur la seule butte des Châtaigniers, 140 000 m³ de terres ont été déplacés – l’équivalent de 56 piscines olympiques – pour sculpter de nouveaux reliefs.
Accès : gare d’Argenteuil ou de Sannois (Transilien J), 15 min depuis Saint-Lazare. Et si vous êtes chauds, on a deux parcours pour vous :
- Le trail de la butte des Châtaigniers : 1 350 m de dénivelé positif dans les buttes du Parisis.
- D’Argenteuil à Conflans-Sainte-Honorine : balade sur le toit du Grand Paris, entre anciennes carrières de gypse et belvédères sur la Seine.
2. Butte d’Orgemont (Épinay-sur-Seine)
Même combat, autre versant. Les 250 marches de la butte d’Orgemont vous hissent à 124 mètres d’altitude, face à un panorama qui balaie Montmartre, la Défense et la plaine de France jusqu’à Roissy. Transformée en parc depuis 2017, la butte est accessible 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Au sommet, une gigantesque pelouse vous tend les bras. Un balcon vert idéal pour souffler après l’effort, pique-niquer ou simplement contempler ce Grand Paris qu’on ne voit jamais d’en haut.
Pour les plus motivés, l’enchaînement Orgemont-Châtaigniers permet de cumuler plus de 600 marches et de basculer d’un versant à l’autre des buttes du Parisis.
Accès : gare d’Épinay-sur-Seine (tram T8, T11 ou RER C). Boucle : Enchaînement possible avec les Châtaigniers pour ceux qui veulent se faire mal.
3. Forêt de Meudon
La plus accessible depuis Paris : 6 km du périph, 20 minu de train. Dès la sortie de la gare de Chaville Rive Gauche, vous entrez en forêt. Quel privilège ! Avec ses 1 100 hectares – 250 de plus que le bois de Boulogne –, la forêt de Meudon est un ancien terrain de chasse royal qui a conservé son relief parce qu’il était trop pentu pour être loti. Châtaigniers, chênes, allées sablonneuses, étangs : en plus d’être un gigantesque poumon vert, c’est un château d’eau naturel où les batraciens d’Europe de l’Ouest viennent se reproduire. L’ONF a fermé plusieurs routes et parkings ces dernières années pour améliorer la tranquillité de la faune, de la flore… et des coureurs.
Les pentes ne plaisantent pas. Le « tapis vert » qui monte vers l’Observatoire offre une vue unique une fois tout en haut. Si vous avez encore du jus, le Hangar Y, ancien hangar à dirigeables reconverti en lieu d’art contemporain, mérite le détour.
Accès : gare de Meudon Val Fleury (RER C) ou Chaville Rive Gauche (Transilien N).
Nos parcours :
- Le domaine des princes, de la forêt de Meudon à Sceaux : 17 km de gare à gare, forêt, étangs et vallée de la Bièvre.
- La balade des trois étangs : étangs de Chalais, Meudon et Villebon, avec vue depuis l’Observatoire.
4. Forêt de Fausses-Reposes et domaine de Saint-Cloud
L’enchaînement royal. Depuis la gare de Garches–Marnes-la-Coquette ou celle de Vaucresson, vous entrez dans un corridor forestier qui relie Saint-Cloud à Versailles : le cœur du « territoire » de Louis XIV. Ancien domaine de chasse, la forêt de Fausses-Reposes doit son nom à l’expression « faux repos » utilisée en vénerie : le gibier s’y abritait dans des fossés pour échapper aux chasseurs. On y trouve encore les carrefours en étoile et les pavillons de chasse qui témoignent de cette époque. Avec ses 630 hectares, c’est la deuxième plus vaste forêt des Hauts-de-Seine après celle de Meudon.
Le domaine de Saint-Cloud, juste à côté, affiche 460 hectares – soit 100 de plus que Central Park. La terrasse de la Lanterne offre un panorama d’exception sur Paris, et les allées qui descendent vers la Seine permettent de dérouler après les bosses.
Accès : gare de Garches–Marnes-la-Coquette ou Vaucresson (Transilien L).
Notre parcours :
- Balade dans les forêts de Louis XIV : 20 km entre Vaucresson et Petit Jouy–Les Loges, à travers les anciennes forêts de chasse royales.
5. Bois de Vincennes – entrée par Joinville-le-Pont
Tout le monde connaît Vincennes. Peu de gens connaissent son entrée par Joinville. C’est pourtant la partie la moins fréquentée du plus grand espace vert parisien – 995 hectares, soit presque trois fois Central Park.
En arrivant par Joinville-le-Pont, vous évitez la foule du château et vous entrez directement dans les boucles autour du lac de Gravelle, les sous-bois et les sentiers qui longent la Marne. La butte aux Canons, bien planquée à quelques centaines de mètres de l’hippodrome, offre une vue imprenable sur le bois et les communes voisines.
Pour ceux qui veulent rester en zone 1-2 sans tourner en rond au jardin du Luxembourg, c’est l’option la plus évidente, et la plus sous-estimée.
Accès : gare de Joinville-le-Pont (RER A). Boucle : 8 à 12 km, plat mais varié.

5 spots dans la grande couronne d’Île-de-France
6. Station de trail de Bures-sur-Yvette (vallée de Chevreuse)
La seule station de trail officielle d’Île-de-France. Sept parcours balisés de 7 à 32 km, quatre ateliers pour le travail spécifique (VMA ascensionnelle, renforcement), des traces GPS validées et téléchargeables. Le Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse commence ici.
Le principe est simple : vous partez du stade Louis-Chabrat où vestiaires et douches sont à disposition, vous suivez le balisage couleur selon votre niveau (vert pour les parcours faciles, bleu pour les moyens, rouge pour les difficiles), et vous revenez au point de départ. Les sentiers serpentent entre forêts, vallons, champs et villages. On se demande parfois si l’on est en Île-de-France ou dans la Creuse.
Et pour ceux qui veulent pousser le curseur : les 90 bosses du parc naturel affichent 55 km et 2 000 m de dénivelé positif. Plus fort que les 25 bosses de Fontainebleau.
Accès : gare de Bures-sur-Yvette (RER B), 35 minutes depuis Châtelet.
Nos parcours :
- Une journée en vallée de Chevreuse : de Saint-Rémy-lès-Chevreuse à La Verrière, champs, forêts et villages.
- Les 90 bosses : 55 km, 2 000 m D+. Plus fort que les 25 bosses de Fontainebleau.
7. Forêt de Montmorency
Plus grande forêt du Val-d’Oise, 2 200 hectares de châtaigniers centenaires, de vallons sableux et d’étangs. Moins médiatisée que Fontainebleau, aussi exigeante. Près de 5 millions de visiteurs par an, mais sur une superficie suffisante pour ne croiser personne.
La forêt est composée à 70 % de châtaigniers, touchés ces dernières années par la maladie de l’encre. L’ONF replante progressivement des chênes et des pins, ce qui crée des paysages variés : allées cavalières rectilignes, vallons rappelant Fontainebleau, et une vaste tourbière de 30 hectares, la tourbière de Cailleuse, en partie fermée au public pour préserver la faune et la flore.
Le château de la Chasse, monument emblématique de la forêt où François Ier, Louis Bonaparte et le tsar Alexandre Ier ont dormi, attire la foule le week-end. Mais les nombreux chemins permettent de très vite regagner des coins tranquilles.
Accès : gare de Groslay (Transilien H), 25 minutes depuis la gare du Nord.
Notre parcours :
- Une traversée de la forêt de Montmorency : de Groslay à travers les vallons, les étangs et le château de la Chasse.
8. Forêt de Saint-Germain-en-Laye
3 500 hectares à l’ouest de Paris, la grande perspective de Le Nôtre qui s’étire sur 2 400 mètres, et des allées forestières qui croisent des monotraces. Moins de relief que Meudon, mais de l’espace à revendre.
La forêt faisait partie des « bois de la Couronne » et servait de terrain de chasse aux rois de France. Aujourd’hui, c’est l’un des poumons verts les plus fréquentés de l’Ouest parisien, mais sa taille permet d’y trouver facilement des coins déserts. Les sentiers sont bien entretenus, le sol est varié (sable, terre, graviers), et les perspectives dégagées offrent des repères faciles pour ne pas se perdre.
La terrasse de Saint-Germain, avec ses 30 mètres de large et sa vue plongeante sur la vallée de la Seine, est l’un des balcons les plus spectaculaires du Grand Paris. Idéal pour souffler après une sortie longue.
Accès : gare de Saint-Germain-en-Laye (RER A tram T13), 25 minutes depuis Châtelet. Boucles : 12 à 25 km, 100 à 200 m D+.
9. Forêt de Fontainebleau – les entrées alternatives
Tout le monde connaît la halte Fontainebleau Forêt, avec ses quais directement dans les arbres. Le côté magique de cette destination a aussi ses limites : le week-end, c’est le RER A de la randonnée : bondé, stressant, contre-productif.
Les alternatives malignes :
- Bois-le-Roi (Transilien R) : vous rejoignez la forêt en longeant la Seine, c’est une très belle option.
- Bourron-Marlotte (Transilien R) : entrée sud, moins fréquentée, la forêt n’est pas loin du tout.
- Fontaine-le-Port : de l’autre côté du fleuve, vous marchez soit vers Melun, soit vers Champagne-sur-Seine, entre forêt, plaines agricoles vallonnées et délicieux paysages de Seine.
Avec ses 25 000 hectares, soit deux fois et demie la surface de Paris, la forêt de Fontainebleau est une source intarissable de parcours. C’est aussi l’un des sommets mondiaux de l’escalade de bloc, avec près de 30 000 voies accessibles.
Nos parcours :
- Les 25 bosses, le GR20 francilien : 16 km, 830 m D+. Le mythe. Sol tour à tour fait de roche, de sable et de terre, fougères qui arrivent aux épaules, pins qui protègent du soleil, blocs de grès aux formes improbables.
- La Trans’Bleausarde : 52 km, 1 200 m D+. Deux à trois jours de traversée du nord au sud de la forêt, conçue par Helloways et Les Others.
Le circuit des 25 Bosses : Nous irons bientôt le tester avec un forestier de l’ONF pour évaluer l’état de ce parcours mythique, très endommagé par la surfréquentation. Des nouvelles suivront.
10. Forêt de Rambouillet – entrée par Gazeran
Tout le monde descend à Rambouillet. Les connaisseurs descendent à Gazeran, une gare plus loin sur la même ligne, côté sud du massif. Moins de monde, mêmes sentiers.
Avec ses 14 000 hectares, la forêt de Rambouillet est le plus grand massif forestier d’Île-de-France. Ancienne forêt royale, elle abrite encore cerfs, biches et sangliers. Et de mi-septembre à mi-octobre, des visites sont organisées le soir et au petit matin pour écouter les cerfs bramer à pleins poumons.
Les étangs de Hollande, aménagés au XVIIe siècle pour alimenter les fontaines de Versailles, ponctuent les parcours de points d’eau où faire une pause. Les vallons offrent un relief régulier, jamais brutal, idéal pour les sorties longues. Si vous voulez dormir sur place, le camping Huttopia, avec sa piscine naturelle sans chlore et ses cabanes canadiennes, permet de prolonger l’escapade.
Accès : gare de Gazeran (Transilien N), 50 minutes depuis la gare Montparnasse.
Notre parcours :
- Rambouillet en deux jours : étangs, forêts, petits villages et champs à perte de vue.
Quelques ressources GPX
Tous nos parcours sont à retrouver dans notre rubrique Balades, avec les traces téléchargeables, les topoguides et les accès en transports en commun. Voici d’autres ressources pour trouver des traces testées par d’autres experts :
- Station de trail de Bures-sur-Yvette
- OpenRunner
- Strava
- Visorando
- Team Trail Paris sur son site ou sur Instagram
- Casquette Verte (Alexandre Boucheix)
Pourquoi ça grimpe en Île-de-France ?
Deux raisons. D’abord, on a coupé les arbres là où c’était facile – sur le plat – pour construire et cultiver. Les forêts qui restent sont celles qu’on n’a pas pu exploiter : les pentes, les coteaux, les terrains ingrats. Ce que les promoteurs n’ont pas voulu, les coureurs peuvent se l’offrir.
Ensuite, la géologie. La Seine a creusé le plateau du Bassin parisien pendant des millénaires. Plus on s’éloigne du fleuve, plus ça grimpe. Les vallées de l’Yvette, de la Bièvre, de l’Yerres dessinent des reliefs que les cartes ne laissent pas deviner. On n’est pas dans les Alpes, mais ce n’est pas plat non plus. Et souvent, ça surprend.
Montmartre, c’était bien. Maintenant, prenez le train !
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20 janvier 2026 - Île-de-France