
Par un mercredi pluvieux, notre reporter a troqué son ciré contre un maillot de bain pour tester les saunas collectifs de Ground Control, installés dans les jardins cachés d’une ancienne halle de fret du 12e. Bains glacés, roulottes fumantes et TGV en toile de fond : immersion nordique réussie, à littéralement deux pas de la gare de Lyon.
L’entrepôt des Charolais – oui, on pense à la vache bourguignonne – est devenu Ground Control. Résumé assez exact de ce que Paris fait désormais de ses friches : de la bière artisanale, du vinyle, et maintenant des bains glacés importés des cultures nordiques et russes. Une halle ferroviaire transformée en laboratoire de sociabilité, posée à quelques mètres des quais de la gare de Lyon.
Mercredi matin. Pluie grise. Les trains grondent derrière la cloison végétale. Moi, je suis là en tongs sous l’averse, à me demander ce qui m’a pris de réserver un bain glacé en extérieur.
Une bulle végétale au cœur du bitume
Pour atteindre les saunas, il faut contourner Ground Control par la rue du Charolais. Et là, bascule nette. La terrasse disparaît, le volume sonore chute, le décor se referme. Derrière le bois blond et le mur végétal, face aux rails, s’ouvre un jardin caché. Helsinki à deux cents mètres de la gare de Lyon.
À l’accueil, les règles sont affichées : interdiction de commenter le corps des autres, intimité respectée, sexualité hors-jeu. Ce n’est pas un détail réglementaire mais une ligne éditoriale. Le lieu se définit d’emblée comme une zone de relâchement, et pas seulement musculaire.
À la session de 9 heures, nous sommes trois. Un couple – lui en slip léopard et coupe mulet assumée, elle en maillot noir minimaliste, allure d’artiste ou de designer freelance – et moi, tongs, maillot rouge et peignoir rapporté du Mob Hotel de Saint-Ouen. Histoire de garder un bout de Grand Paris sur moi, même intra-muros.
Chaud, froid, recommencer
Le rituel est simple : douche froide, bain glacé, quinze minutes de sauna, recommencer. Mark, trentenaire au sourire lumineux qui guide la séance, conseille de commencer par l’immersion directe. Choc thermique pour réveiller la circulation.
Cinq bassins froids font face à deux roulottes chauffées aux pierres aromatiques. Bois clair, vapeur basse, silence ponctué de trains. Après le premier plongeon, je file dans la cabine fumée – on voit dehors sans être vu. Dehors, une équipe de tournage observe ces cabanes improbables coincées entre rails et hangar. Dedans, un homme entre. Accent nordique, probablement expatrié. Il me dit être venu dimanche et avoir dormi toute la semaine comme rarement. On parle bas. Le lieu impose son volume sonore.

La solitude comme ennemi public
C’est exactement l’intention d’Henry, cofondateur de « Sauna et Bains collectifs », entreprise française née avec un partenaire londonien. « À Paris, les saunas sont souvent liés au luxe ou au sport. On voulait un espace extérieur, accessible, presque de quartier. » Puis il ajoute : « L’une des plus grandes causes de maladie aujourd’hui, c’est la solitude. »
Dans sa bouche, le contraste chaud-froid n’est pas seulement sensoriel : c’est un stress contrôlé qui entraîne le système nerveux à encaisser les pics du quotidien. Des études finlandaises suggèrent aussi des effets cardiovasculaires positifs. En Finlande, il y a plus de saunas que de voitures. Ici, il y en a deux. Face aux TGV.
Sortir la tête de l’eau
Après une heure trente de cycles thermiques, une légère ivresse flotte. Je termine par une douche tiède – je l’aurais préféré brûlante – puis je m’habille lentement. À midi, Ground Control ouvre. Mon ventre proteste : venir à jeun était une erreur stratégique. J’attrape une gaufre, un thé, j’évite le café pour ne pas court-circuiter l’effet calmant du sauna.
Je m’installe. J’observe. Le soleil finit par apparaître.
La séance a duré une heure trente. Mais ce qui surprend, en sortant, ce n’est pas la chaleur retrouvée. C’est le silence intérieur que la ville, pour une fois, n’a pas immédiatement repris.
Infos pratiques : Saunas du Ground Control, 87, rue du Charolais, Paris (12e). Ouvert du mercredi au dimanche, de 7 h à 22 h. Tarif : 20 € pour 1 h 30. Tongs et deux serviettes obligatoires. Accès : métro Reuilly–Diderot (lignes 1 et 8). Plus d’infos et réservation sur groundcontrolparis.com

26 février 2026 - Paris