Société
|

À Fouju (77), l’été où les champs grillaient et où le Campus IA engrangeait les autorisations

L’infinie plaine briarde et ses champs de céréales. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
L’infinie plaine briarde et ses champs de céréales. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Le 16 mai, nous racontions en dix chiffres le projet de plus grand campus d'intelligence artificielle d'Europe, posé sur 89 hectares de champs à Fouju, 630 habitants, au sud-est de Melun. Depuis, l'agriculture francilienne a traversé l'un des étés les plus rudes de son histoire. Le Campus IA, lui, a passé toutes les étapes administratives sans encombre. Récit d'une saison à deux vitesses.

L’été des moissonneuses sous surveillance

Pour les paysans de la plaine briarde, l’été 2026 restera dans les annales, et pas pour les bonnes raisons. Vigilance rouge canicule sur toute l’Île-de-France dès le 21 juin. Juillet le plus chaud jamais enregistré dans la région, avec 3,6 °C au-dessus des normales et 4,2 mm de pluie en moyenne, soit 7 % de la normale. Moisson d’une précocité inédite, menée sous arrêté préfectoral en Seine-et-Marne : détourage obligatoire des parcelles, déchaumeuse sur site, récolte fortement déconseillée entre 14h et 19h, pour cause de risque d’incendie. Au bilan, le blé et le colza ont tenu, les orges de printemps ont décroché, et le maïs, privé d’eau et grillé à la floraison, s’annonce très mal. « En vingt ans, je n’ai jamais vécu une telle sécheresse », confie Sébastien Piaud au journal Horizons.

L’été des signatures

Pendant ce temps, à quelques kilomètres de ces champs sous cloche, le Campus IA avançait à la vitesse d’un TGV sur la ligne qui borde Fouju. L’enquête publique s’est refermée le 30 mai, après 31 jours et 1 225 contributions, très largement hostiles. Début juillet, la commission d’enquête a rendu un avis favorable, sans la moindre réserve ni recommandation, toutes les demandes du maître d’ouvrage acceptées. Le 29 juillet, le préfet de Seine-et-Marne a signé l’autorisation environnementale du campus, portée par Campus AI et RTE, ainsi que les arrêtés d’exploitation des premiers datacenters au lieu-dit Les Bordes. La première phase, annoncée pour ce mois de septembre, prévoit sur 38 hectares une sous-station électrique, quatre datacenters et un bâtiment de formation de 1 500 m², pour une livraison fin 2029. Onze bâtiments sont attendus à l’horizon 2033. 

Le collectif Stop IA à Fouju, qui rassemble associations environnementales et syndicats agricoles, de FNE Île-de-France aux Soulèvements de la Terre en passant par la Confédération paysanne, dénonce une enquête expédiée et annonce une série de recours pour obtenir l’annulation des autorisations. 

À lire aussi : « Campus IA » dans les champs à Fouju (77) : le projet en 10 chiffres

À lire aussi : Data Centers franciliens : de Netflix à la bombe

À lire aussi : Artificialisation des champs : l’Île-de-France freine, les data centers accélèrent

À lire aussi : Il y a 40 ans, Mickey croquait une grosse tranche de brie

À lire aussi : À Saclay, les « terres précieuses » ont résisté au béton

À lire aussi : Bientôt un 5e parc naturel 10 fois plus grand que Paris en Île-de-France

Lire aussi : « Tout ce que vous voyez en Île-de-France, ce sont les paysans qui l’ont façonné »