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23 km le long de l’Yerres, la rivière qui a posé pour les peintres

Les bords de l'Yerres / © Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Les bords de l’Yerres / © Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

De la gare de Combs-la-Ville–Quincy à la confluence avec la Seine à Villeneuve-Saint-Georges, on descend la vallée de l'Yerres sur la liaison verte. Moulins médiévaux, maison de Gustave Caillebotte, berges peintes par Claude Monet et, à l'arrivée, l'un des plus grands chantiers de renaturation du Grand Paris.

En partenariat avec la Métropole du Grand Paris et l’Entente Axe Seine

On fait comme les peintres du XIXe siècle : on prend le train de banlieue. Le RER D, direction Combs-la-Ville–Quincy, pour une journée au vert au bord de l’eau. Les impressionnistes ont été les premiers peintres à travailler dehors, grâce à deux inventions, le tube de peinture et le chemin de fer. Et ce qu’ils aimaient existe encore un petit peu sur les bords de cette rivière : le charme du dimanche, dans cet entre-deux où l’on n’est plus à la campagne mais pas complètement à la ville. On y croise des chevaux, des vaches, des moutons, des gens qui pique-niquent, qui font du sport, du paddle, de la barque en famille, qui jouent à la pétanque, qui font la sieste, qui bouquinent.

Comme dans un tableau, c’est calme. On longe des champs, on passe en ville, on traverse une route, on retrouve la rivière, on découvre un parc, on admire des maisons bourgeoises dont les jardins donnent sur l’eau, on traverse la ravissante propriété de Gustave Caillebotte, ses communs impeccablement rénovés, sa pelouse d’un vert qui réconforte, confortable comme une moquette. Partout, des passerelles, des pontons, des biefs, d’anciens moulins, des enfants qui jouent, qui pêchent, qui font du vélo : c’est devenu suffisamment rare pour nous marquer. Et partout du végétal : des saules pleureurs, des peupliers, dont on faisait les allumettes du temps du « gaz à tous les étages », des platanes centenaires aux pattes d’éléphant, des tilleuls étêtés, de la renouée du Japon.

Puis on finit par un morceau de ville : à Villeneuve-Saint-Georges, juste avant la confluence avec la Seine, un grand chantier urbain rend à la rivière son lit majeur. Les peintres venaient chercher l’eau miroir ; la Métropole, elle, s’occupe de l’eau qui déborde.

Départ : gare de Combs-la-Ville–Quincy (RER D). Arrivée : gare de Villeneuve-Saint-Georges (RER D). 22 à 23 km, quasiment plat, comptez 5 h 30 à 6 h de marche. Le tracé suit presque intégralement la liaison verte de l’Yerres, avec quelques traversées de rues dans les bourgs. Parcours à consulter et télécharger (GPX) ici

La vallée des moulins

Depuis la gare, le tracé rejoint vite la rivière et la longe vers La Garenne, puis boucle par Varennes-Jarcy et Périgny-sur-Yerres. C’est la partie la plus rurale du parcours : méandres serrés, prairies humides, boisements de berge. Au moulin de Jarcy (XVIe siècle), on marche sur le site d’une abbaye cistercienne fondée au XIIIe siècle par Jeanne de Toulouse. Il faut regarder l’eau : lente, retenue, plane. Ce calme n’a rien de naturel. Biefs, vannages et barrages aménagent la rivière depuis huit siècles. L’eau miroir que les impressionnistes viendront chercher plus bas est un artefact médiéval avant d’être un motif.

Un moulin médiéval le long de l'Yerres. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Un moulin médiéval le long de l’Yerres. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Quand la banlieue rattrape la rivière

On traverse Boussy-Saint-Antoine par le vieux pont et le centre ancien. Le moulin de Rochopt (XIIIe siècle) compte parmi les mieux conservés de la vallée ; à quelques centaines de mètres se dressent les grands ensembles qui ont fait passer Épinay-sous-Sénart de 500 à 15 000 habitants en dix ans. Entre les deux, la liaison verte. Les paysages de Gustave Caillebotte ne survivent ici que par fragments : un rideau d’arbres, un plan d’eau, une prairie.

Le Vieux Pont de Boussy-Saint-Antoine (XVe siècle), sur l’Yerres. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Chez Caillebotte 

En redescendant sur Yerres, on entre dans le cœur du parcours. La propriété, achetée par le père du peintre en 1860 et vendue en 1879, est une « ferme ornée » de onze hectares : le Casin, l’orangerie, l’exèdre, le chalet suisse, la glacière, la volière, le potager et, surtout, l’embarcadère sur l’Yerres. Gustave Caillebotte y peint près de 90 toiles entre 1875 et 1879 : les périssoires, les canotiers, les baigneurs, les jardiniers au travail dans le potager. Une rivière de loisirs bourgeois, cadrée en plongée depuis la berge. Rachetée par la commune en 1973 et restaurée depuis, la propriété est le seul site du parcours où le tableau et le lieu se superposent presque exactement. L’été, on peut même faire de la barque.

Propriété Caillebotte / © Ville de Yerres

La rive de Monet 

En quittant la propriété, le tracé suit la rive face à Montgeron. En 1876, Ernest Hoschedé, négociant en tissus et collectionneur, invite Claude Monet au château de Rottembourg, dont le parc à l’anglaise descend vers la vallée ; l’orangerie lui sert d’atelier. Claude Monet y peint en quelques mois les quatre panneaux décoratifs du salon : Les Dindons (aujourd’hui au musée d’Orsay), L’Étang à Montgeron et Un coin de jardin à Montgeron (à l’Ermitage de Saint-Pétersbourg), La Chasse (en collection privée). Ernest Hoschedé fait faillite l’année suivante et ne verra jamais ses panneaux accrochés. Alice Hoschedé, silhouette au bord de l’eau dans L’Étang, deviendra la seconde épouse de Claude Monet.

Ce que Claude Monet regarde en 1876, c’est exactement ce que Gustave Caillebotte regarde deux kilomètres en amont, mais depuis l’autre bord social du paysage : Gustave Caillebotte peint en propriétaire, depuis sa propre berge ; Claude Monet peint en invité, dans un parc qui ne lui appartient pas, pour un mécène bientôt ruiné. Le château, coupé de la vallée par la voie ferrée dès 1849 puis par l’urbanisation, est aujourd’hui une maison de retraite diocésaine qui ne se visite pas. On se contente donc de la berge et des prairies de Crosne, reproductions en poche.

Les bords de l'Yerres / © Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Les bords de l’Yerres / © Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

À Villeneuve-Saint-Georges, rendre de la place à l’eau 

Dernier tronçon : la vallée s’élargit, la voie ferrée et la N6 encadrent la rivière avant sa rencontre avec la Seine. Au quartier Belleplace-Blandin, enclavé entre l’Yerres, la Seine et le chemin de fer, un chantier de 90 millions d’euros démolit des pavillons régulièrement inondés pour restaurer une zone humide et créer un espace naturel de onze hectares, autant que le parc de Gustave Caillebotte quinze kilomètres en amont. Engagée par la commune dès 2011, accélérée après les crues de 2016 et 2018, l’opération réunit neuf financeurs, dont la Métropole du Grand Paris à hauteur de 21,5 millions d’euros au titre de sa compétence Gemapi.

Sans le train, ni Gustave Caillebotte ni Claude Monet ne seraient venus peindre ici. Avec le train, la vallée s’est urbanisée jusqu’à recouvrir leurs motifs. À la confluence, on a commencé à défaire ce que le XIXe siècle a fait.

Dans les méandres de l'Yerres
Dans les méandres de l’Yerres. Mélanie Rostagnat pour Enlarge your Paris

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