
Entre 2021 et 2025, l'artificialisation des sols agricoles a chuté de 34 % en Île-de-France. Mais pendant que le Grand Paris se densifie, Amazon et les data centers lorgnent les champs de grande couronne. Le prix foncier de notre confort digital.
Si vous habitez en grande couronne, vous avez peut-être vu pousser un hangar là où il y avait un champ. Une zone commerciale grignoter un bout de forêt. Une route s’élargir. Et pourtant, les chiffres disent le contraire : on n’a jamais aussi peu bétonné l’Île-de-France.
C’est ce que révèle le nouveau « Mode d’occupation du sol » (MOS 2025), la cartographie de référence qui scrute chaque hectare francilien depuis 1982 — et que l’Institut Paris Region (IPR) vient de mettre à jour. Entre 2021 et 2025, la consommation des terres agricoles et naturelles a chuté de 34 % par rapport à la période précédente. Du jamais vu. Ce ralentissement a un « gardien » : le SDRIF-E, document régional adopté en juin 2025 par les élus franciliens, qui trace une ligne rouge autour de ce qu’il reste de champs et de forêts. Désolé pour l’acronyme, mais l’objectif qu’il porte invite à quand même s’y pencher : le « Zéro artificialisation nette » d’ici 2050.
Attention car la pression foncière n’a pas disparu, elle s’est déplacée. Selon l’étude de l’IPR, neuf logements franciliens sur dix sortent désormais de terre sur des parcelles déjà urbanisées. Les activités chassées de la zone dense — et notamment la logistique dopée au e-commerce — lorgnent les terres agricoles de grande couronne. Entrepôts, activités économiques et commerces représentent déjà près d’un quart des extensions urbaines franciliennes, une spécificité régionale.
Autrement dit : pendant que le Grand Paris se densifie, Amazon et ses semblables rêvent de transformer les champs de blé de l’Hurepoix (91) en hangars de tri, de logistique pour la grande distribution et le commerce électronique. Sans oublier l’explosion des data centers, eux aussi liés à notre nouvelle vie digitale. Ce sont les coulisses de notre confort moderne. Le SDRIF-E est censé encadrer cette poussée, voire empêcher le gâchis des terres agricoles et forestières. Reste à voir si le document tiendra face à la réalité du terrain : en grande couronne, un hangar logistique, c’est des emplois et de la taxe foncière — deux denrées rares.
Pourquoi on vous en parle
« En vingt-cinq ans, l’artificialisation des terres agricoles et boisées a été divisée par cinq. Aujourd’hui, la question de la sobriété foncière est mieux intégrée par les élus », résume Damien Delaville, urbaniste à l’Institut Paris Region et co-auteur de l’étude.
L’Institut est une agence d’urbanisme liée, comme son nom l’indique, à la Région Île-de-France. C’est sans doute la plus grande d’Europe, avec l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur), lui aussi lié, comme son nom l’indique, à la Ville de Paris. Au sein de ces agences, des urbanistes, des géographes, des historiens, des cartographes, des hydrologues… travaillent à conseiller les élus, à les informer et à accompagner leurs décisions. Ce que l’on appelle la planification permet de travailler dans le temps long. C’est un atout que notre territoire est parmi les seuls en Europe à avoir.
Infos : Tous les chiffres sont sur le site de L’Institut Paris Region.
A lire aussi : Il y a 40 ans, Mickey croquait une grosse tranche de brie
A lire aussi : À Saclay, les « terres précieuses » ont résisté au béton
À lire aussi : Bientôt un 5e parc naturel 10 fois plus grand que Paris en Île-de-France
À lire aussi : « Tout ce que vous voyez en Île-de-France, ce sont les paysans qui l’ont façonné
8 février 2026 - Île-de-France