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« En cas de canicule, mieux vaut ouvrir la baignade que la subir »

Ménage ton canal ! Journée organisée par Enlarge Your Paris pour rendre la baignade possible dans le Canal Saint Martin, à Paris 10ème.

Au lendemain de la canicule la plus précoce jamais enregistrée, la Ville de Paris franchit le pas : à partir du mercredi 17 juin, la baignade est autorisée dans le canal Saint-Martin dès que le thermomètre s'emballe. Antoine Guillou, adjoint au maire de Paris chargé des espaces verts et des bois, de l'alimentation durable et des circuits courts, de l'Axe Seine et des canaux, explique le dispositif — et le débat qu'il ouvre. 

Qu’avez-vous décidé pour le canal Saint-Martin, et dans quel esprit ?

Antoine Guillou, adjoint au Maire de Paris, en charge de l’Axe Seine et des canaux : En cas de canicule, la baignade sera autorisée dans le canal Saint-Martin, au bassin des Récollets, là où elle l’est déjà depuis quelques années les dimanches d’été. C’est une réponse aux effets du réchauffement climatique et au fait que les Parisiens suffoquent. Mais c’est aussi une réponse de sécurité : avec la canicule de mai, on a constaté que les baignades sauvages étaient ingérables et posaient un vrai problème.

Concrètement, comment cela fonctionne-t-il ?

La baignade sera ouverte de 16 heures à 20 heures. Nous avons pu travailler en partenariat avec la préfecture de région Île-de-France et la préfecture de police, qui sont les autorités compétentes notamment en matière d’arrêtés de navigation, et avec qui nous avons partagé notre analyse sur l’importance de proposer des espaces de baignade en période de canicule. Et aussi de la difficulté de gérer les baignades sauvages. 

Pourquoi le créneau 16 heures – 20 heures ?

Il répond à plusieurs objectifs en même temps. C’est le moment où la chaleur s’accumule et où il fait le plus chaud. C’est aussi celui qui sollicite le moins la navigationoù la navigation est la moins importante. Et il colle au rythme des gens : sortie d’école, sortie de bureau un peu plus tard. Tout coïncide.

Vous ne craignez pas que la baignade déborde vers le bassin de la Villette ?

Bien sûr, plus on ouvre de sites, plus on peut susciter l’envie ailleurs. Mais ce que le dernier épisode de canicule a montré, c’est que les gens se baignent de toute façon quand il fait très chaud — qu’on ouvre ou non. On l’a vu fin mai : des plongeons depuis les passerelles, alors que la navigation qui n’était même pas arrêtée. Nous sommes convaincus que plus on arrive à ouvrir de zones encadrées, mieux c’est.

Les baignades sauvages posent un vrai problème de sécurité ?

Oui. Se baigner dans les canaux en dehors des zones et horaires autorisés reste très dangereux. Le principal risque, c’est la navigation : le passage des bateaux et l’ouverture des écluses. S’y ajoutent les objets qui tapissent le fond et les algues, qui peuvent s’enrouler autour des jambes, et bien sûr les plongeons depuis les passerelles, alors que les canaux sont peu profonds.

Pourquoi ne pas autoriser une baignade non surveillée, sous la responsabilité de chacun, comme chez nos voisins européens ?

Parce que le régime de responsabilité juridique français ne le permet pas aujourd’hui. Si nous ouvrions une baignade non surveillée, la collectivité serait tenue responsable du moindre accident — même en ayant clairement annoncé l’absence de surveillance. C’est un régime qui n’est pas opérant. Nous allons donc aussi pousser ce débat sur le long terme : on pourrait imaginer ce type de baignade, mais cela suppose de faire évoluer le cadre juridique national, qui aujourd’hui l’interdit.

Est-ce une manière d’acter que l’on entre dans un nouveau régime climatique ?

Clairement. C’est une nouvelle étape, et en même temps une continuité. Depuis l’origine, les projets de baignade dans la Seine et dans les canaux ont été pensés comme une adaptation de la ville au changement climatique, pas seulement comme du loisir. Le projet de baignade dans la Seine pour les Jeux olympiques et paralympiques a été une étape cruciale de cette réflexion : une étape de dépollution et de reconquête de la biodiversité, mais aussi une étape dans notre façon de penser l’adaptation au réchauffement climatique. Il y a dix ans, certains disaient déjà que c’était n’importe quoi, qu’on n’aurait jamais besoin de se baigner dans la Seine. Aujourd’hui, nous avons un coup d’accélérateur : les épisodes de chaleur surviennent hors saison estivale, et plus vite qu’on ne le pensait. La bascule, c’est de penser aussi en mode rafraîchissement, dès que c’est nécessaire.

Le dispositif en bref : Une zone d’environ 100 mètres de long au bassin des Récollets, ouverte de 16 heures à 20 heures, gratuite et surveillée par des maîtres-nageurs. Deux lignes de flotteurs délimitent l’espace de baignade, contraint par les distances de sécurité des écluses ; l’accès à l’eau se fait par des pontons installés chaque jour, les berges nettoyées dès le mercredi matin. La qualité de l’eau est mesurée quotidiennement pour autoriser ou non la baignade, et la police municipale veille au respect des horaires de fermeture. L’ouverture a nécessité, en quelques jours, l’accord de plusieurs autorités : la préfecture de police, la préfecture de région, l’Agence régionale de santé (ARS) et Voies navigables de France. Le dispositif est déclenché lors des épisodes de canicule.

 

Baignade organisée par Open Swimm star, Enlarge Your Paris et la mairie du 10e dans le Canal de l’Ourq, à Paris 10ème en juillet 2022, dans le cadre du festival Ménage ton canal. Photo Jéromine Derigny.

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