
Fin mai, la canicule la plus précoce jamais enregistrée a transformé le canal Saint-Martin en piscine sauvage. La Ville de Paris réfléchit désormais à ouvrir ses sites de baignade dès que le thermomètre s'emballe. Et si plonger devenait un service public d'urgence ?
Le thermomètre frôlait les 35 °C fin mai et, le long du canal Saint-Martin (Paris 10e), les images ont fait le tour des réseaux sociaux : des dizaines de baigneurs sautant des passerelles malgré l’interdiction, la rubalise et la police. On les comprend. Quand la ville surchauffe, l’eau est là, à portée de plongeon, et aucun arrêté n’a jamais rafraîchi personne. C’est pourtant dangereux : fonds hauts, navigation, écluses. D’où l’idée qu’étudie la Ville de Paris, rapporte Le Parisien : déclencher très vite l’ouverture d’une baignade surveillée dès que le mercure vire au rouge. Un droit de baignade d’urgence qui ne dit pas encore son nom.
La demande, elle, ne date pas d’hier. Depuis l’été 2024, une zone du canal Saint-Martin ouvre aux baigneurs chaque dimanche de juillet et d’août, héritière des baignades expérimentales lancées en 2021 et 2022 lors du festival « Ménage ton canal », organisé par Enlarge your Paris avec la Ville. Mais entre une baignade dominicale planifiée des mois à l’avance et une baignade dégainée en quarante-huit heures parce que Météo-France a viré à l’orange, il y a un monde : équipe mobilisable, matériel sous la main, qualité de l’eau mesurée en temps réel, et l’État présent à chaque étage, de l’arrêt de la navigation à la sécurisation des berges. Le tout pour environ 2 530 euros la journée de baignade dans le canal.
Premiers candidats à l’assouplissement : les canaux, avec leur faible courant et leur eau moins sensible aux pluies que la Seine, où l’on imagine plutôt étirer la saison de juin à septembre. En filigrane, un débat très français : ici, la responsabilité des collectivités est engagée au moindre accident, quand nos voisins européens laissent volontiers chacun nager sous sa propre responsabilité.
Reste l’essentiel. La baignade en Seine a été interdite en 1923, et les Parisiens ont mis un siècle à reconquérir leur fleuve. Désormais, l’eau est revenue plus vite que le droit. Les canicules précoces ou tardives vont se multiplier : la question n’est plus de savoir si les Grand-Parisiens se baigneront hors saison, mais si on les y accueillera.

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15 juin 2026 - Métropole du Grand Paris