Balades
|

Faut-il aller à Giverny, chez Claude Monet ? Evidement, mais à pied.

Le jardin de Claude Monet à Giverny. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Cent ans après la mort du peintre, son domaine de l'Eure frôle le million de visiteurs par an et ses Nymphéas finissent en mugs. On y est retourné quand même — à pied, depuis la ligne J, en gardant la maison pour la fin de journée. Verdict et méthode.

En partenariat avec la Métropole du Grand Paris et l’Entente Axe Seine.

On ne va plus voir Claude Monet à Giverny : on lui rend visite en groupe. Chaque matin, dès l’ouverture, les cars déversent devant sa grille des visiteurs venus du monde entier, souvent en formule couplée avec le château de Versailles — deux gloires nationales dans la même journée, il ne faut pas traîner. Le grand atelier des Nymphéas, où le peintre presque aveugle s’acharnait sur ses toiles monumentales, a été converti en boutique : on y ressort avec le bassin en magnet, en tote bag ou en dessous-de-verre. Claude Monet, lui, avait refusé fleurs et couronnes à ses funérailles de peur qu’on sacrifie ses précieuses plantations. Un siècle plus tard, ce sont 900 000 visiteurs par an qui piétinent devant ses massifs.

Voilà pour l’ironie. Maintenant, franchement : il faut y aller.

La maison, le chef-d’œuvre qu’on ne raconte jamais

Tout le monde vient pour le jardin, et le jardin le mérite : un délire de précision florale, entretenu par douze jardiniers permanents qui replantent près de 250 000 fleurs par an et coupent chaque corolle fanée pour que le tableau vivant reste frais du 1er avril au 1er novembre. Pour le centenaire de la mort de Claude Monet, le pont japonais vient même de retrouver son « vert de Paris » d’origine. Du Clos normand, on passe sous la route départementale par un petit souterrain digne d’une gare SNCF de province — pour déboucher dans le saint des saints : la pièce d’eau, les nymphéas. Autour de ce petit étang artificiel, créé par Claude Monet et dont l’image a fait le tour du monde, on regardera par-delà les grillages en direction de la Seine : ces coteaux, ces peupliers, c’est le paysage qu’on vient de traverser à pied.

Mais l’expérience que presque personne ne raconte se joue à l’intérieur. La modestie de la maison surprend. C’est petit, dans tous les sens du terme : les escaliers grincent, les pièces ne sont pas immenses, les fenêtres non plus. Ce n’est pas une demeure aristocratique ; pas une maison paysanne non plus, car le confort y est. Elle est dans son jus, et c’est ce qui est fort.

Au-delà de l’anecdote, c’est ce qui est aux murs qui importe : les estampes japonaises, authentiques celles-là, tout à fait dans le goût de l’époque, et surtout la collection de tableaux impressionnistes que Claude Monet a achetés à ses amis ou reçus en cadeau, présentée en reproductions accrochées comme de son vivant. On traverse le goût d’un homme, pièce après pièce. Inoubliable — le mot n’est pas trop fort.

La méthode : marcher toute la journée, sonner chez lui le soir

Reste à éviter la marée humaine. Notre méthode tient en une journée et elle est à contre-courant, littéralement : pendant que les cars visitent, vous marchez. Trois portes d’entrée, trois gares, en fonction de l’appétit de chacun : Rosny-sur-Seine pour la version intégrale (24 km), Bonnières-sur-Seine pour la version raisonnable (environ 12 km), Vernon pour les 4 à 5 derniers kilomètres — qui peuvent d’ailleurs aussi se faire à vélo.

La version intégrale part de la gare de Rosny-sur-Seine (ligne J depuis Paris – Saint-Lazare, la gare aimée des peintres), puis suit 24 kilomètres de rive gauche de la Seine sur notre itinéraire du Randopolitain : vallons, forêts panoramiques, le château de La Roche-Guyon flottant au loin sur ses falaises blanches, et le petit pont de pierre sur l’Epte, frontière naturelle entre l’Île-de-France et la Normandie. Toute la journée, on traverse les paysages que Claude Monet a aimés et peints — on arrive chez lui par ses décors, pas par le parking.

En partant avant 9h, on atteint Giverny au milieu de l’après-midi. Quand les visiteurs remontent dans les cars, vous continuez à marcher. Les derniers créneaux de visite offrent un domaine qui se vide et la fameuse « lumière de Giverny » au moment où elle devient rasante sur le bassin. La visite devient la récompense de la randonnée.

Après quoi, on prolonge par les berges de Seine, à quelques centaines de mètres des nénuphars — pas franchement entretenues, mais c’était le lieu de balade quasi quotidien de Claude Monet, vers l’ancienne île aux Orties, à l’embouchure de l’Epte, cette rivière qu’il fit en partie détourner pour alimenter son bassin. On débouche sur une espèce de plage, très douce, dans une boucle de Seine ; de l’autre côté, côté Yvelines, la forêt monte sec. Restent 4 à 5 kilomètres de berges plates jusqu’à la gare de Vernon pour le TER du retour. Les jambes fatiguées, la tête pleine.

Infos pratiques : 13€ tarif adulte, réservation d’un créneau horaire indispensable sur le site de la Fondation Claude Monet (dernière admission en fin d’après-midi, vérifier les horaires du jour). Trois portes d’entrée selon l’appétit : gare de Rosny-sur-Seine (ligne J, 24 km de marche — itinéraire détaillé dans notre article « Randonnée bucolique le long de la Seine entre l’Île-de-France et la Normandie »), gare de Bonnières-sur-Seine (ligne J, environ 12 km) ou gare de Vernon (TER, 4 à 5 km à pied ou à vélo). Retour dans tous les cas par la gare de Vernon. Attention : le passe Navigo est valable jusqu’à Rosny-sur-Seine et Bonnières-sur-Seine mais pas depuis Vernon

À lire aussi : En 2026, ceux qui aiment Monet prendront le train

À lire aussi : Où voir Monet ? Onze lieux à visiter au fil de la Seine, entre Paris et Le Havre

À lire aussi : Le Havre par les hauteurs, de la campagne normande à un patrimoine mondial

Le jardin de Claude Monet à Giverny. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Le jardin de Claude Monet à Giverny. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris