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Porcheville, Vitry : les « géantes » du Grand Paris vont-elles quitter l’horizon ?

Le vieux pont de Limay entre Limay et Mantes-la-Jolie / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris
Le vieux pont de Limay entre Limay et Mantes-la-Jolie / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris

Elles ne fument plus depuis longtemps, mais elles percent toujours l'horizon. À Porcheville, à deux pas de Mantes-la-Jolie et de l'A13, les cheminées de 220 mètres doivent être démontées à partir d'avril 2027 et 2028. À Vitry, la mairie défend les « tours Eiffel » des Ardoines au moment où une nouvelle chaufferie se prépare à leurs pieds.

Sur l’autoroute de Normandie, elles font partie du voyage. Deux cheminées gigantesques au bord de la Seine, et cette impression de passer un seuil. Dans un sens, Paris s’éloigne. Dans l’autre, il approche. À Porcheville, près de Mantes-la-Jolie, le paysage a installé son poste-frontière bien avant la limite entre l’Île-de-France et la Normandie.

On peut ignorer le nom de la centrale et reconnaître immédiatement sa silhouette. Comme un château d’eau ou un clocher aperçu depuis le train, ses cheminées donnent une mesure du chemin parcouru. Mais elles culminent à 220 mètres chacune, plus haut que la tour Montparnasse.

À Porcheville, on va raccourcir le ciel

La centrale au fioul a cessé de produire au printemps 2017. Depuis, les deux cheminées sont restées dans le paysage pendant que se préparait le démantèlement du site, on les aperçoit depuis les jolis ponts médiévaux de Mantes-la-Jolie, depuis l’A13 et même depuis les falaises de la Roche-Guyon : ce sont les seules traces d’activité industrielle à l’horizon !

Le calendrier de leur destruction est maintenant connu. Selon les informations présentées en septembre par EDF, rapportées par le Journal du Grand Paris, leur déconstruction doit s’étaler entre 2027 et 2028. Elles seront démontées depuis leur sommet, à l’aide de robots installés sur une plateforme. Le chantier comprend le désamiantage et la découpe des conduits métalliques intérieurs. Ces deux géantes devenues des phares de pleine terre, vont perdre de la hauteur, morceau après morceau.

Pour les habitués de l’A13, le changement se fera donc par soustraction. Un jour, les cheminées seront moins hautes. Puis beaucoup moins hautes. Jusqu’à disparaître de l’horizon. L’énergie garde cependant une place sur cette vaste emprise au bord du fleuve. EDF y développe des projets photovoltaïques et de stockage d’électricité. Les installations futures auront une présence plus discrète dans le paysage.

Le quartier des Ardoines à Vitry / © Jean-Fabien Leclanche pour Enlarge your Paris
Le quartier des Ardoines à Vitry / © Jean-Fabien Leclanche pour Enlarge your Paris

À Vitry, l’attachement ne règle pas la facture

À Vitry, les deux cheminées rayées de rouge et de blanc annoncent les Ardoines, entre les voies ferrées et la Seine. On les aperçoit depuis le RER C et depuis l’autre rive. Avec leurs 160 mètres, elles dominent le Val-de-Marne. Leur surnom dit la place qu’elles ont prise : les « tours Eiffel de Vitry ». 

Elles prolongent une très longue histoire électrique, qui racontent la banlieue et l’industrie. La centrale Arrighi entre en service à la fin de 1931 ; une nouvelle centrale à charbon est mise en service dans les années 1960 et 1970. La Seine fournit l’eau nécessaire aux installations. L’électricité se fabrique alors dans cette banlieue industrielle, tout près de ses consommateurs.

La centrale à charbon ferme en 2015. Depuis, la municipalité défend la conservation des cheminées, tandis qu’EDF a invoqué leur dégradation et la sécurité pour demander leur démolition. Leur maintien engage des travaux et un financement, avec notamment la question de l’amiante. Le 1er octobre dernier, le maire  a de nouveau réclamé leur conservation, ou à défaut la création d’un musée. La demande intervient au moment où se discute une nouvelle étape de l’histoire énergétique des Ardoines, avec le très disputé projet de centrale bio-masse. 

Au pied des cheminées, Manu Chao

L’envie de faire vivre ces silhouettes a déjà inspiré des projets artistiques. Pour la Nuit Blanche du 6 octobre 2018, le Kilowatt et les spécialistes du vidéo mapping Cosmo AV proposaient un spectacle son et lumière sur les cheminées, annoncé de 20 heures à 6 heures du matin. La compagnie Tangible organisait également un parcours artistique dans l’ancienne centrale. À leurs pieds, le Kilowatt accueille du public depuis neuf ans. Dans notre entretien avec son directeur, Aurélien Rozo, celui-ci annonce près de 80 000 spectateurs par saison. Cet automne, Manu Chao y retrouve son public pour trois concerts. Mais le lieu culturel reste lui aussi en sursis : EDF a obtenu gain de cause contre le Kilowatt devant la justice ; le lieu occupe désormais le terrain sans droit ni titre.

Une cheminée peut en cacher une autre

Sur le site de l’ancienne centrale, le projet Thermo-sur-Seine prévoit donc une chaufferie destinée au réseau de chaleur parisien. Elle brûlerait du bois et des combustibles solides de récupération, issus de déchets non recyclables préparés après tri. La concertation préalable se déroule jusqu’au 1er novembre ; Vitry organise une consultation des habitants le 6 décembre.

Dans ce quartier où se prépare aussi l’arrivée de la ligne 15 du Grand Paris Express, les anciennes cheminées servent de points fixes au milieu des transformations. Leur avenir se décide avec celui du terrain qu’elles surplombent, de ses activités et du Kilowatt. 

Jour 7. Friche culturelle du Kilowatt près du chantier de la gare des Ardoines / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris
Jour 7. Friche culturelle du Kilowatt près du chantier de la gare des Ardoines / © Jérômine Derigny pour Enlarge your Paris

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