
Pendant des siècles, les jardins de Paris et les cultures de sa banlieue ont fourni fruits et légumes aux habitants de la capitale. Aujourd’hui, une partie de ce qui remplit nos assiettes se joue beaucoup plus loin. En Anjou, la sœur de Vianney Delourme, directeur de la publication d’Enlarge Your Paris, est maraîchère depuis dix ans. Sur son blog, elle raconte ce que cela demande : cette semaine, une chaleur qui épuise, des semis ratés et la joie des premiers légumes d’automne.
Semaine 39 — Du 21 au 25 septembre 2026
Lundi
Depuis une semaine, le thermomètre est reparti à la hausse, je ne supporte plus. Je voudrais bien ne pas me plaindre, y aller quand même, malgré la lassitude. Je dors mal, le moral dans les chaussettes. Autrefois, on ne se regardait pas le nombril, fallait y aller, question de survie. Avec notre confort et nos états d’âme, on manque de robustesse.
Je m’attache à tout ce qui met du baume au cœur, ce pour quoi je me suis engagée il y a dix ans dans ce métier. La beauté des couleurs des plantes, des légumes que je cultive avec amour et fierté, les chants d’oiseaux, le coucher du soleil.
Un photographe venu pour un article dans Famille Chrétienne fait diversion et je prends la pose au milieu des tomates !
Mardi
Pas plus envie. Un peu de compta, des histoires de bornage de parcelles à faire avec un géomètre pour refaire les baux de mon beau-père… Je dois passer un traitement anti-teigne dans les poireaux, je repousse chaque jour, procrastination, mère de tous les vices.
Un pic noir passe en criant au-dessus de ma tête, il se perche sur le haut d’un petit douglas mort qui sera bientôt coupé.
Les 30 °C me tuent. Antoine, imperturbable, cure le grand poulailler pour faire le vide sanitaire et passe le broyeur dans le verger des poules. Découverte de 60 œufs dans la menthe sauvage.

Mercredi
Tant de déconvenues cette année. Je pensais que ce serait mieux et je n’ai pas envie de commencer la récolte… Mais les carottes manqueront rapidement à l’appel, malgré nos efforts pour les semis à répétition, le désherbage, l’arrosage.
Sous les voiles pour les protéger des chevreuils et de la mouche, profitant du temps chaud et sec, les pucerons cendrés se développent, détruisant les fanes. Les racines finissent asséchées, malgré les très nombreuses coccinelles. Ce sont surtout les galinsogas qui dessinent les rangs sous le voile.
Fiasco complet côté épinards et mâche sous serre : voulant assurer la levée, nous avons sans doute trop arrosé le papier présemé recouvert de compost, technique que j’applique aux carottes primeur. Résultat : fonte des semis, zéro levée. Je sème des épinards en pépinière, rachète des mini-mottes de mâche…

Jeudi
Je prépare les premiers poireaux avec quelques traces de teignes qui creusent leur fût. Aïe, bon, j’espère que les deux passages au Bacillus thuringiensis vont faire leur effet, ainsi que sur les choux survolés par une foule immense de piérides venant déposer leurs petits œufs jaunes sur les belles feuilles vertes ou violettes des choux.
Pendant ce temps, avec les conseils de Fanny, paysanne-boulangère, nous faisons repartir notre levain à coups de « petit son ». Et préparons la parcelle pour semer du blé pour 2027 avant la pluie qui arrivera comme une bénédiction.
Vendredi
Antoine n’est pas là pendant deux jours. Cela me fait bizarre de tout gérer seule. Les cloches sonnent à Longué et Saint-Philbert. Au fournil, je tente une nouvelle recette de pain de froment avec amandes et son. Je suis heureuse de récolter les premiers légumes d’automne : radis raves, céleris, poireaux. Mais les salades me manquent… Pas vous ?

2 octobre 2026 - Saint-Philbert du Peuple