
À Vitry-sur-Seine, entre l'A86 et le centre technique du futur métro ligne 15, l'équipe du Kilowatt transforme 2 000 m² de dalle de béton en jardin de fraîcheur. Avant l'ouverture prévue à l'été 2027, on a profité d'une visite de chantier ouverte aux voisins pour découvrir les lieux.
Pour imaginer Tinta’mare, il faut d’abord comprendre où l’on se trouve. La ZAC des Ardoines, à Vitry-sur-Seine, est l’un des plus grands chantiers du Grand Paris : un ancien territoire industriel coincé entre la Seine et les voies ferrées, où poussent à toute vitesse logements, bureaux, un hôtel logistique et le centre de maintenance XL de la future ligne 15 du Grand Paris Express — un grand bâtiment métallique qui, de l’aveu même des riverains, « reflète bien le soleil ». Comprendre : qui cuit. Sur la parcelle voisine, propriété de Grand Paris Aménagement, une chape de béton de 2 000 m² où le thermomètre affiche 40 °C dès le mois de mai.
C’est là, rue Léon Geffroy, qu’Aurélien Rozo, Clément Poma (collectif Monstre, sculpteur sur bois) et Margaux Dupré ont commencé à casser le béton fin 2024. Un soir de juillet, au sortir de quinze jours de canicule, ils ont convié habitants et partenaires — ville de Vitry, territoire Grand-Orly Seine Bièvre, Métropole du Grand Paris, Région Île-de-France — à une ouverture de chantier. Pas une inauguration, insiste Aurélien Rozo : une étape. Entretien sur place, entre les oiseaux géants et le kiosque grenouille.
« Au milieu de la dalle, il y avait une seule plante. On l’a appelée la Pachamama »
Tinta’mare, c’est né comment ?
Aurélien Rozo, fondateur du Kilowatt et de Tinta’mare : D’une envie d’avoir à Vitry un lieu où venir boire un verre, manger un morceau, se rafraîchir. Un véritable îlot de fraîcheur dans ce nouveau quartier des Ardoines. Quand on est arrivés sur ces 2 000 m² de béton entourés d’un hôtel logistique et du centre de maintenance du métro, on s’est dit : on cuit, il fait 40 degrés dès le mois de mai. La première chose qui s’est imposée, c’est de végétaliser.
Et la mare, en plein milieu du site ?
C’est venu d’un truc tout bête. Au milieu de la dalle, il y avait une seule plante qui poussait. On l’a gardée, on l’appelle la Pachamama. Quelqu’un nous a dit : cette plante a besoin d’eau, c’est fou qu’elle pousse au milieu de cette fournaise. On s’est dit : il faut creuser. La mare, c’est la tête d’affiche du projet. Elle nous contraint — elle nous force à aménager le site autrement, à nous adapter à la végétation et à la faune qui arrivent. Une écologue nous accompagne pour travailler le rythme du lieu. Elle pose d’aimables contraintes, et ça nous va.
On est sur de l’urbanisme transitoire ?
On est dans ces logiques-là : le terrain appartient à Grand Paris Aménagement [Aménageur public, NDLR], qui n’a pas vocation à nous le céder ad vitam æternam. Mais ils sont partenaires du projet, dans leur logique d’aménagement des Ardoines. On participe à l’attractivité et au bien-vivre de ce quartier qui sort de terre. Et on ne creuse pas une mare pour rester un an.
« Les premières chutes de bois serviront à un terrain d’aventure construit par les enfants »
Qu’est-ce qui reste à construire d’ici 2027 ?
La viabilisation du site — on n’a encore ni l’électricité ni l’eau courante, même s’il y en a dans la mare. Puis le bar-restaurant et les sanitaires. Et il faut que la végétation pousse, que les zones d’ombre gagnent du terrain, que les crapauds fassent des petits.
« Le Kilowatt, c’est les montagnes russes. Ça crée une petite légende »
Pendant ce temps, comment va le Kilowatt ?
Le Kilowatt va bien, même si c’est les montagnes russes — c’est peut-être le lot de ces lieux alternatifs installés dans des friches urbaines. Ça crée une petite légende. Le lieu est menacé depuis trois, quatre ans : EDF, propriétaire du terrain, veut le récupérer. On est en négociation permanente. Eux nous disent qu’ils n’ont pas envie de mettre à mal un lieu culturel comme le Kilowatt, mais c’est chez eux. Pendant ce temps, on travaille à la suite, à trouver un autre lieu. Ce n’est pas évident, mais ça avance.
Et cet été ?
Il y a des choses quasiment tous les week-ends. Une grosse soirée colombienne le 16 juillet, Yuri Buenaventura en concert pour une soirée salsa, une soirée techno… On a de quoi tenir jusqu’à fin novembre. L’été bat son plein.
Infos pratiques Tinta’mare, rue Léon Geffroy, ZAC des Ardoines, Vitry-sur-Seine (94). Ouverture au public prévue à l’été 2027. Le Kilowatt, 18 rue des Fusillés, Vitry-sur-Seine. Programmation : lekilowatt.fr





4 juillet 2026 - Vitry-sur-Seine