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Le wetoo, festival féministe pour toute la famille, ouvre à Aubervilliers

Le WeToo festival. Photo Emmanuelle Jacobson-Roques
Le WeToo festival. Photo Emmanuelle Jacobson-Roques

Le WeToo Festival ouvre sa septième édition samedi 26 septembre au Point Fort d’Aubervilliers. Cette année, il devient une saison de cinq rendez-vous jusqu’en mai 2027 entre Aubervilliers, Paris, Pantin et Saint-Denis. Sa codirectrice Séphora Haymann nous raconte pourquoi elle tient à faire un festival féministe où l’on vient avec ses enfants et où la fête fait partie du propos.

Enlarge Your Paris : Pourquoi avoir créé un festival féministe où l’on peut venir avec ses enfants ?

Séphora Haymann : Parce que la famille et l’enfance sont parmi les endroits où la domination et les violences peuvent s’exprimer le plus fortement. C’est donc évidemment un endroit sur lequel le féminisme porte son regard. Mais c’est aussi là qu’on peut agir, par l’éducation et par ce qu’on transmet. Une société féministe ne peut pas se penser sans les enfants. Et qui dit enfants dit famille, avec toutes les façons de faire famille aujourd’hui : monoparentale, homoparentale, avec ou sans enfants… Nous voulions un festival où chacun et chacune puisse trouver sa place, avec toutes les générations.

Qu’est-ce que la présence des enfants change concrètement à un festival militant ?

Ça donne quelque chose de très doux. On fait la fête, mais tranquillement. Les familles, les enfants, les adultes cohabitent. Puis, passé une certaine heure, un autre public prend le relais. On a surtout créé un Kids Corner gratuit. Un parent seul peut venir avec son enfant, le faire garder et aller assister à une table ronde ou voir un spectacle qui n’est pas adapté à son âge. Mais les enfants ont aussi leur propre programmation. Cette année, on propose par exemple un atelier sur le bon usage des réseaux sociaux avant même d’avoir l’âge d’y accéder, ou un atelier manga autour des stéréotypes.

Et puis il faut se rappeler qu’il y a « fête » dans festival. En ce moment, on a suffisamment de raisons de s’obscurcir. Nous, on pense que la joie peut aussi être politique.

Comment évitez-vous de faire un festival féministe uniquement pour des gens déjà féministes ?

C’est une vraie question. On essaie d’abord d’y répondre par la programmation. On invite des personnalités très identifiées du féminisme, mais on propose aussi du cabaret, des concerts, des spectacles pour enfants. On cherche des formes populaires sans renoncer à être exigeantes.

Cette année, on a aussi deux « quickies », des micro-conférences de trente minutes. L’une porte sur l’antitsiganisme, un sujet et des militants qui restent peu visibles. L’autre sur l’héritage culturel et le patriarcat au sein des cultures musulmanes. L’idée, c’est aussi d’aller vers des sujets qui ont moins de visibilité. Et puis on mène un travail de territoire toute l’année. La compagnie intervient dans des lycées de Seine-Saint-Denis, travaille avec Cultures du Cœur, avec la CAF, auprès de personnes en situation de précarité. On pratique vraiment l’« aller vers ».

Mais il ne suffit pas de dire aux gens : « Venez chez nous. » Il faut leur proposer quelque chose qui puisse les intéresser. Et ce n’est pas facile.

Cette année, WeToo devient une saison, avec plusieurs rendez-vous dans plusieurs villes. Pourquoi ?

C’était une évolution assez logique. Le festival mute chaque année. Cette fois, on avait envie d’être présentes plus longtemps et surtout d’aller sur plusieurs territoires, avec des formats différents. Jusqu’ici, on faisait trois ou quatre jours très intenses. Cette année, on va à Aubervilliers, Paris, Pantin et Saint-Denis. Cela nous permet d’aller rencontrer d’autres publics au lieu d’attendre qu’ils viennent tous au même endroit.

Dans quel état trouvez-vous le féminisme en 2026 ?

On est dans un moment très critique. Le contexte politique est très crispé et cette polarisation existe aussi à l’intérieur des mouvements féministes. Il y a des désaccords profonds sur le travail du sexe, le voile, la pornographie, les questions décoloniales, l’antiracisme, l’islamophobie, l’antisémitisme… Mais ce que j’observe depuis quelques mois, c’est beaucoup d’agressivité et moins de respect. Parfois, j’ai le sentiment qu’on est quatre féministes à essayer de faire quelque chose et que le combat qu’on rend visible, c’est celui qui oppose ces quatre personnes.

Et pendant ce temps-là, la majorité des gens ne sont pas des militants féministes.

Le WeToo festival. Photo Emmanuelle Jacobson-Roques
Le WeToo festival. Photo Emmanuelle Jacobson-Roques

Et chez les jeunes, qu’est-ce que vous observez ?

C’est très partagé. D’un côté, il y a une jeunesse qui me semble très en avance par rapport à ma génération. Elle a davantage conscience de certaines choses et surtout beaucoup plus de possibilités : se marier ou pas, faire des enfants ou pas, être hétéro ou homo… Et parallèlement, on voit un durcissement très puissant à certains endroits. Le discours masculiniste gangrène énormément certains espaces scolaires.

Neuf ans après #MeToo, est-ce que les choses ont vraiment changé côté violences sexistes et sexuelles ?

On en parle beaucoup plus. Aujourd’hui, personne ne peut vraiment dire qu’il ignore le problème. Mais on est très, très loin du compte. Je travaille notamment avec le collectif #MeTooThéâtre, que j’ai cofondé, auprès de femmes victimes de violences dans le milieu théâtral. Et ce qu’on constate, c’est qu’il y a encore énormément de déclaratif. Les employeurs pensent parfois qu’ils doivent devenir enquêteurs, qu’il leur faut des preuves ou une plainte pour intervenir. Ils oublient leur obligation de protéger leurs salariés. Les outils existent déjà en partie. Simplement, ils ne sont pas utilisés.

On peut donc avoir l’impression qu’on parle énormément des violences sexistes et sexuelles sans vraiment les traiter ?

C’est exactement ça. Parfois, on ne fait que parler de ça. Et il ne se passe rien.

Informations pratiques : WeToo Festival #7 – ouverture de la saison Samedi 26 septembre 2026, de 12 h à minuit. Le Point Fort, 174 avenue Jean-Jaurès, Aubervilliers. Métro 7, Fort d’Aubervilliers. 
Tarifs à consulter ici. Les cinq rendez-vous : 26 septembre au Point Fort à Aubervilliers ; 30 novembre à la Cité Audacieuse à Paris ; 16 janvier 2027 au Ciné 104 à Pantin ; 28 mars 2027 aux 3T à Saint-Denis ; 29 mai 2027 à la Gaîté Lyrique à Paris.

Le WeToo festival. Photo Emmanuelle Jacobson-Roques
Le WeToo festival. Photo Emmanuelle Jacobson-Roques

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