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La carte bancaire va (enfin) ouvrir les portiques du métro parisien

Open Payment. DR

Valérie Pécresse a détaillé ce mardi le déploiement de l'Open Payment sur tout le réseau francilien : payer ses transports avec sa carte bancaire, sans Navigo ni ticket. Un chantier à 140 millions d'euros, étalé jusqu'en 2030, et un principe assumé : faire payer les touristes pour que les Franciliens, eux, n'en paient pas le prix.

Au siège de la Région Île-de-France, la présidente a présenté son « Acte II de la révolution billettique » : la possibilité de payer le métro, le bus ou le tram avec sa carte bancaire, sans ticket et sans Navigo. Concrètement, c’est le système Open Payment, déjà en place à Londres depuis 2012, à New York, Amsterdam ou Sydney — Paris, capitale mondiale du tourisme, s’y met enfin. Déploiement par étapes de l’été 2026 à 2030, surcharge tarifaire à la clé, et une cible affichée : les visiteurs, pas les résidents.

Ce qui change, et pour qui

Soyons clairs : le dispositif ne vise pas les Franciliens. Le bon titre du résident reste le Navigo ou le Liberté+, la présidente de la région l’a répété sans détour. La carte bancaire, c’est pour les touristes qui débarquent à Roissy sans savoir ce qu’est un Navigo, et pour les hyper-occasionnels — ceux qui prennent le métro deux fois par an et préfèrent payer plus cher que d’ouvrir l’application Île-de-France Mobilités. Reste qu’un résident y gagnera aussi : rater un bus faute du bon titre sur votre téléphone, avec un conducteur refusant la carte bleue, est une galère qui appartiendra bientôt au passé.

Un déploiement par étapes, de l’été 2026 à 2030

Le chantier est colossal. Tout commence par les bus : 1 300 équipés entre novembre 2025 et mai 2026, l’ensemble du parc de Paris et Petite Couronne compatible fin août 2026, puis les 10 500 véhicules du réseau francilien — bus et cars express compris — à l’été 2028. Soit, en trois ans, l’équivalent de dix fois le réseau de bus de Lyon.

Le métro suit, en commençant par les lignes les plus touristiques. La ligne 1, qui dessert le Louvre et les Champs-Élysées, ouvre le bal en juillet 2027 ; les lignes 4 et 14 suivent d’ici fin 2027, en même temps que les lignes 15 et 18 du Grand Paris Express ; les 7 et 12 d’ici fin 2028. Premier avant-goût dès le 30 juin : une borne de régularisation par carte bancaire à la sortie d’Orly, pour les voyageurs munis d’un ticket métro classique qui se retrouvent coincés côté aéroport.

Les RER et trains, eux, devront attendre 2030. Pas de la procrastination : une contrainte technique. Là où le métro ne badge qu’à l’entrée, le réseau ferré exige une validation à l’entrée et à la sortie. Impossible donc d’y aller ligne par ligne — si vous prenez le RER B à Roissy et basculez sur le RER D à Châtelet, le système doit vous reconnaître à la sortie du D. Tout le réseau ferré doit donc passer d’un bloc, ce qui suppose une coordination titanesque entre IDFM, la SNCF et la RATP.

Les correspondances : l’info à ne pas rater

C’est le point à ne pas manquer. Avec la carte bancaire, les correspondances à l’intérieur du métro sont offertes : vous entrez ligne 1 à Bastille, vous ressortez ligne 4 à Montparnasse, un seul ticket. Mais dès que vous passez sur le RER, le train ou le bus, il faut rebadger, donc repayer : deux réseaux, deux validations. Les correspondances intégrales métro-RER-train n’arriveront qu’en 2030, quand tout le ferré aura basculé. D’ici là, le touriste qui entre ligne 1 aux Tuileries pour filer à Disneyland en RER A paiera deux fois. « Il s’en rendra compte tout seul », a concédé la présidente de la région avec un sourire, « parce qu’il n’y aura pas de valideur carte bleue à l’entrée du RER ». De l’affichage est prévu dans les stations. « Comme d’habitude, personne ne les lira », a-t-elle ajouté, lucide.

Ce que ça va coûter

L’addition est salée : 140 millions d’euros d’investissement — matériel, back-office, installation — et 25 millions par an de fonctionnement. Amortis sur sept ans, les 140 millions ajoutent 20 millions annuels aux 25 de fonctionnement : la facture réelle s’établit à 45 millions par an. Et l’objectif, la présidente de la région l’a martelé, c’est que les Franciliens n’en paient pas un centime. « Notre objectif, c’est que les touristes payent le prix et pas les habitants de la région. Parce que la carte bleue, ça s’adresse à eux. » D’où la surcharge : payer par carte coûtera plus cher que le ticket classique — 50 centimes de plus sur les bus, trams et funiculaire (2,55 € le trajet), 80 centimes sur le métro, le train et le RER (3,35 €), et jusqu’à 14,85 € pour rejoindre les aéroports. Des recettes calibrées pour couvrir, pile, les 45 millions annuels et garantir « zéro répercussion sur les Franciliens ». Bon à savoir pour les familles, en revanche : une seule carte validera jusqu’à cinq personnes d’un geste. « Ce sera mieux qu’à Londres », a glissé Valérie Pécresse, où le tap-to-pay ne le permet pas encore.

Le vrai problème : trouver des valideurs

Sur un point, la présidente de la région a été étonnamment franche : le principal risque du calendrier n’est ni financier ni politique, mais industriel. Ces petits boîtiers qui lisent les cartes, IDFM en commande des milliers, et le marché mondial n’est pas extensible à l’infini. « On n’est pas sûrs d’avoir assez de valideurs pour aller assez vite », a-t-elle reconnu. Les trams, avec leurs nombreuses portes par rame, sont particulièrement gourmands : les cinq lignes concernées réclament à elles seules quelque 3 000 appareils. C’est l’angle mort du plan — une chaîne d’approvisionnement sur laquelle IDFM n’a pas la main.

Et les Franciliens dans tout ça ?

La conférence a aussi dressé le bilan de l’Acte I de la billettique. 600 millions de tickets numériques sont vendus chaque année en Île-de-France, soit, selon Île-de-France Mobilités, « 9 000 arbres sauvés et 15 millions de litres d’eau économisés ». 2,1 millions de Franciliens utilisent désormais Liberté+, le titre en post-paiement à -20 % qui inclut les correspondances. Et cette année signe la fin du ticket carton : s’il en traîne encore au fond d’un manteau, il reste une chance de le faire rembourser au guichet. Après, ce sera terminé.

La conférence de presse s’est tenue le 16 juin 2026 au siège de la Région Île-de-France.

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