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Avec la Fondation du patrimoine, soutenez la restauration de la forêt de Fontainebleau

Photo Franck Desprez, SDIS 77

Une semaine après le départ de feu dans le massif des Trois Pignons, la collecte lancée par la Fondation du patrimoine approche les 575 000 euros et les 5 000 donateurs. Catherine Tissot-Colle, sa déléguée régionale en Île-de-France, explique pourquoi l'institution connue pour ses églises, ses moulins et ses lavoirs se porte désormais aussi au secours du vivant.

La Fondation du patrimoine a l’habitude des clochers qui penchent et des lavoirs qui s’effondrent. Moins des forêts qui brûlent. En lançant une collecte nationale pour la forêt de Fontainebleau au lendemain de l’incendie des Trois Pignons, elle a pourtant fait ce qu’elle sait faire de mieux : transformer une émotion collective en souscription publique. 

574 262 euros collectés, et un feu qui couve encore

Où en est la collecte lancée par la Fondation du patrimoine pour la forêt de Fontainebleau ?

Catherine Tissot-Colle, déléguée régionale Île-de-France de la Fondation du patrimoine : 574 262 euros au moment où je vous parle, et 4 794 donateurs — on approche des 5 000. Soit 28 % de l’objectif, puisqu’on a mis un palier à 2 millions d’euros.

À quoi va servir cet argent ?

Dans un premier temps, il est récolté. On a fait cette collecte avec un certain nombre de partenaires, dont l’ONF. La manière de l’utiliser de manière pertinente, au fur et à mesure de l’évolution de la situation, sera vue avec les spécialistes. L’incendie n’est pas complètement terminé : on ne va pas se lancer dans des spéculations. Si ça marche très bien, on mettra peut-être un autre palier pour les premières opérations de sauvegarde et de sécurisation de la forêt et de sa biodiversité, dès que la partie extinction et suivi des feux sera terminée. Les plans d’action vis-à-vis de la forêt — les arbres, la végétation, les animaux — seront concertés avec l’ONF et les collectivités territoriales. Et on affectera l’argent au fur et à mesure.

Des vieilles pierres au vivant

La Fondation du patrimoine est connue pour son engagement en faveur du bâti : les églises, les moulins, les lavoirs, les châteaux, le patrimoine industriel. Pourquoi une forêt ? Est-ce un précédent, une exception ?

Non. Une forêt qui brûle, c’est la première fois, et on espère ne pas en avoir beaucoup. Mais le patrimoine naturel et la biodiversité, ce n’est ni un précédent ni une exception : c’est un nouvel axe. Depuis quelque temps, on a un fonds dédié patrimoine naturel et biodiversité, et dans toutes les régions des projets, soit 100 % patrimoine naturel, soit mixtes, avec à la fois un bâti et une dimension patrimoine naturel.

« Le patrimoine naturel et la biodiversité, ce n’est ni un précédent ni une exception : c’est un nouvel axe »

Un exemple en Île-de-France ?

En Seine-et-Marne, l’agroforesterie de la ferme de Lumigny [la Fabrique Végétale, à Lumigny-Nesles-Ormeaux — 38 ha déjà plantés de 1 900 arbres et 9 000 arbustes, un second volet de 90 ha en cours, selon la fiche projet de la Fondation, ndlr]. Cette ferme est située dans la plaine de la Brie, et son objet est de trouver de nouvelles façons de travailler pour restaurer de la biodiversité dans des plaines de monoculture. Ça a aussi un objectif de faire travailler autrement les terres par rapport aux problèmes d’eau. Parce qu’en Seine-et-Marne, soit vous avez une pluviométrie « normale », soit vous avez des sécheresses et des périodes de très forte pluviométrie, avec des inondations. Les gens qui travaillent en agroforesterie développent des techniques, parfois inspirées de pratiques anciennes, qui permettent de compenser certaines atteintes au climat. C’est le paysage et sa composition au sens large qui nous intéressent — pas que les constructions, pas que les objets patrimoniaux traditionnels. 

Restaurer à l’heure de l’anthropocène

Restaurer un bâtiment à l’heure du changement climatique, cela change-t-il aussi le métier ?

Ça génère beaucoup de questions. La philosophie générale de la restauration, c’est de revenir à l’authenticité du bâtiment, de maintenir des savoir-faire — tout en intégrant l’adaptation du bâtiment, ou du lieu, au changement climatique. Imaginez une ville moyenne, une jolie place qui date pour partie du XVIIIe siècle et qui n’a jamais eu d’arbres. Vous la restaurez : vous plantez ou pas ? En toute rigueur, on ne plantait pas. Maintenant, on se pose vraiment la question. Même chose pour l’isolation, les matériaux. Il y a de nouveaux enduits à la chaux, mais par rapport à des pratiques de siècles anciens, ils ont moins d’ancienneté : comment est-ce qu’on se lance, avec quels critères, quels risques ? Aux anciennes écuries de Richelieu, à Gennevilliers, on a pris le risque : une isolation extérieure et de nouveaux matériaux à base de chanvre, avec en même temps une restauration de charpente par des artisans qui avaient travaillé sur Notre-Dame.

La forêt de Fontainebleau a été au cœur de l’invention du patrimoine au XIXe siècle, avant qu’un siècle de textes ne sépare le naturel et le culturel en deux familles distinctes. Faut-il revoir cette séparation entre le bâti et le vivant ?

Ma conviction personnelle, c’est que ça ne se sépare pas. Ça ne se sépare plus, en tout cas — si tant est qu’on l’ait fait. On l’a fait en pensant bien faire. Il y a des choses que les experts du patrimoine, qui ont développé de très grandes expertises, doivent apprendre et intégrer, et réciproquement du côté de l’écologie. Je crois qu’historiquement, la plupart des grandes inventions ont été faites au carrefour de choses qui n’étaient pas censées se rencontrer.

« C’est une de leurs forêts »

Le château de Fontainebleau et son parc sont inscrits à l’UNESCO, pas la forêt. Le lien entre les deux compte-t-il dans cette mobilisation ?

Le fait que le château de Fontainebleau et la forêt soient très associés dans l’esprit, dans l’imaginaire, dans la culture, est une force. Tout le monde sait que, depuis toujours, il y a un lien fort — autrefois, c’étaient les chasses, c’était une autre époque, mais c’est complètement lié. C’est aussi parce qu’il existe cette dimension internationale d’attachement pour la forêt de Fontainebleau qu’on a lancé cette collecte particulière. Et pour les Parisiens au sens large, les Franciliens, c’est une très grande forêt. C’est une de leurs forêts.

La collecte va-t-elle s’arrêter à 2 millions d’euros ?

On va voir comment elle évolue. Malheureusement, il est certain que 2 millions d’euros ne seront pas suffisants. Si on peut avoir plus, on verra. Je voudrais insister sur les partenariats : l’ONF sous l’angle scientifique, mais aussi le département de Seine-et-Marne, la région Île-de-France, la ville de Fontainebleau, la communauté d’agglomération, le château. Tous se sont immédiatement engagés. La mobilisation s’est faite rapidement.

infos pratiques : Faire un don : collecte « Forêt de Fontainebleau » sur fondation-patrimoine.org. Palier actuel : 2 millions d’euros. Réduction d’impôt : 66 % du don est déductible de l’impôt sur le revenu. Y aller : la forêt reste partiellement fermée au public le temps du suivi des feux. Gares d’accès habituelles : Fontainebleau-Avon et Bois-le-Roi (ligne R du Transilien).

Photo Franck Desprez, SDIS 77

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