
Tiens, la Cité U se retrouve dans les pages people : on apprend que l’infante Sofía, la plus jeune fille du roi d’Espagne, va y vivre cette année. Alors on a imaginé un petit guide pratique pour elle. Et, tant qu’à faire, pour tous les Grands Parisiens qui sont passés cent fois devant cet endroit sans vraiment savoir ce qu’il y avait derrière les grilles.
À 19 ans, Sofía de Borbón poursuit son tour d’Europe universitaire : Lisbonne, puis Paris cette année, puis Berlin. Deuxième dans l’ordre de succession derrière sa sœur aînée Leonor, elle étudie les sciences politiques et les relations internationales au Forward College, dont les étudiants de deuxième année vivent à la Cité internationale universitaire de Paris. Voilà l’endroit propulsé dans Hola! pour quelques jours. Ce n’est pas immérité, mais si l’on dressait la liste des raisons d’y aller, la possibilité d’y croiser une princesse arriverait loin derrière.
Traverser le gros château
En sortant du RER B, on tombe sur la Maison internationale, 22 000 m² de néo-Louis XIII financés dans les années 1930 par Rockefeller Junior, l’héritier de la dynastie du pétrole. Et grand mécène de la Cité. L’architecte Jens Fredrick Larson s’est inspiré de Fontainebleau ; la Cité parle elle-même d’une « mini-réplique ». Piscine, trois salles de théâtre, bibliothèque, restaurants : il faut traverser ce gros machin, parce que derrière commence autre chose.
Entre les arbres, le Colegio de España, la Fondation suisse de Le Corbusier, la Maison du Japon, la Maison de la Corée, la Maison du Maroc, la Maison de la Tunisie, le faux collège anglais de la Fondation Deutsch de la Meurthe. Une petite ville dans un parc de 34 hectares où vivent des résidents de 150 nationalités, née après 1918 d’une idée simple et démesurée : loger ensemble des étudiants du monde entier pour qu’ils ne se fassent plus la guerre.
Cent ans plus tard, l’utopie tient, et se dispute. En juin, des étudiants se sont mobilisés contre la privatisation de la grande pelouse pour la Fashion Week : l’endroit où l’on révise, joue au ballon et pique-nique devenait pendant quelques jours un décor fermé. Et depuis quelques semaines, le dévissage d’une plaque commémorant les victimes de la dictature militaire argentine, secoue la cité étudiante. Utopique, mais pas endormie.

Manger, puis musarder
Il n’est pas nécessaire d’habiter ici pour en profiter. Nous y avions fait un tour du monde en quatre restaurants, et le principe tient toujours : quelques centaines de mètres séparent le petit-déjeuner du Colegio de España d’une Currywurst à la Maison Heinrich Heine, d’un sandwich tunisien ou d’un bulgogi coréen. Plusieurs restaurants et cafétérias sont ouverts au public. À la Fondation suisse, une chambre témoin dessinée par Le Corbusier se visite tous les jours de 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h, pour 2 €. À la Maison du Japon, une fresque de Tsuguharu Foujita. Pour le reste, la meilleure méthode consiste à ne rien préparer.
À lire : Un tour du monde en quatre restaurants à la Cité internationale universitaire
Montsouris et le village qui ferme
En face, de l’autre côté du boulevard Jourdan, le parc Montsouris, ses pelouses en pente, son lac, ses anciennes carrières. En remontant vers l’avenue Reille, le square de Montsouris, qui n’est pas un square mais une rue pavée de villas et d’ateliers d’architectes ; Le Corbusier y a construit l’atelier Ozenfant. Quelques rues plus loin, le Village Reille vit ses derniers jours. Pendant cinq ans, cet ancien couvent a accueilli artistes, associations, artisans et personnes hébergées. Il ferme à la mi-septembre et donne sa dernière fête samedi 12 septembre. À quelques centaines de mètres, une utopie fête son centenaire pendant qu’une autre remballe après cinq ans.
Sortir en banlieue par la passerelle du Cambodge
La Cité U est aussi un point de départ. Au sud du campus, la passerelle du Cambodge permet de franchir la grande coupure du boulevard périphérique. Il faut se souvenir qu’il n’existait pas quand la Cité a été dessinée : elle ne regardait pas un mur de voitures, elle ouvrait sur Gentilly et les communes du sud.
Et de l’autre côté, surprise : on tombe presque sur la maison alternative du Portugal. Pas de pavillon national, pas de grand architecte, mais le Sacré-Cœur de Gentilly, ancienne église liée à la Cité et devenue depuis 1979 le point de rassemblement d’une importante communauté catholique portugaise, puis une poignée d’adresses populaires serrées autour de l’avenue Paul-Vaillant-Couturier. Au numéro 81, la Boulangerie Pao Quente aligne pains et pastéis de nata. Deux portes plus loin, Le Lieutades est un restaurant portugais ; juste après, Le Rotissier de Gentilly prépare ses poulets rôtis. Le dimanche, entre la messe et le déjeuner, le coin prend des airs de petite place de village. Le tour du monde de la Cité U ne s’arrête donc pas aux pavillons officiels. Il continue après le périph’, en version beaucoup plus populaire. On entre par un faux château de Fontainebleau et on ressort à Gentilly avec un poulet portugais sous le bras.
Choisir sa balade et quitter la Cité u
De là, plusieurs directions. Gentilly et le tracé de la Bièvre, la rivière enterrée du sud parisien. Les aqueducs d’Arcueil, trois générations d’ouvrages de l’époque gallo-romaine au Second Empire, que nous avions suivis sur 8 km depuis le Luxembourg. La Petite Ceinture vers le parc Kellermann et le 13e. Ou Montsouris dans l’autre sens, et la remontée vers le centre de Paris.
À lire : La promenade des aqueducs, de Paris à Arcueil
Informations pratiques : Cité internationale universitaire de Paris, 17 boulevard Jourdan, Paris (14e). RER B ou tram T3a, station Cité Universitaire. Parc et plusieurs équipements ouverts au public. Fondation suisse, 7 boulevard Jourdan, Paris (14e). Visites individuelles tous les jours de 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h. 2 €. Infos visites. Village Reille, 11 impasse Reille, Paris (14e). Dernière fête samedi 12 septembre 2026, de 14 h à 20 h. Gratuit. Programme. Sacré-Cœur de Gentilly, 111 avenue Paul-Vaillant-Couturier, Gentilly. Messe dominicale à 10 h. Site de la paroisse portugaise Boulangerie Pao Quente, 81 avenue Paul-Vaillant-Couturier, Gentilly. Ouverte tous les jours de 6 h à 20 h. Infos pratiques Le Lieutades, 83 avenue Paul-Vaillant-Couturier, Gentilly. Le Rotissier de Gentilly, 85 avenue Paul-Vaillant-Couturier, Gentilly.



1 septembre 2026 - Gentilly