
À quelques jours des municipales, la start-up Merci Raymond veut végétaliser les 37 ponts parisiens. 50 000 plantes, 20 000 m², des projections IA bluffantes. Une bonne idée pour réinventer les paysages parisiens et rafraîchir les Grand- Parisiens. On a quand même creusé.
La start-up Merci Raymond vient de publier un communiqué aussi fleuri que ses projections IA : 37 ponts parisiens transformés en « parasols naturels », 50 000 plantes, 20 000 m² d’espaces verts suspendus au-dessus de la Seine, gain thermique annoncé entre -2 °C et -4 °C. Le tout à quelques jours des élections municipales. L’intention est louable. Le timing, lui, se voit.
Alors, gadget ou bonne idée ? Pour se faire une opinion, on a plongé dans nos archives. Depuis des années, on couvre la végétalisation urbaine dans le Grand Paris : ses réussites, ses contraintes, ses chantiers en cours. Voilà ce qu’on a vu.
Planter sur du béton, c’est plus compliqué qu’il n’y paraît
On a commencé par aller voir ce qui se passe quand on végétalise sans sol. En suivant le chantier du futur parc de La Défense – 5 hectares de verdure prévus pour 2028 sur l’esplanade, le plus grand jardin sur dalle de France –, on a compris une chose : végétaliser un espace sans sol naturel ne s’improvise pas. Le paysagiste Michel Desvigne et son équipe ont passé des années à tester ce qui survit réellement sur cette dalle exposée aux vents que les tours accélèrent et au soleil qu’elles réfléchissent. 350 espèces végétales ont été sélectionnées une à une. Des strates de végétation ont été superposées pour recréer quelque chose qui ressemble à un vrai écosystème.
Ce que ça dit des ponts : ils sont exposés aux mêmes contraintes, en plus dur. Pas de sol naturel, vent fort, chaleur réverbérée par l’eau et la pierre ou le béton. Et, sous chaque grande place parisienne – République, Bastille, Nation… –, il y a des stations de métro, des réseaux de gaz, de chauffage urbain, des égouts qui compliquent encore davantage la moindre plantation en pleine terre. Ce n’est pas impossible. Mais ce n’est pas une affaire de communiqué.
Ce qui pousse vraiment dans le Grand Paris
Pendant ce temps, la métropole verte se construit. Lentement, souvent loin des projecteurs, et presque toujours en banlieue.
On a aussi mis les bottes dans la gadoue. En novembre dernier, on était dans la plaine de Pierrelaye-Bessancourt dans le Val-d’Oise pour planter un chêne de la future forêt de Maubuisson. À une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Paris, entre la forêt de Montmorency et la Seine, cette plaine a un passé chargé : pendant plus d’un siècle, la Ville de Paris y a déversé ses boues d’épuration – les résidus des toilettes parisiennes, riches en métaux lourds. Résultat : des terres condamnées, abandonnées aux dépôts sauvages et aux carcasses de voitures.
Depuis 2019, l’ONF y plante une forêt. La première créée en France depuis Napoléon III. 681 500 arbres ont été mis en terre à ce jour, avec un taux de survie supérieur à 90 %. Les essences ont été choisies pour résister aux étés de plus en plus chauds : chêne pubescent, érable champêtre, tilleul. Les premiers sentiers de randonnée entre Montmorency et la Seine ouvrent ce printemps. À terme : 1 350 hectares, soit 85 fois le jardin du Luxembourg.
On a aussi arpenté le Grand Chemin, à Est Ensemble. Montreuil, Romainville, Pantin, les Lilas – l’un des territoires les plus denses et les plus bétonnés de France – sont en train de transformer leurs rues en parcours vert. 36 km de boucle végétalisée reliant tous les parcs et jardins du territoire, prévue pour 2030. Les premiers tronçons viennent d’être inaugurés. Rue Pépin à Montreuil, les places de parking ont disparu, remplacées par de la pleine terre plantée en pied d’immeuble, des arbres, des pavés de réemploi. 32 000 m² de voirie transformée, entre 30 et 40 % de renaturation de l’espace public. Ce n’est pas spectaculaire. C’est réel.
Et puis on a appris un chiffre qui surprend : sous nos pieds, la Métropole du Grand Paris a recensé 60 kilomètres de rivières enfouies sous le bitume : la Bièvre, le Sausset, le Croult, le Petit Rosne. Des cours d’eau qui coulaient là bien avant la ville, canalisés puis enterrés au fil des décennies pour « faire passer l’eau vite ». Des projets de restauration sont en cours pour les rouvrir progressivement. Là où la Bièvre a retrouvé quelques centaines de mètres à l’air libre à Arcueil, les habitants ont installé spontanément un banc en palettes au bord de l’eau. Une rivière qui reprend son lit, c’est de la fraîcheur, de la biodiversité et un lieu de vie qui renaît. Durablement, et sans image IA.
Les « forêts urbaines » parisiennes font débat – sur le terme, sur le coût, sur l’entretien. Mais elles ont au moins une chose en commun avec toutes ces initiatives : de la pleine terre, des vraies racines, du temps. Une seule certitude dans le Grand Paris : on va avoir de plus en plus chaud, de plus en plus longtemps. Ce débat-là n’est pas près de se refermer.

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10 mars 2026 - Grand Paris