Culture
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À Pantin, on a contemplé l’art monumental d’Anselm Kiefer, futur artiste de la gare de Versailles-Chantiers

La Galerie Thaddaeus Ropac à Pantin. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

On a plongé dans « Nymphäum », la grande exposition de l'artiste allemand à la galerie Thaddaeus Ropac. Des toiles immenses vous prennent au corps, dans un lieu ouvert à tous. L’artiste, lui, sera à retrouver bientôt au-dessus des escaliers d'une gare du Grand Paris Express.

Cela faisait un moment que nous n’étions pas retournés à la Galerie Thaddaeus Ropac, installée dans une ancienne chaufferie de Pantin. Deux raisons nous y ont ramenés. La première : « Nymphäum », une exposition monumentale d’Anselm Kiefer avec plus de vingt toiles, à voir gratuitement jusqu’au 25 octobre 2026. La seconde, plus proche de notre quotidien : en mai 2025, l’artiste allemand a été choisi pour réaliser l’œuvre de la future gare de Versailles Chantiers, terminus de la ligne 18 du Grand Paris Express ; une création de plus de seize mètres, suspendue au-dessus des escaliers mécaniques, que croiseront chaque jour près de 35 000 voyageurs à l’horizon 2030.

On est saisi avant de comprendre

Pas besoin de connaître la mythologie pour que ça opère. Les toiles sont immenses, et surtout elles ne sont pas plates : la peinture s’y accumule en reliefs, en croûtes, en coulures, avec des fragments de toile incrustés dans la masse. De l’or brûlé, des verts profonds, une eau turquoise, des matières qui brillent et semblent encore vivantes. Par endroits, on jurerait que ça bouge toujours. Une gueule de crocodile émerge d’un marécage doré ; ailleurs, des visages presque enfantins percent dans le feuillage. On reçoit tout cela au corps, comme un paysage après une catastrophe. C’est physique avant d’être savant.

À un moment, saturé, j’ai eu besoin de quitter les salles. Je me suis réfugié cinq minutes derrière l’un des grands paravents recouverts d’or – une œuvre à part entière –, le temps d’échapper aux visiteurs accrochés à leur téléphone. Car presque personne ne regarde les toiles autrement qu’à travers son écran : le smartphone est devenu notre troisième œil dans les expositions. Nous compris : cet article est fait de photos prises sur le vif.

Un lieu ouvert

C’est peut-être ça qu’on a envie de dire, surtout. Une grande galerie comme celle-là n’est pas un temple fermé : l’entrée est libre, c’est ouvert du mardi au samedi, à 3 minutes de la gare du RER. En traversant les salles, nous avons croisé Xenia Geroulanos, directrice de la Galerie, en train de présenter les toiles à des visiteurs visiblement de marque. C’est en la suivant à distance, l’oreille tendue, que nous avons attrapé les clés de l’exposition. Avant même d’avoir lu le texte photocopié déposé à l’entrée.

Le sujet, dit-elle sans détour, est la métamorphose. Les nymphes, rappelle-t-elle, sont des figures féminines menacées de viol, ou violées, qui se transforment en arbre, en rivière, pour échapper à leur sort. Anselm Kiefer les dissout dans des forêts, mais aussi dans des villes : des gratte-ciel aux fenêtres d’or, inspirés de la lumière filtrée par les arbres de Central Park et de Dubaï, où la grande cité devient organique. On peut s’arrêter à la beauté de cet or, qui n’est pas sans rappeler Gustav Klimt ou les icônes médiévales ; on peut aussi aller chercher Ovide derrière. Les deux lectures sont permises, aucune n’est obligatoire. Chacun entre avec ses codes. Ou même sans.

Et demain, dans la gare ?

On repart avec une question plutôt qu’une réponse. Anselm Kiefer peint nos mythologies, les antiques, et celles, toutes neuves, que sécrètent les gratte-ciel des métropoles. Demain, l’une de ses œuvres vivra au-dessus des escaliers mécaniques de Versailles Chantiers, dans le flux d’une gare du Grand Paris Express sur la ligne 18. Comment une mythologie habite-t-elle un lieu de passage ? Les 35 000 voyageurs quotidiens lèveront-ils les yeux de leur écran le temps de la voir ? Et si oui, que devient un hall de gare traversé par les nymphes : un simple décor, ou, le temps d’un trajet, un nymphée contemporain ? C’est cette greffe-là, celle du mythe sur notre quotidien métropolitain, qu’on a hâte de voir prendre.

Infos pratiques « Nymphäum », Anselm Kiefer. Galerie Thaddaeus Ropac Paris Pantin, 69, avenue du Général-Leclerc, Pantin (93). Jusqu’au 25 octobre 2026, du mardi au samedi de 10 h à 19 h. Entrée libre. Accès : gare de Pantin (RER E) ou métro Hoche (ligne 5) à 20 min à pied. Plus d’infos sur ropac.net

Anselm Kiefer, « Nymphäum ». Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Anselm Kiefer, « Nymphäum ». Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Anselm Kiefer, « Nymphäum ». Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Anselm Kiefer, « Nymphäum ». Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Anselm Kiefer, « Nymphäum ». Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

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