
À Nanterre, face à la méconnue île Fleurie, deux anciens dépôts pétroliers vont laisser place à une forêt urbaine, à quelques pas d'un parc né sur une friche industrielle. Récit d'une rive de Seine qui repasse au vert - et d'une destination de promenade accessible en RER A.
Petit à petit, la Nanterre industrielle recule. On l’oublie souvent, mais la ville a un port sur la Seine. Et depuis longtemps, deux grosses verrues y tiennent la rive : les réservoirs de deux dépôts pétroliers, posés là au temps où le fleuve charriait surtout des hydrocarbures. Ils vont sauter — pacifiquement — pour laisser place à un bois.
Selon Le Parisien, deux protocoles d’accord signés au printemps entre TotalEnergies — dont le siège est à La Défense — et la commune doivent déclasser les sites en zone naturelle, via une modification du plan local d’urbanisme. Côté pollution, le pétrolier assure que le nettoyage des sols est achevé, un seul site restant sous surveillance en raison de la présence de nappes phréatiques. Reste la question qui fâche, et qui, elle, n’est pas tranchée : entre l’acquisition des terrains, la dépollution, la plantation des deux forêts et une passerelle envisagée au Petit Nanterre, la facture finale se négocie encore. C’est, révèle le quotidien, le vrai point dur du dossier. Une forêt, ça ne se finance pas avec un chèque en bois.
Deux terrains : les 2 hectares de l’avenue Jules-Quentin, et les 5 hectares de la ZAC des Guilleraies, détenus par la société des dépôts pétroliers de Nanterre dont le groupe est actionnaire majoritaire. Ce second site n’a rien d’anodin : avec ses quatre cuves et ses quinze réservoirs, il a abrité jusqu’à 65 000 m² de capacité de stockage. Un morceau de la mémoire industrielle de la boucle, aujourd’hui dérobé aux regards par des grillages que la végétation a fini par avaler.
Une rive qui change de style
Ces deux forêts urbaines ne tomberaient pas du ciel : elles prolongeraient un mouvement déjà à l’œuvre sur les berges de Nanterre. À deux pas des cuves, le parc du Chemin-de-l’Île est l’une des plus jolies surprises récentes de la boucle — une merveille posée là où l’on n’attendait que béton, et qui donne déjà une idée de ce à quoi ressemblera la rive demain.
Plus haut, au pied du campus de Nanterre, face à la gare RER, la Ferme du Bonheur raconte la même bascule à sa façon. Cinq hectares de friches autoroutières que Roger des Prés cultive depuis 1992 — champs, ruches, animaux, théâtre en bois de récupération, longtemps menacés par les appétits d’aménagement de Paris La Défense. Depuis 2023, une mission de préfiguration confiée à l’architecte Patrick Bouchain a acté le principe : ce sera un espace agricole et culturel ouvert. Et l’aventure déborde déjà : une extension, le Pré, a gagné les rebords mêmes de l’autoroute A14 et a vocation à devenir un vrai parc. Un pré sur l’A14 : tout un programme !
Au bout de l’axe royal, un parc pour tous
Reste le plus beau : le lieu. Ce bout de berge se trouve à l’extrémité de la plus longue ligne droite de la région — la grande perspective qui part de la statue de Louis XIV au Louvre, file par les Tuileries, la Concorde, les Champs-Élysées, l’Arc de Triomphe, l’avenue de la Grande-Armée et La Défense, puis descend, depuis une vingtaine d’années, par les terrasses de l’opération Seine-Arche jusqu’à la Seine. André Le Nôtre l’avait tracée pour le pouvoir et la chasse royale, en visant les hauteurs de Saint-Germain-en-Laye. Trois siècles et demi plus tard, elle s’achèverait ici, non pas en monument mais en forêt urbaine, sur une friche pétrolière. Le contraire exact d’une perspective minérale : une coulée verte.
Pour le promeneur, la promesse est limpide. La gare de Nanterre-Université offre un départ de balade idéal : on rejoint la Seine, on longe le parc du Chemin-de-l’Île, on traverse le port — qu’une végétation dense escamote presque aussitôt — et l’on file vers Rueil, Chatou et l’île des Impressionnistes. Demain, deux bois de plus sur le chemin, là où s’alignaient les cuves.
On a d’ailleurs arpenté toute cette boucle, de Nanterre-Université à Saint-Germain-en-Laye : notre rando chez les impressionnistes passe exactement là, au pied de ces futures forêts.




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8 juin 2026 - environnement