Société
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La Cité U loue sa pelouse pour la Fashion Week, et ça ne passe pas

Photo Résidents de la CIUP

Des banderoles à la Cité internationale universitaire de Paris, voilà qui détonne dans ce campus-jardin réputé pour son calme. Les résidents protestent contre la privatisation de la Grande Pelouse, louée pour des défilés de mode. Leur colère dit, en creux, à quel point ce lieu fraîchement centenaire est précieux, et fragile.

On n’a pas l’habitude de voir gronder la Cité internationale universitaire de Paris. C’est pourtant ce qui arrive : un collectif de résidents, tout juste constitué, a lancé une pétition sur change.org – plus de 1 200 signatures – contre la fermeture de la Grande Pelouse, privatisée jusqu’au 7 juillet au moins pour accueillir un défilé de la Paris Fashion Week. Les signataires dénoncent une décision unilatérale de l’administration, prise sans concertation des résidents ni considération écologique, alors que la Grande Pelouse est, rappellent-ils, le cœur social et public du campus. Dans ce lieu réputé paisible, la colère surprend. 

Cent ans d’utopie, un parc privé grand ouvert

Mais au fait, qu’est-ce que cet endroit ? Une utopie concrète née en 1925 dans le 14e arrondissement, au lendemain de la Première Guerre mondiale : André Honnorat, Émile Deutsch de la Meurthe et Paul Appell la pensent pour loger les étudiants du monde et servir la paix en les faisant cohabiter. Le pari n’était pas vain : Léopold Sédar Senghor ou le futur président tunisien Habib Bourguiba y ont logé.

Elle a fêté ses cent ans en 2025. Aujourd’hui, un lieu unique au monde : quarante-sept maisons représentant autant de pays, quelque 6 000 résidents, et un statut singulier. Une fondation privée, propriétaire d’un parc de trente-quatre hectares qu’elle ouvre pourtant à tous, gratuitement, de 7 à 22 heures. Rien ne l’y oblige. Et c’est aussi pour financer tout cela qu’elle loue, parfois, sa pelouse — pour la première fois en 2025, l’année même de son centenaire, ce que les signataires ne veulent plus voir.

On y vient pour le parc – 2 500 arbres, un quart des espèces d’oiseaux de Paris – mais aussi pour manger le monde entier dans ses maisons, du tunisien au coréen, voir un spectacle au Théâtre de la Cité internationale ou un film à la Maison Heinrich Heine. Côté sud, on franchit même le périphérique sans presque s’en apercevoir, par la passerelle du Cambodge ouverte jour et nuit, pour gagner la Maison de l’Île-de-France, vaisseau écologique financé par la Région : car à la Cité, on croise des Arméniens, des Marocains, des Allemands… et des Franciliens. Un trésor qu’on croit acquis. La pétition mise en ligne sur change.org rappelle qu’il ne l’est pas. 

Y aller : RER B ou tram T3, station Cité Universitaire. Parc gratuit, de 7 à 22 heures (hors privatisations).

La Fondation Avicenne au sein de la Cité internationale universitaire à Paris / © CIUP - Antoine Meyssonnier
La Fondation Avicenne au sein de la Cité internationale universitaire à Paris. CIUP – Antoine Meyssonnier

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