Nulle part ailleurs on ne danse comme ça : sur des rails désaffectés, sous le périphérique, dans un fort du XIXe ou une cimenterie reconvertie. Mais cette fête grand-parisienne est fragile — Vive les Groues ferme fin juillet, Le Sample et La Station – Gare des Mines vivent leur dernier été. Sélection accessible en Navigo, avant qu'il ne soit trop tard.
La carte de la fête grand-parisienne recouvre celle des équipements que la métropole n’utilise plus : emprises ferroviaires de la Petite Ceinture, fort d’Aubervilliers, centrale électrique de Vitry, cimenterie de Bercy, anciens bureaux Orange à Gennevilliers. Mais l’urbanisme transitoire porte bien son nom : Vive les Groues, à Nanterre, ferme le dernier week-end de juillet ; Le Sample, à Bagnolet, et La Station – Gare des Mines, porte d’Aubervilliers, vivent leur dernière saison.
Dans le Grand Paris, l’été 2026 est aussi une tournée d’adieux. On commence par ce qui reste, on finit par ce qui part.

Danser sur les rails
La Petite Ceinture est devenue le plus discret des quartiers festifs : quatre anciennes emprises ferroviaires, quatre ambiances, quelques degrés de moins que sur le bitume.
Le Hasard Ludique (Paris 18e)
Dans sa gare de 1889 de l’avenue de Saint-Ouen, Le Hasard Ludique fait tout à la fois : concerts dans l’ancienne halle voyageurs, DJ sets et terrasse posée directement sur le quai, au-dessus des voies. Le soir, quand les guirlandes s’allument le long du ballast et que les danseurs occupent le quai, on jurerait que le prochain train va entrer en gare.
Le Hasard ludique : 128, avenue de Saint-Ouen (18e). Accès : Porte de Saint-Ouen (métro ligne 13, tram T3b). Plus d’infos sur lehasardludique.paris
La REcyclerie (Paris 18e)
Porte de Clignancourt, l’ancienne gare d’Ornano cumule ferme urbaine, cantine et open air sur les rails, avec cette économie circulaire appliquée jusqu’à la programmation : rien ne se perd, tout se danse. Les poules picorent à quelques mètres des platines, les danseurs lèvent la poussière du ballast, et le contraste avec le tumulte des puces de Saint-Ouen, juste de l’autre côté du périphérique, ajoute au charme du refuge.
La Recyclerie : 83, boulevard Ornano (18e). Accès : Clignancourt (métro ligne 4, tram T3b). Plus d’infos sur larecyclerie.com
Le Jardin des traverses (Paris 18e)
Un peu plus loin sur la ligne, le Jardin des traverses fait pousser des cultures maraîchères le long des voies et accueille des DJ sets sous le pont du boulevard Ney, presque tous les week-ends et toujours en entrée libre. L’acoustique du pont fait caisse de résonance, les tomates montent sur des tuteurs à deux pas du dancefloor, et le public mélange jardiniers du dimanche et danseurs du samedi soir – parfois les mêmes.
Jardin des traverses : boulevard Ney (18e), face à l’arrêt du tram T3b Diane Arbus. Plus d’infos sur jardindestraverses.org
TLM (Paris 19e)
Dernier né de la ligne, le TLM, tiers-lieu de la Petite Ceinture, vient d’ouvrir sur les voies en plein cœur du 19e, sur le tronçon entre Rosa Parks et Corentin Cariou. La relève ferroviaire est assurée.
TLM : 105, rue Curial (19e). Accès : Corentin Cariou (métro ligne 7) ou Rosa Parks (tram T3b et RER E). Plus d’infos sur le-tlm.fr
Lire aussi : Le 21 juin, on fait la fête à la fraîche sur la Petite Ceinture

Danser sous le périphérique
Kilomètre25 (Paris 19e)
À la lisière du parc de la Villette, Kilomètre25 a fait du dessous du périphérique un club à ciel semi-ouvert : conteneurs recyclés en bars et en cabine DJ, dancefloor abrité par le tablier de l’autoroute, et une programmation qui pousse loin dans la nuit… et la matinée. Danser sous six voies de circulation a quelque chose de dystopique et de profondément jouissif à la fois : cinq ans après l’ouverture, le vacarme des voitures fait toujours partie du mix.
Kilomètre25 : 8, boulevard Macdonald (19e). Accès : Ella Fitzgerald (tram T3b) ou Rosa Parks (tram T3b et RER E). Plus d’infos sur kilometre25.fr
Le Jardin21 (Paris 19e)
Juste à côté, le Jardin21 cultive l’autre versant du même monde : un jardin avec potager le long du canal, des transats dans les graviers, des ateliers la journée et des DJ sets qui prolongent l’apéro jusqu’au cœur de la nuit. C’est le sas de décompression du quartier. On y commence sa soirée en douceur avant le grand bain d’à côté, ou on y reste parce qu’au fond on était bien.
Jardin21 : 12a rue Ella-Fitzgerald (19e). Accès : Ella Fitzgerald (tram T3b) ou Porte de la Villette (métro ligne 7). Plus d’infos sur jardin21.fr
Le Mia Mao (Paris 19e)
Dans l’ancienne halle aux cuirs du parc de la Villette, le Mia Mao a trouvé son rythme de croisière depuis son ouverture en janvier 2025 par l’équipe de Glazart : des résidents qui vont de Dave Clarke à Manu Le Malin, une salle qui a gardé sa charpente industrielle et sa hauteur de cathédrale, et depuis le 26 juin une ouverture à la scène live. Le petit dernier du quartier est déjà grand.
Mia Mal : 2, rue de la Clôture (19e). Accès : Ella Fitzgerald (tram T3b) ou Porte de la Villette (métro ligne 7). Plus d’infos sur miamao.fr
Lire aussi : Jardin21, Kilomètre25, Mia Mao… le canal de l’Ourcq relance la fête

Danser dans les forts
Le Point Fort (Aubervilliers)
Dans l’enceinte du Fort d’Aubervilliers, le Point Fort déroule depuis avril une saison à sa démesure : open airs, block parties, battles, bals participatifs, roller party sous la halle, et une programmation qui passe de l’afrobeat à la techno sans demander de visa. Entre les remparts de la Ceinture de fer, on danse là où l’on préparait la guerre. Et le public, familles du quartier comprises, est ce que le Grand Paris fait de mieux en matière de fête qui ressemble à ses habitants. Porté par Villes des musiques du monde, le lieu prouve chaque week-end qu’une scène conventionnée peut transpirer.
Le Point Fort : 174, av. Jean-Jaurès, Aubervilliers (93). Accès : métro Fort d’Aubervilliers (ligne 7). Plus d’infos sur lepointfort.com

Danser dans les friches
Le Kilowatt (Vitry-sur-Seine)
Aux Ardoines, à l’ombre de l’ancienne centrale électrique qui lui a donné son nom, le Kilowatt continue de générer des festivités : dub, punk, musiques du monde, et deux grosses journées électro les 25 juillet et 8 août dès 14 h. Le décor – cheminées, hangars, herbes folles – donne aux soirées un air de festival permanent, et la programmation défricheuse attire un public qui traverse volontiers la Seine pour ça. Le RER C dépose les danseurs à dix minutes à pied, le retour se négocie avec la nuit.
Le Kilowatt : 18, rue des Fusillés, Vitry-sur-Seine (94). Accès : gare des Ardoines (RER C). Plus d’infos sur lekilowatt.fr
Le Gros Lot (Gennevilliers)
Soukmachines a tiré le sien. Expulsé de L’Éclair à Épinay-sur-Seine, le collectif qui ouvre des tiers-lieux festifs depuis vingt ans a inauguré le 27 juin ses 6 500 m² d’anciens bureaux Orange dans le quartier du Luth, en bordure directe de l’A86. Une centaine d’artistes et d’artisans y travaillent la semaine. Le week-end, la guinguette prend le relais avec concerts, spectacles et barbecues en libre accès, charbon à dispo. On apporte ses merguez, le lieu fournit le feu et la musique. On ne fait pas plus littéral comme fête au bord de l’autoroute.
Le Gros Lot : 15, av. des Lots Communaux, Gennevilliers (92). Tram T1, arrêt Le Luth. Plus d’infos sur legroslot-gennevilliers.com ou sur soukmachines.com

Danser sur l’eau
Petit Bain (Paris 13e)
La barge amarrée au port de la Gare, au pied de la BnF, cumule salle de concert dans la cale, terrasse avec vue sur les péniches et programmation qui ne mollit jamais, du post-punk aux musiques du monde. Ça fait 15 ans que ça tangue, et toujours pas de mal de mer.
Petit Bain : 7, port de la Gare (13e). Accès : métro Quai de la Gare (ligne 6). Plus d’infos sur petitbain.org
À lire aussi : Petit Bain, quinze ans : « La Seine, c’était que des bateaux-mouches et du jazz CSP++ »
Quai Sauvage (Paris 12e)
Sur le site de la cimenterie Cemex du port de Bercy, Quai Sauvage a fait de la place : 1 500 m² d’industrie convertis en îlot de verdure pour la deuxième saison. On s’y installe dans un transat entre deux silos, cocktail à la main, pendant que les pétanqueurs disputent le terrain aux DJ sets et que les péniches de fret glissent à quelques mètres. La Seine qui travaille d’un côté, la Seine qui danse de l’autre. Le lieu parfait pour le chill post-plouf en sortant du bassin de baignade voisin, le plus grand de la capitale, le seul ouvert jusqu’à 21 h, coucher de soleil sur les parois de la BnF compris.
Quai Sauvage : port de Bercy (12e). Baignade Bercy, 183, quai de Bercy, tous les jours de 10 h à 21 h. Accès : métro Bercy (lignes 6 et 14). Plus d’infos sur quaisauvage.com.
Le Canal barboteur (canal de l’Ourcq)
La guinguette flottante de l’Ourcq a repris sa navigation au printemps pour sa dixième saison : un bateau, des escales de Pantin à Bobigny, et des ponts transformés en pistes de danse au fil de l’eau. On repère l’escale du week-end sur les réseaux, on pédale le long du canal jusqu’aux guirlandes et on danse les pieds sur le quai, la tête sur l’eau. La fête, ici, se déplace littéralement.
Le Canal barboteur : escales le long du canal de l’Ourcq (93). Plus d’infos sur canal-barboteur.com

Terre Terre (Aubervilliers)
Sous le pont du Landy, la ferme-guinguette de la Sauge a rallumé ses guirlandes au bord du canal Saint-Denis : DJ, pétanque et crêpes du jeudi au samedi jusqu’à fin septembre. Le décor ne triche pas : les rangs de légumes s’alignent à deux mètres de la piste, les guirlandes sont accrochées aux piles du pont et les crêpes sortent au rythme du DJ set. Le public non plus : maraîchers du jour, habitants du quartier et danseurs venus de Paris s’y mélangent sans que personne ne demande qui est qui. Ici, on danse parce qu’on a d’abord semé.
Infos pratiques : Terre Terre, 223, boulevard Félix-Faure, Aubervilliers (93). Entrée guinguette quai François-Mitterrand, sous le pont du Landy. Ouvert jeudi, vendredi et samedi jusqu’à fin septembre. Paiement par CB. Accès : métro Aimé Césaire (ligne 12), Vélib’ Landy-Heurtault à 150 m. Toute la programmation sur terreterre.fr
Lire aussi : Au bord du canal Saint-Denis, on jardine et puis on fait la fête
La Prairie du canal (Bobigny)
La grande sœur de Terre Terre remet chaque été le couvert au bord de l’Ourcq : maraîchage la journée, DJ sets le soir, et cette sensation rare de danser dans un champ pendant que les derniers joggeurs du canal ralentissent pour regarder. Les poules se couchent quand les platines s’allument, les tomates poussent à portée de dancefloor, et l’on repart parfois avec un panier de légumes sous le bras. C’est la seule guinguette du Grand Paris où l’after se fait au potager !
La Prairie du Canal, au bord du canal de l’Ourcq, Bobigny (93). Accès : métro Bobigny–Pablo Picasso (ligne 5), puis 15 min à pied.
Danser avant qu’il ne soit trop tard
L’urbanisme transitoire porte bien son nom : trois lieux qui ont fait danser le Grand Paris vivent leurs dernières mesures, chacun à son tempo.
Le plus urgent est à Nanterre : Vive les Groues, la friche-jardin défrichée par Yes We Camp au pied des tours de La Défense, ferme le dernier week-end de juillet, après neuf ans de buvette associative, de concerts et de pétanque sous les grues. Les vendredis et samedis soir qui restent se comptent sur une main.
Vive les Groues : 290, rue de la Garenne, Nanterre (92). Accès : gare de Nanterre–la Folie (RER E), puis 10 min à pied. Plus d’infos sur vivelesgroues.org
À Bagnolet, Le Sample a annoncé sa fermeture : le tiers-lieu qui a réconcilié la fête et les après-midi en famille tire sa révérence, et chaque week-end y a désormais un goût de dernière.
Le Sample : 18, av. de la République, Bagnolet (93). Accès : métro Gallieni (ligne 3). Plus d’infos sur lesample.fr
À la porte d’Aubervilliers enfin, La Station – Gare des Mines jouera sa toute dernière soirée le 31 octobre avant trois ans de travaux. Dix ans de contre-cultures dans une ancienne gare à charbon : l’été qui s’ouvre est le dernier pour danser sur ses graviers, et le collectif MU compte bien le faire durer jusqu’au bout de la nuit.
La Station – Gare des Mines : 29 av. de la Porte d’Aubervilliers (18e). Accès : Porte d’Aubervilliers (tram T3b) ou gare de Rosa Parks (RER E).
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23 juillet 2026 - Grand Paris