Culture
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« Que reste-t-il d’un lieu après sa fermeture ? » : Arnaud Idelon raconte les cinq ans du Sample à Bagnolet

Arnaud Idelon, co-programmateur au Sample, Bagnolet, mercredi 17 décembre 2025, pour In Seine-Saint-Denis. Photo Sophie Loubaton / pour In Seine-Saint-Denis

Maître de conférences à la Sorbonne, essayiste, performeur et cofondateur du Sample à Bagnolet, Arnaud Idelon observe depuis des années les mutations du monde culturel. Alors que le tiers-lieu a fermé ses portes le 30 juin 2026, il revient sur cinq ans d'occupation, sur ce qu'il reste d'un lieu après sa fermeture, et sur les colères qui l'animent encore.

Pouvez-vous vous présenter ?

Arnaud Idelon. Je viens de Savoie et j’ai fait des études d’histoire de l’art et de littérature, puis je suis parti enseigner le français à Manchester. J’y ai découvert les free parties, les squats et des formes d’organisation collective qui m’ont profondément marqué. Aujourd’hui, je suis maître de conférences à la Sorbonne et auteur de « Boum boum. Politiques du dancefloor » ainsi que du récent « Culture low cost. Dernière démarque », sorti en juin. Ce dernier est traversé par une colère face au lent déclin du service public de la culture.

Au-delà du déclin budgétaire que traverse le secteur depuis plusieurs années, nous vivons selon moi une véritable crise culturelle. Le monde de la culture a perdu une partie de son assise populaire ; pourtant, dans les institutions comme dans les tiers-lieux, il se passe énormément de choses. Il faut simplement apprendre à les regarder autrement.

Vous avez cofondé le Sample. Quelle était l’ambition de ce lieu ?

Installé dans une ancienne usine du 18, avenue de la République à Bagnolet, le Sample est né en 2021 dans le cadre d’un projet d’urbanisme transitoire. Avec nos partenaires, nous voulions créer un lieu de création à bas coût pour les travailleurs de l’art et de la culture. Jusqu’à aujourd’hui, le site accueillait près de 90 artistes et une vingtaine d’associations. Dès le départ, nous avons accordé une attention particulière aux collectifs du territoire et aux scènes LGBTQIA+, qui manquaient d’espaces de diffusion.

Le lieu s’est construit autour de trois axes : la création artistique, une programmation culturelle ouverte à des esthétiques très diverses et la transmission. Nous voulions aussi documenter ce que nous faisions afin de transmettre ces expériences.

Pourquoi le Sample ferme-t-il aujourd’hui ?

Nous savions dès le départ qu’il s’agissait d’un projet temporaire, mais l’idée de l’urbanisme transitoire est aussi de réfléchir à ce qui peut rester après l’occupation.

Au fil des années, les difficultés du marché immobilier et la crise du logement ont réduit les marges de manœuvre du propriétaire. Nous avons fonctionné avec des conventions successives pendant cinq ans, tout en développant un fort attachement au lieu et à ses habitants. Nous avons même envisagé de racheter le site avec plusieurs partenaires, puis le projet immobilier a finalement été validé. Le Sample a définitivement fermé ses portes le 30 juin 2026, après une grande soirée de clôture.

Que restera-t-il du Sample ?

C’est toute la question. Le Sample est-il un lieu, une manière de gouverner un espace culturel ou une communauté ? Près de 70 % des résidents vivent à Bagnolet ou à Montreuil, des écoles fréquentent le lieu, des partenariats se sont créés. Des pistes de relocalisation existent aujourd’hui sur le territoire et nous espérons que cette dynamique collective pourra se poursuivre ailleurs, à proximité.

Pour quoi luttez-vous aujourd’hui ?

Contre le mépris de classe qui continue d’exister envers des lieux comme le Sample. Nous vivons dans une culture à deux vitesses, où les scènes indépendantes sont valorisées symboliquement sans véritable redistribution des moyens. On les célèbre, on ne les finance pas. Les solutions existent, il suffit d’admettre qu’un budget culturel est d’abord un choix politique.

Qu’attendez-vous pour la suite ?

Après dix ans dans des lieux collectifs, j’ai besoin de souffler. Je prépare un livre sur une autre histoire des tiers-lieux, nourrie de ce que j’ai vécu au Sample et à la Station-Gare des Mines. Je reste inquiet. Dans une récente tribune, j’alertais sur la fermeture ou la fragilisation simultanée de plusieurs lieux culturels franciliens. Ce sont souvent des refuges pour des communautés LGBTQIA+ ou racisées, et ils comptent dans la vitalité des territoires. Pour qu’ils survivent, il faut des gens engagés, des murs disponibles, et surtout du courage politique.

Le Sample à Bagnolet. Photo Sophie Loubaton / pour In Seine-Saint-Denis
Le Sample à Bagnolet. Photo Sophie Loubaton / pour In Seine-Saint-Denis
Le Sample à Bagnolet. Photo Sophie Loubaton / pour In Seine-Saint-Denis