
Un château, un roi, des jardins au cordeau. Vous pensiez avoir fait le tour de Versailles ? Dans une ancienne poste devenue un lieu culturel et événementiel de la Ville mais aussi un bistrot, où l'on enchaîne yoga et matcha, une centaine d'anecdotes vous attendent, avec des éléphants, une piscine et Pink Floyd. Vous allez réviser votre regard sur la plus provinciale des villes du Grand Paris.
En partenariat avec la ville de Versailles
Commençons par le lieu, parce qu’il raconte déjà la moitié de l’histoire. Au 3 avenue de Paris, à cinq minutes à pied du château, se dresse un grand bâtiment de pierre percé de 90 baies. Caserne d’artillerie en 1854, poste centrale de 1963 à 2016, il a dormi trois ans avant que la Ville ne le rachète et ne le confie à l’agence Marchi Architectes. Depuis l’été 2024, l’Ancienne Poste est un espace culturel et événementiel avec trois plateaux de 650 m² : un petit food market au rez-de-chaussée avec bar, chef et guinguette dans la cour, une médiathèque ouverte du mercredi au dimanche à l’étage, des salles d’expo avec une programmation plurielle.
Et c’est exactement le propos de « Versailles Insolite », qui s’y installe dès le 9 septembre. Versailles a un problème d’image. Pas une mauvaise image, non : une image comme figée pour l’éternité. Une galerie Insta qui tournerait en boucle : Roi-Soleil, macarons, jardins à la française, galerie des Glaces. Pour les siècles des siècles, amen. Sauf que la ville a mille ans, et que le château n’occupe qu’un tiers de sa superficie. L’expo prend donc les clichés un par un et leur en oppose d’autres, moins connus, souvent plus drôles.

Cliché n°1 : Versailles, c’est Louis XIV.
Faux, ou en tout cas très incomplet. Le parcours démarre en 1038, six siècles avant le grand homme. Un acte cite pour la première fois Versailles : un village de rien, quelques feux autour d’une église, sur la route de Normandie. Pas de perruque, pas de parquet. Le château n’a pas créé la ville. Il s’est posé dessus.
Cliché n°2 : Versailles, ville de l’ordre et du protocole.
Disons plutôt ville qui a pris l’Histoire en pleine figure, à plusieurs reprises. En 1871, l’état-major prussien plante ses bottes en ville, et la résidence Lambinet — aujourd’hui musée — héberge l’occupant. Guillaume Ier vient d’être proclamé empereur allemand dans la galerie des Glaces. Ambiance. Soixante-huit ans plus tard, le 17 juin 1939, c’est devant la prison Saint-Pierre, à deux pas de la gare des Chantiers, que la France guillotine en public pour la dernière fois. Un épisode sombre, mais un tournant national. Et il s’est joué ici, pas à Paris.
Cliché n°3 : Versailles, ville-musée où il ne se passe rien.
C’est là que l’expo s’amuse le plus. Entre 1895 et 1901, des cirques itinérants montent leur chapiteau place d’Armes et font défiler des éléphants devant la grille royale. Jusqu’en 1953, une piscine municipale fonctionne dans l’enceinte du domaine : des générations de Versaillais ont appris la brasse à l’ombre du château. Et en 1988, Pink Floyd joue devant 160 000 personnes — plus que Michael Jackson la même année en région parisienne. Oui, Versailles a battu Bambi.

Le parcours se referme en 2025, sur la percée du tunnelier du Grand Paris Express. Clin d’œil pour les lecteurs d’Enlarge : la ligne 18 arrive, et Versailles redevient un carrefour plutôt qu’un terminus. Ville militaire, pôle aéronautique, ville des arts et des droits de l’homme : la cité royale collectionne les identités que la galerie Insta avait oublié de poster.
Ce qui fait marcher l’expo, c’est l’accumulation. Une anecdote, ça amuse. Cent anecdotes rangées dans l’ordre, ça finit par dessiner un autre portrait : celui d’une ville qui a ses cirques, sa piscine, ses concerts et ses drames, bref une vie à elle, pendant que huit millions de visiteurs par an lui tournent le dos pour regarder les dorures. Archives, cartes anciennes, objets du quotidien et images de l’INA font le reste. Et le lieu boucle la boucle : une poste transformée en bistrot qui accueille une expo sur une ville transformée. On en ressort en regardant Versailles de travers. Puis on redescend boire un verre dans la cour. On vous conseille les deux.

Le circuit, sans passer la case de Louis XIV
Autre avantage de Versailles : on y entre facilement. Trois gares, trois lignes (RER C, L, N), et l’Ancienne Poste se trouve pratiquement en face du château. De quoi se composer une après-midi. On commence par un matcha et un cookie chez Sept Lieux, comme dans n’importe quel bar branché de l’Est parisien, sauf que la vue donne sur la place d’Armes. On monte voir l’expo.
On traverse ensuite pour la galerie des Carrosses, dans la Grande Écurie : gratuite, ouverte les week-ends, et l’on y croise, avec un peu de chance, les cavalières de l’Académie équestre de Bartabas qui partagent les lieux. On finit à la Petite Écurie, juste à côté, où l’école d’architecture cohabite avec la galerie des Sculptures et des Moulages du Louvre : des centaines de plâtres antiques dans des écuries de Hardouin-Mansart, gratuit là aussi, mais uniquement en visite guidée, donc on réserve avant. Et pour terminer on file au musée Lambinet pour découvrir l’exposition “le costume à Versailles”.
Bilan : un bain de culture, certes pas très punk, mais sans jamais avoir mis les pieds chez Louis XIV. Lui, on le garde pour une autre fois.
Pratique. Versailles Insolite, Ancienne Poste, 3 avenue de Paris, Versailles. Du 9 septembre au 15 novembre 2026. Mercredi–vendredi 12h–19h, samedi–dimanche 10h–19h. Plein tarif 7 €, tarif réduit (6–26 ans) 5 €, gratuit pour les moins de 6 ans. Visites guidées de 5 à 12 €. Avec le château de Versailles, le département des Yvelines et l’INA. Food market Sept Lieux ouvert tous les jours dès 9h, jusqu’à minuit (2h du jeudi au samedi). Accès : RER C Versailles Château Rive Gauche ou lignes L / N Versailles Chantiers.
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7 septembre 2026 - Versailles