
Le métier d'Adeline Lefranc commence avant même la pépinière, dans les forêts de l'Essonne où elle récolte à la main les graines de ses futurs arbres. Le 17 septembre, L'Enracineuse ouvre gratuitement les portes de son hectare de jeunes pousses à Bruyères-le-Châtel.
Partenariat avec Ile-de-France nature.
Cet été, la forêt de Fontainebleau a brûlé sur plus de deux mille hectares, et des Canadairs sont montés du sud pour la première fois en Île-de-France. Les massifs de l’Essonne ont fermé les uns après les autres, sécheresse en alerte rouge. Entre les canicules, les campagnes ont jauni, et dès le mois d’août des arbres ont commencé à lâcher leurs feuilles, deux mois trop tôt. Et pourtant, on n’a jamais eu autant besoin d’arbres. Encore faut-il savoir d’où ils viennent. Rendez-vous, donc, chez une naisseuse d’arbres, en Essonne.
Avant de faire pousser les siens, Adeline Lefranc travaillait dans l’accès au droit en prison, puis enseignait. Pendant le confinement, elle commence à semer sur le balcon de son appartement de Sainte-Geneviève-des-Bois. Six mois plus tard, elle a 300 jeunes arbres et plus vraiment de balcon. Cinq ans après, L’Enracineuse occupe plus d’un hectare à Bruyères-le-Châtel, au sud de l’Essonne, où 9 000 arbres ont été transplantés à la main un week-end de janvier : chênes, érables, charmes, merisiers, mais aussi aubépines, cornouillers, fusains — 60 à 70 essences ligneuses franciliennes.
« Naisseuse », c’est-à-dire ?
Le mot vient de l’élevage, et il dit tout du modèle. La plupart des pépinières achètent de jeunes plants, les font grossir et les revendent. Adeline Lefranc, elle, part de la graine – et pas de n’importe laquelle. Elle les récolte elle-même, à la main, sur vingt à trente sites forestiers de l’Essonne : le bois de Cheptainville, la Roche Turpin, Villiers-le-Bâcle. C’est ce qui fait d’elle, selon ses propres termes, la seule pépinière naisseuse d’arbres et arbustes locaux d’Île-de-France.
Le cahier des charges du label Végétal local, dont elle est bénéficiaire pour les Bassins parisiens Nord et Sud, encadre chaque étape : récolter sur au moins trente sujets différents, dans des massifs implantés avant les années 1970, ne jamais prélever plus de 20 % des graines disponibles, sans aucune sélection. Objectif : préserver l’origine géographique et la diversité génétique des populations sauvages, tout en laissant de quoi vivre à la faune et à la régénération naturelle.
Pourquoi tant d’efforts pour un chêne que l’on peut acheter par palettes ? Parce qu’un arbre local n’est pas un arbre décoratif, c’est un maillon. « Le fusain, par exemple, est la plante hôte du papillon citron : si on enlève le fusain, on enlève le papillon », résumait-elle en décembre dernier. Les plants produits localement limitent aussi les risques d’introduction de ravageurs ou de maladies liés au transport de végétaux venus de loin.
Un été à 90 % de pertes
Les massifs fermés cet été, Adeline Lefranc ne les a pas regardés comme une promeneuse : c’est sa réserve de graines qui était derrière les barrières. Elle n’a pas de grainothèque. « Les arbres en forêt meurent : je ne sais pas ce que j’aurai comme graines l’année prochaine. » À la pépinière, l’arrosage a été interdit de 9 heures à 20 heures et elle estime ses pertes à 90 % sur ses repiquages. Pour qui travaille à partir des populations sauvages locales, une saison de graines perdue ne se remplace pas par une commande chez un grossiste. À Bruyères-le-Châtel, la replantation commence donc bien avant la plantation : encore faut-il avoir conservé les graines, les espèces et la diversité génétique capables de produire les arbres de demain.
Ce que vous verrez le 17 septembre
Deux heures sur place, avec la productrice, pour suivre le parcours d’une graine jusqu’au plant : récolte, tri, semis, repiquage, élevage. La visite s’adresse autant aux curieux qu’à celles et ceux qui prescrivent ou plantent – collectivités, paysagistes, aménageurs, agriculteurs, gestionnaires d’espaces naturels – et qui veulent savoir ce qu’ils commandent. Pour les particuliers sans jardin, L’Enracineuse propose par ailleurs un parrainage à cinq euros : un certificat, et un mail vous indiquant, le jour venu, où votre arbre a été planté.
Visite de la pépinière forestière L’Enracineuse, à Bruyères-le-Châtel (91). Jeudi 17 septembre, de 10 h à 12 h avec Ile-de-France nature. Gratuit, sur inscription.

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31 août 2026 - Bruyères-le-Châtel