Culture
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« Comme des images » à Provins, un festival de photographies entre élégance et distorsions

L'année où la photographie fête ses 200 ans, Provins lance son premier festival photo. Jusqu'au 27 septembre, Comme des images installe la création contemporaine dans la cité médiévale classée à l'UNESCO, de la gare à l'église Sainte-Croix. Un parcours pour regarder autrement une ville que l'on croit connaître par cœur.

Sans titre, 1946. Photo de Erwin Blumenfeld
Sans titre, 1946. Photo de Erwin Blumenfeld

Leçon de mode

Dès la descente du train, première exposition, première bonne surprise : dans une salle située dans la gare elle-même, voici une trentaine d’images classieuses du grand photographe de mode allemand naturalisé américain Erwin Blumenfeld (1897-1969). Les œuvres sont des tirages récents de clichés pris de 1941 – quand Blumenfeld quitte la France où il avait été interné en camp en 1940 pour les États-Unis – aux années 1960. Quand il débarque à New York, il est déjà un photographe de mode réputé pour ses innovations visuelles. Outre-Atlantique, il travaille pour les prestigieux magazines de mode Harper’s Bazaar puis Vogue et se met à la couleur, tout en composant toujours des images très graphiques comme celle d’un mannequin glamour en robe fourreau verte se détachant sur un fond noir de buildings éclairés la nuit (1946).

Blumenfeld crée aussi des mises en scènes surréalistes, telle cette élégante semblant avoir quatre mains gantées, ou ce portrait de la mannequin Nancy Berg en robe printanière à l’imprimé parsemé de roses. Des fleurs que l’on retrouve comme échappées de sa tenue, accrochées tout autour d’elle sur le mur, une variante de la couverture de Vogue US du 1er mai 1953.

Série Entre d'Estelle Lagarde - agence révélateur
Série Entre d’Estelle Lagarde – agence révélateur

Fantômes d’amour

Après ce cours très chic sur l’art de mêler audace et élégance, la promenade se poursuit dans les rues de Provins. Un petit kilomètre à pied et on parvient à la galerie et atelier d’encadrement Guédamour où travaille Sabine Guédamour, organisatrice du festival avec Sébastien Mariau. Dans son antre chaleureux sont accrochées une douzaine de photographies d’Estelle Lagarde. L’artiste travaille sur la notion d’apparition et de disparition. Elle met ici en scène des modèles dans un château situé dans les Ardennes et crée des effets de distorsions grâce à des miroirs, ou en réalisant des superpositions, donnant un aspect fantomatique et romanesque à ses personnages.

Rio de Janeiro. 1958. René Burri de l'Agence Magnum "Playing altinho on Ipanema beach."
Rio de Janeiro. 1958. René Burri de l’Agence Magnum « Playing altinho on Ipanema beach. »

Distorsions nocturnes

Un saut de puce de 350 mètres et nous voilà à l’église Sainte-Croix, qui a en partie rouvert en 2025 après avoir été fermée pendant près de 40 ans. Certaines parties sont encore en restauration. Sous la nef épurée et les voûtes d’ogive datant du XIIIe siècle sont exposées une quinzaine de photos en grand format de Fred Delangle, essentiellement des vues de Provins la nuit. Les maisons à colombages et les vieilles demeures en pierre, qui de jour sont pittoresques, à la limite de la carte postale, ressortent comme nues et inquiétantes sur des cieux d’un bleu de Prusse. Dans l’église également, un joli hommage au photojournaliste René Burri (1933-2014), membre historique de l’agence Magnum, sous forme d’une projection de ces clichés les plus emblématiques.

Série La Mer du Nord d'Irène Jonas - agence révélateur
Série La Mer du Nord d’Irène Jonas – agence révélateur

Zoom sur la photographie plasticienne

Dernière halte dans le parcours du festival à la médiathèque Alain-Peyrefitte, à 500 mètres de l’église. Dans une grande salle, les œuvres de sept photographes contemporains portant sur le paysage sont présentées. Les artistes retenus réactivent tous des procédés historiques du médium, dont on fête cette année le bicentenaire de la naissance. Irène Jonas par exemple peint à l’huile sur ses photographies de bords de mer, comme le faisaient des artisans qui retouchaient et colorisaient au pinceau les images en noir et blanc à la fin du XIXe et au début XXe siècle. Jonas donne ainsi un aspect hors du temps et mélancolique à un vieux phare ensablé ou à des cabines de plage quelque part sur le bord de la Baltique et du temps…

On repart vers la gare pour le train de 17 h 46 avec des images plein les yeux et l’envie de reprendre un bon vieil appareil photo argentique ! Une révélation…

Le 19 septembre prochain, journée idéale pour visiter cette cité médiévale : à l’occasion des Journées du patrimoine, Estelle Lagarde sera présente pour rencontrer le public, présenter son travail et l’exposition « Entre ».
Une demi-journée de lectures de portfolios gratuites est organisée également l’après-midi du 19 septembre à la médiathèque Alain-Peyrefitte (information et modalités d’inscription sur la page Facebook du festival).

Infos pratiques : Festival « Comme des images » jusqu’au 27 septembre. Gratuit. Privilégiez les visites les vendredis et samedis.
– Pôle Gare : vendredi, samedi et dimanche de 14 h à 18 h.
– Atelier-Galerie Guédamour : 12, rue Hugues-le-Grand, jeudi et vendredi de 14 h à 19 h, samedi de 10 h à 12 h 30 et de 14 h à19 h.
– Église Sainte Croix : 12, rue Sainte-Croix, vendredi, samedi et dimanche de 14 h à 18 h.
– Médiathèque Alain-Peyrefitte, 23, rue des Marais, mardi de 15 h à 18 h, mercredi de 10 h à 18 h, jeudi et vendredi de 15 h à 18 h, samedi de 10 h-18 h, dimanche de 10 h à 13 h.

Accès : gare de Provins (Transilien ligne P au départ de la gare de l’Est, avec un passe Navigo ou un ticket à 2,55 €. Trajet direct en 1 h 20.

Série  Voyage sur le fil de soi de Gregor Beltzig, 2019.
Série Voyage sur le fil de soi de Gregor Beltzig, 2019.

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