Le Sud, c'est le beau temps, les cigales, la chanson de Nino Ferrer. Désormais, c'est aussi le feu de forêt, et il est monté jusqu'à nos massifs. La preuve : l'agence d'urbanisme de la Région Île-de-France vient d'en faire un objet d'étude.

Intervention du SDIS 77 en forêt de Fontainebleau, juillet 2026. DR
Il y a 15 ans, parler de « feu de forêt » en Île-de-France aurait fait sourire. L’affaire était méridionale : garrigue, pins parasols, canadairs à la télé l’été. Nos massifs à nous, tempérés, humides, arpentés par des millions de promeneurs, semblaient hors d’atteinte. C’était compter sans le climat.
Quand l’Institut s’en mêle, on cesse de sourire
Pendant la décennie 2015-2024, la température francilienne a grimpé de près de 1,9 °C par rapport aux années 1961-1990. Derrière ce chiffre : des canicules à répétition, des sols qui craquent, et un risque longtemps cantonné à la Méditerranée, à l’Occitanie et à l’Aquitaine qui remonte vers le nord. En 2023, l’État a acté ce que le thermomètre racontait déjà : l’Île-de-France est officiellement un « nouveau territoire du feu ».
Et quand L’Institut Paris Region s’empare à son tour du sujet, dans une note publiée en juin 2026, on peut ranger les sourires. Cette agence-là, c’est celle qui pense l’aménagement de la région : les routes, les logements, la Ceinture verte, l’avenir de nos paysages. Si elle se met à cartographier le risque incendie de nos forêts, ce n’est plus une projection de climatologue lointain, c’est une donnée d’aménagement, une variable avec laquelle la région doit désormais composer. L’atlas du risque qu’elle a dressé avec le Centre national de la propriété forestière classe déjà 7 % des forêts franciliennes en risque moyen à fort. Le feu n’est plus une menace du Sud, il est là.
Une forêt qui a soif
Pourquoi ce basculement ? Parce que la sécheresse fabrique du combustible. Les fortes chaleurs qui s’installent dans la durée assèchent les sols et tout ce qui les recouvre : feuilles mortes, fougères, graminées, bruyères. Elles vident aussi les arbres de leur eau : sous l’effet d’une évapotranspiration accrue, le bois devient plus inflammable, et le feu plus intense et plus rapide. Pire : les sécheresses à répétition affaiblissent les arbres, provoquent leur dépérissement et laissent sur pied du bois mort sec, parfait allume-feu. La forestière Myriam Legay le pointait dès 2014 : un arbre assoiffé est un arbre qui brûle mieux. Ce n’est pas un hasard si, selon l’Institut, le nombre de feux et les surfaces parcourues grimpent dans la région depuis 2020.
90 % des départs de feu, c’est nous
Reste l’étincelle. Et là, aucun mystère : en France, 9 départs de feu sur 10 sont d’origine humaine. Or l’Île-de-France cumule les facteurs de risque. Ses forêts sont enchâssées dans le tissu urbain, grignotées par les lotissements, traversées par des foules. La seule forêt de Fontainebleau accueille quelque 15 millions de visiteurs par an. Saint-Germain-en-Laye, Meudon, Montmorency, Sénart : partout la ville frotte contre les arbres. Barbecue oublié, mégot par la portière, feu d’artifice amateur, brûlage de végétaux au fond du jardin… il suffit d’un rien. 7 incendies franciliens sur 10 se déclarent dans ces « interfaces » où se mêlent le bâti et la nature.
Ne pas se tromper de combat
Face à ça, un réflexe monte : puisque la broussaille brûle, nettoyons la forêt. Prudence. Nos massifs ne sont pas un stock de combustible à raser. Ils sont, rappelle l’Institut, le dernier grand refuge du vivant aux portes de Paris. On y trouve fréquemment 60 % des mammifères, 42 % des oiseaux et un tiers des amphibiens connus en France métropolitaine ; le seul bois mort abrite près d’un quart des espèces forestières, soit plus de 10 000. Et, paradoxe utile : une forêt vivante, diverse et humide brûle moins bien qu’une forêt appauvrie. Le gros bois mort, gorgé d’eau, retient l’humidité et freine les flammes.
C’est tout l’enjeu du débroussaillement obligatoire, désormais imposé dans 18 communes autour de Fontainebleau : dégager la végétation sur 50 mètres autour des maisons, sans pour autant raser. La Stratégie nationale de défense contre les incendies, dévoilée le 5 juin 2025, l’assume : il faut réduire la vulnérabilité au feu « tout en favorisant la biodiversité par le biais de pratiques durables ». L’arrêté qui encadre ces travaux prévoit d’ailleurs « des mesures d’évitement et de réduction d’impact sur les espèces protégées et leurs habitats ». Débroussailler, oui ; déboiser, non.
Apprendre à vivre avec
Le feu de forêt n’est plus une carte postale du Sud : il s’est installé chez nous, porté par des étés qui s’allongent et se dessèchent, et il ne repartira pas. Reste à apprendre, comme le Midi avant nous, à composer avec lui — en protégeant les habitants sans sacrifier ce qui fait la valeur de nos forêts. Car la biodiversité, ici, n’est pas l’adversaire de la sécurité. Bien gérée, elle en est l’un des meilleurs remparts.
Source : « Comment concilier biodiversité et défense des forêts contre les incendies en Île-de-France ? », Note rapide n° 1064, L’Institut Paris Region, juin 2026.
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11 juillet 2026 - Région Ile-de-France