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À Nanterre, un nouveau jardin verdit la Seine

Sur le quai de Nanterre–Université, tout le monde file vers la fac ou les bureaux. Prenez l'autre sens. Derrière les voies du RER, l'A86 et son échangeur, il y a un fleuve, une enfilade de parcs, des prairies faites pour poser une nappe. Et, depuis le 3 juillet, un jardin de plus.

Un jardin sur d’anciennes papeteries

Le Département des Hauts-de-Seine vient d’inaugurer le jardin des Papeteries : 3,8 hectares gagnés au bord de l’eau sur une ancienne emprise industrielle. Ce n’est pas gigantesque, et ça n’a pas besoin de l’être : c’est un maillon. Là où l’on a fabriqué du papier journal pendant un siècle, on plante des arbres, on creuse des noues, on laisse courir l’eau. La rive industrielle repasse au vert avec une succession de petits jardins, de berges qui ressemblent à des bords de lac ou de plan d’eau ; des carrés verts de grande taille ou des coins d’herbe plus intimistes, où on peut se poser pour pique-niquer, lire, dormir.

Traverser le décor du tertiaire essoufflé 

Pour atteindre ces jardins de bord d’eau depuis la gare, on traverse un drôle de quartier de bureaux : un campus entier en bois massif, le plus grand d’Europe, tout neuf et encore largement en quête de locataires. Dans une ancienne usine réhabilitée, là où l’on faisait de la pâte à papier, on grimpe désormais sur les murs d’une salle d’escalade Arkose.

L’idée départ était simple : remplacer un quartier désindustrialisé et pollué par des bureaux propres et des parcs publics. Le réel est parfois déplaisant : les bureaux sont là, les salariés moins. Reste que l’opération a payé les abords : espaces publics et coulée verte jusqu’au fleuve. Et sur l’essentiel, il n’y a pas à tergiverser : pour le promeneur comme pour la biodiversité de la Seine, ce n’est que du positif.

Une machine à eau, au bout de l’axe royal

Le tout nouveau jardin des Papeteries s’accroche au parc départemental du Chemin de l’Île, ouvert en 2006, dessiné par le paysagiste Guillaume Geoffroy-Dechaume. Son idée de génie : utiliser l’eau de la Seine, pompée puis épurée par une cascade de bassins plantés, pour tout arroser. On marche le long d’une eau qui travaille, rafraîchit et détend, au fil de petites zones humides qui ont du charme. On y croise roseaux et libellules, avec cette odeur de vase tiède qu’on n’attend pas au pied de La Défense. Le reste du temps, on s’y pose : prairies larges, berges ouvertes, la Promenade bleue au ras de l’eau. On y pratique du sport, on y bronze, on n’y fait rien – l’activité la plus sous-estimée du dimanche.

Ce bout de rive est aussi l’aboutissement de la perspective de Le Nôtre. Le tracé historique part des Tuileries, file par les Champs-Élysées et la Grande Arche, descend les Terrasses plantées sur l’autoroute, et vient mourir ici, dans la Seine. Le tout dernier tronçon a dû enjamber l’échangeur de l’A14 et de l’A86 pour apporter du vert, car si une partie de l’autoroute est couverte, le reste attend un improbable déblocage budgétaire. C’est peut-être pour ça que la moindre pelouse, dans ce dernier coin ouvrier, a un goût de victoire.

Deux rives à marcher, pour réapprendre la Seine.

Arrivé au fleuve, si on veut se balader, on choisit son sens. La berge étant aussi la véloroute Paris-Londres, autant dire qu’on peut aller loin. En descendant vers Rueil-Malmaison, on trouve une Seine idéale pour la flânerie : le parc des Impressionnistes et ses roses, puis des berges qui nous emmènent vers le parc des Closeaux, dominé par la forêt domaniale de Saint-Cucufa. De quoi marcher la journée sans quitter le vert.

À l’inverse, en remontant vers Colombes, on rejoint le parc départemental Pierre-Lagravère. Inutile d’aller plus loin : derrière commence le port de Gennevilliers, et le vert s’arrête net. Autant le savoir avant de choisir sa direction.

Chez Roger des Prés, le laboratoire des jardins punks

Reste l’ovni du quartier, juste à côté de la gare de Nanterre–Université. Sur un délaissé coincé entre autoroute et talus ferroviaire, Roger des Prés a fait naître le Champ de la Garde. Le nom est emprunté à la Garde républicaine, qui tient caserne juste à côté pour garder un œil sur les étudiants, mai 1968 oblige. Depuis 2008, la Ferme du Bonheur renature à la main une friche qui fut décharge XL : près de 270 espèces végétales et 140 espèces animales revivent là où il n’y avait que des gravats et des terres polluées. C’est le vrai laboratoire du coin, la preuve qu’un sol écrasé d’infrastructures peut redevenir vivant. Son avenir se joue en ce moment, avec l’architecte Patrick Bouchain et l’association le Pré. À suivre de près : c’est là que se teste ce qui, ailleurs, tient encore du slogan. À terme, ce sera la vraie porte d’entrée des berges de Seine depuis les quais du RER.

Y aller : Longtemps, les espaces verts ont été la cerise sur le plan-masse de l’aménagement urbain. Le réchauffement en a fait une nécessité. À Nanterre, ça prend la forme d’une politique de pas japonais – un parc, puis un autre, puis un jardin –, qui rend ce territoire « marchable » de bout en bout, de la gare au fleuve. Descendez à Nanterre–Université, prenez le quai qui mène aux quais de Seine, allez voir !

Le parc du Chemin de l’Île. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
La voie ferrée Paris – Poissy surplombe le parc. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Les anciennes usines de papeterie. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Le Champ de la Garde et ses cultures. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

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