Société
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Quand il fait trop chaud, la voiture gagne (et c’est bien le problème)

Olivier Jeannin (Creative Commons - Flickr)
Bouchons sur l’A86 dans le Grand Paris / ©
Olivier Jeannin (Creative Commons – Flickr)

Face à la canicule, les Franciliens ont trouvé la parade : s'enfermer dans une machine qui chauffe la rue. Une étude de l'ADEME et de la Caisse des Dépôts mesure l'ampleur du réflexe automobile — et explique pourquoi il prépare la canicule suivante.

C’est le paradoxe des chaleurs estivales : plus il fait chaud, plus on se réfugie dans le mode de transport qui réchauffe le plus. Un bureau de recherche l’a documenté noir sur blanc pour l’ADEME et l’Institut pour la recherche de la Caisse des Dépôts, à partir des canicules de l’été 2023. Un jour de forte chaleur, 53% des automobilistes jugent leur voiture agréable, contre 24% des usagers des transports en commun et des cyclistes, et 17% seulement des piétons. Climatisation, zéro effort, porte-à-porte : le portrait-robot du mode idéal en canicule ressemble furieusement à une berline.

Le vélo et la marche décrochent les premiers

Les conséquences se lisent dans les comportements. Plus de la moitié des marcheurs et des cyclistes lèvent le pied quand le thermomètre s’emballe, contre à peine plus d’un quart des automobilistes. La part modale du vélo chute de 12%, largement au profit de la voiture. Un constat que confirment, côté rails, Transilien et l’Institut Paris Region : à 30 °C, un quart des gares franciliennes voient leur fréquentation baisser, et le RER recule de plus de 10 % (voir notre article).

Pourquoi c’est un cercle vicieux

Le problème, c’est que ce refuge climatisé aggrave le mal qu’il fuit. À l’échelle de la rue d’abord : un moteur thermique dissipe l’essentiel de son énergie en chaleur, la climatisation d’un habitacle rejette des calories sur le trottoir, et l’asphalte réservé à la circulation stocke le soleil toute la journée pour le restituer la nuit. La voiture est ainsi l’un des carburants de l’îlot de chaleur urbain qui rend la marche pénible — et pousse de nouveaux piétons vers la voiture. À l’échelle du climat ensuite : les transports restent le premier poste d’émissions de gaz à effet de serre en France, et chaque canicule supplémentaire renforce le réflexe automobile qui prépare la suivante. La boucle est bouclée.

Climatiser les rames, végétaliser les quais

Les chercheurs de 6t proposent plusieurs pistes pour enrayer la mécanique : climatiser les transports en commun, végétaliser les espaces d’attente et les abords des gares, aménager les horaires de travail pour éviter les déplacements aux heures les plus chaudes. Et miser sur le vélo à assistance électrique, seul mode qui résiste : un quart de ses utilisateurs déclarent s’en servir davantage quand il fait chaud. En attendant, marcher à l’ombre reste gratuit — et le Grand Paris ne manque pas d’alignements d’arbres, pour peu qu’on les défende.

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