
Cent cinquante nageurs à la fois, pas un de plus : le bassin du pont Marie a rouvert samedi matin. Antoine Guillou, adjoint au maire de Paris chargé de la Seine et des canaux, en fait la partie visible d'une politique du fleuve — trame verte et bleue, coopération de l'Entente Axe Seine, circuits courts alimentaires — et annonce le chantier d'un bassin de baignade au port de l'Arsenal, à Bastille.
Huit heures. L’air est encore frais, mais cela n’arrête personne. Au pied du pont Marie (4e), l’un des cinq sites de baignade parisiens sur la Seine et les canaux, les premiers baigneurs se glissent dans la Seine sans la moindre hésitation. Déjà plusieurs dizaines de nageurs profitent du bassin que la Ville de Paris ouvre ce samedi : 150 personnes à la fois, pas une de plus. Antoine Guillou, adjoint au maire de Paris chargé des espaces verts et des bois, de l’alimentation durable, de la Seine et des Canaux, est là, maillot des JO sur le dos, celui sans lequel il ne se baigne pas en Seine. On aurait pu s’en tenir à la carte postale. On lui a plutôt demandé si un bassin de 150 places était un symbole politique.
On peut nager à combien dans ce bassin ?
Antoine Guillou : Cent cinquante en même temps, c’est la jauge maximale. Ce n’est pas le plus grand bassin de la Seine, mais c’est comparable à ce qu’il permettait l’an dernier, quand il se trouvait près du boulevard Henri-IV. On a un peu déplacé le site pour étendre les horaires de baignade tout en permettant la circulation fluviale : la vue a changé, elle reste magnifique.
La Seine, c’est plus qu’un bassin
La vue est magnifique, d’accord. Mais derrière la carte postale, il y a un fleuve entier à remettre en état. Comment tenez-vous ensemble le loisir et le vivant ?
C’est un vrai enjeu sur tout l’axe de la Seine, et on le partage avec les collectivités qui la bordent. Dans cette nouvelle mandature, Paris veut travailler la Seine comme une trame verte et bleue : la biodiversité dans l’eau et sur les berges, la baignade, l’adaptation au changement climatique. Le fleuve doit servir à la fois le vivant — animal, végétal — et les humains.
On attend de la Seine qu’elle nous rafraîchisse. Sauf qu’avec les coups de chaud, c’est elle qui souffre aussi.
Les épisodes climatiques nous rappellent à quel point on a besoin des fleuves comme réservoirs de fraîcheur. Mais un fleuve, sous ses airs solides, c’est fragile. La qualité de l’eau d’abord, donc supprimer les pollutions. Et les débats parlementaires du moment ne rassurent pas sur l’attention portée à la ressource en eau.
Un fleuve qui se moque des frontières administratives
Préserver cette ressource suppose de raisonner à l’échelle du bassin versant, pas de chaque commune. Ce n’est pas l’organisation actuelle.
C’est pour ça qu’on a lancé une coopération territoriale, l’Entente Axe Seine, avec les nombreuses collectivités concernées. La Seine transcende les frontières administratives. Chacun a longtemps regardé seulement son tronçon ; aujourd’hui, on se dit qu’on a le fleuve en partage — avec tout ce qui va avec : une trame verte et bleue donc, mais aussi le fret, le tourisme, l’industrie,, et l’agriculture, qui couvre une bonne partie du bassin.
L’agriculture, justement. Quel rapport avec un fleuve où l’on se baigne ?
Avec AgriParis Seine, on a créé une association qui relie la restauration collective — cantines, Ehpad — aux agriculteurs du bassin de la Seine, en bio ou à bas niveau d’intrants. Circuit court, commande publique exemplaire, et ça marche très bien. C’est la Seine qui fait le lien entre ceux qui produisent et ceux qui mangent.
Ce que Paris apporte au fleuve
Cantines, circuits courts, coopération… Mais l’axe Seine, c’est aussi le fret, la logistique, l’énergie. C’est souvent là que le consensus environnemental se fissure. Paris, avec sa Seine presque tout en béton, apporte quoi ?
D’abord une prise de conscience. On a longtemps tourné le dos aux fleuves, vus comme des obstacles à franchir ou des menaces en cas d’inondation. Il faut réexpliquer l’importance du fleuve pour nos vies et notre santé. Ensuite, notre expérience de terrain : l’assainissement, la piétonnisation des berges, leur renaturation là où c’est possible. Et l’accès : plus on ouvre le fleuve à tout le monde, plus chacun doit composer. Cela évite qu’un usage confisque la Seine, ce qui est souvent mauvais sur le plan écologique.
Vous pensez aux acteurs économiques ?
Oui, mais l’inverse ne marche pas non plus : le fleuve n’est pas qu’un réservoir de biodiversité ou un lieu de baignade. Le fret fluvial fait aussi baisser nos émissions de CO₂. On ne choisit pas un usage contre un autre ; on cherche les voies de passage pour les faire cohabiter.
Un bassin de 150 places, une belle vue : au fond, ça reste un plaisir d’été ?
La canicule l’a montré : se baigner en ville, ce n’est pas qu’un loisir. Là où la chaleur cogne le plus, c’est une question de santé. Et ce n’est qu’un début : on travaille à ouvrir un site de baignade au bassin de l’Arsenal, à Bastille d’ici deux à trois ans. Le réseau des canaux, c’est comme un « affluent » de la Seine — la même eau, qu’on cherche à rendre à tout le monde.
Alors qu’est-ce qu’on ouvre vraiment, en ouvrant un bassin ?
Un horizon ! La baignade est la partie visible de tout ce qu’on fait pour le fleuve.


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8 juillet 2026 - Métropole du Grand Paris