
Longtemps, le feu de forêt, c'était les autres : la Corse, le Var, les images de l'été à la télé. Cet été, c'est nous. Dix-huit communes franciliennes viennent d'être classées en zone à risque d'incendie.
Face au risque d’incendie, les préfets de Seine-et-Marne et de l’Essonne ont fermé au public la forêt domaniale des Trois Pignons : 3 400 hectares au cœur du massif de Fontainebleau, routes forestières, sentiers de randonnée et parcelles compris. Une mesure réclamée par les pompiers, qui restera en vigueur jusqu’à la fin de la vigilance rouge. Il y a encore quelques années, une telle décision aurait semblé réservée au Var ou aux Bouches-du-Rhône.
À force d’arpenter la région à pied ou à vélo, nous avions pourtant vu passer ces derniers étés quelques arrêtés préfectoraux fermant ponctuellement telle ou telle parcelle après un départ de feu. On se rassurait comme on pouvait : un pyromane, un mégot mal éteint, un barbecue oublié. Rien de structurel. Sauf que l’excuse ne tient plus — et le coupable, c’est nous. Depuis le printemps 2026, dix-huit communes franciliennes sont classées par arrêté interministériel en « zone à risque d’incendie de forêt ». Deux en Essonne, seize en Seine-et-Marne, toutes accrochées aux massifs de Fontainebleau, des Trois Pignons, de la Commanderie et de Nemours-Poligny. Soit près de 20 000 hectares promis au débroussaillement obligatoire, cette discipline qu’on croyait varoise. Le retour des troupeaux de chèvres d’antan ? On signe tout de suite.
Comme un sèche-cheveux géant
Le signal était pourtant visible depuis longtemps. Au printemps 2022, au détour d’une randonnée à Fontainebleau, nous avions croisé des pompiers venus du Var et de Corse pour former leurs collègues franciliens aux feux de forêt. Ils nous prévenaient : étés secs et sécheresses répétées, on y viendrait aussi. Leurs propos nous avaient semblé presque exotiques ; quatre ans plus tard, ils paraissent surtout prémonitoires. Depuis, on s’est engueulés plus d’une fois avec des amateurs de merguez sous les chênes, persuadés que leur barbecue ne regardait qu’eux.
Car le feu ne s’arrête plus aux cartes postales. Sept départs d’incendie ont été recensés à Fontainebleau depuis le début du printemps, mais d’autres se sont déclarés au parc Georges-Valbon, à La Courneuve, ou au bois de Montmorency. Avec ses 280 000 hectares de forêts, la région est désormais considérée par les pouvoirs publics comme un « nouveau territoire de feu ». Les dispositifs suivent : selon des sources à l’Hôtel de Ville de Paris, les pompiers disposent maintenant de clés spécifiques pour se raccorder à l’aqueduc d’eau potable de la Ville de Paris qui traverse le massif de Fontainebleau. Un détail qui en dit long sur l’évolution de la menace.
Cette évolution, les forestiers la constatent depuis des années. En 2020 déjà, dans un entretien à Enlarge your Paris, Michel Béal, directeur de l’agence Île-de-France Ouest de l’ONF, évoquait une « tempête silencieuse » :
« Je suis forestier depuis 40 ans et pendant tout ce temps j’ai observé l’évolution du climat. Mais je suis frappé par la rudesse et l’impact des sécheresses de 2018, 2019 et 2020. On voit mourir des dizaines d’hectares de pins — arbres réputés résistants — à Fontainebleau, ou encore des chênes en forêt de Saint-Germain-en-Laye. »
À chaque coup de chaud, on redécouvre les vertus de la forêt comme climatiseur naturel. Mais pendant qu’elle s’échine à rafraîchir nos villes, le dérèglement climatique souffle à l’inverse : comme un sèche-cheveux géant qui assèche les sols, fragilise les arbres et transforme peu à peu le paysage francilien. La fermeture des Trois Pignons n’est sans doute qu’un épisode. Elle ressemble surtout à un avertissement : celui d’une région qui découvre que les feux de forêt ne sont plus une affaire méridionale, mais une donnée avec laquelle il va falloir composer.
Où éviter de se promener ce week-end ?
Interdiction d’accès : Les préfets de Seine-et-Marne et de l’Essonne ont fermé au public la forêt domaniale des Trois Pignons (Noisy-sur-École, Arbonne-la-Forêt, Achères-la-Forêt, Le Vaudoué, Milly-la-Forêt et Courances), routes forestières, sentiers et parcelles compris, jusqu’à la fin de la vigilance rouge.
Risque très élevé : Île-de-France Nature classe treize de ses espaces naturels en risque très élevé d’incendie et recommande de reporter les balades : Buttes-du-Parisis, Butte Pinson, Boissy, Montesson, Vergers de Seine, Flicourt, Rosny, Île-Saint-Louis, Corniche des Forts, Plaine de France, Saint-Eutrope, Orge-Aval et Hurepoix.
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24 juin 2026 - Région Ile-de-France