Vigilance rouge oblige, Uber Eats et Deliveroo suspendent leurs livraisons ce samedi 11 juillet entre 14h et 18h en Île-de-France. Une mesure de protection qui a un angle mort : les livreurs, payés à la course, ne toucheront rien.

Depuis des semaines, on les voit sillonner les villes sur leurs vélos, souvent des fat bikes, sous un soleil de plomb. Si des événements aussi dramatiques que la succession de canicules que nous vivons ont un tout petit mérite, c’est de rappeler qui se trouve en bas de la chaîne alimentaire urbaine : ceux qui la font tourner. Ce samedi 11 juillet, pas de poke bowl livré entre 14h et 18h : Uber Eats et Deliveroo suspendent leurs livraisons de repas dans les huit départements franciliens, placés en vigilance rouge canicule à partir de midi, avec des pointes attendues entre 35 et 38°C.
La mesure, prise après une demande du ministère du Travail, protège les livreurs des heures les plus chaudes. Mais elle a un angle mort de taille : interdits de travailler, ces indépendants payés à la course ne toucheront rien pendant ces quatre heures. Aucun revenu de remplacement n’a été annoncé. La protection, oui ; la paie, non.
Près de 60 000 livreurs immatriculés en Île-de-France
Combien sont-ils, ces travailleurs que nos applications rendent invisibles ? Près de 60 000 immatriculations de livreurs ont été enregistrées en Île-de-France entre 2022 et 2025, selon l’enquête SANTE-COURSE publiée en mars 2026 par Médecins du Monde, l’IRD et l’Ined. Menée auprès de plus de 1 000 livreurs à Paris et Bordeaux, elle dresse un tableau éprouvant : jusqu’à 63 heures de travail par semaine, 59 % ayant déjà connu au moins un accident du travail, 66 % souffrant du dos. Côté revenus, l’ARPE estime le taux horaire effectif entre 7 et 12 € nets, temps d’attente et frais déduits.
Un refuge rue Saint-Denis, à l’abri des regards
Il existe pourtant un lieu où ces invisibles redeviennent des personnes : la Maison des coursiers, installée depuis 2025 au 210 rue Saint-Denis (Paris 2e), créée par la fédération de coopératives CoopCycle avec le soutien de la Ville de Paris. On y recharge son téléphone et ses forces, on y consulte une infirmière, on y trouve une aide juridique et administrative. Entre 20 et 50 livreurs y passent chaque jour. Enlarge Your Paris a souhaité y réaliser un reportage : refusé, pour préserver la tranquillité et l’intimité des livreurs qui s’y reposent. On ne peut pas leur donner tort. Même à l’abri, les livreurs restent hors champ.
La suspension pourrait être reconduite les jours suivants si l’Île-de-France reste en vigilance rouge, selon la carte quotidienne de Météo-France.
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10 juillet 2026 - Région Ile-de-France