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Les forêts d’Île-de-France entrent dans l’âge du feu

Le SDIS de Seine-et-Marne en intervention en forêt de Fontainebleau. DR SDIS 77

Face au risque d'incendie qui gagne les forêts d'Île-de-France, le réflexe serait de nettoyer nos massifs au carré. Mauvaise pioche, répond Olivier Renault, écologue à l'Agence régionale de la biodiversité : une forêt qui résiste au feu est une forêt vivante, diverse — et pleine de bois mort.

Quand on se promène à Fontainebleau ou à Rambouillet, on a pourtant du mal à imaginer que ces forêts puissent brûler comme dans le Var ou en Corse…

Olivier Renault, écologue à l’Agence Régionale de la Biodiversité. Et pourtant. Depuis 2023, l’État classe l’Île-de-France parmi les « nouveaux territoires de feu ». Avant, on parlait de la Provence, de la Corse, des Landes. Mais l’été 2022 a changé la donne : il a brûlé là où on ne l’attendait pas, jusqu’en Bretagne, dans les Monts d’Arrée. Ce classement nous oblige à nous préparer : informer les habitants, former les élus, les forestiers et les pompiers.

Le risque était-il vraiment nouveau ?

Il existait déjà. L’Île-de-France, c’est douze millions d’habitants sur 2 % du territoire français, et des forêts très fréquentées. Or neuf feux de forêt sur dix sont déclenchés par l’homme : un mégot, un barbecue, un feu d’artifice. La foudre est rare. Ajoutez le changement climatique — des sols plus secs, des étés plus chauds — et la végétation s’enflamme plus facilement.

Nos forêts sont finalement beaucoup moins « sauvages » qu’on ne l’imagine.

Oui. Chez nous, la ville entre dans la forêt : les maisons, les jardins, les routes, les voies ferrées s’y enfoncent. Chaque lisière, chaque jardin en bord de bois est une occasion de départ de feu en plus.

Les promeneurs vont-ils devoir s’habituer à trouver les barrières fermées l’été ?

C’est possible pendant les périodes les plus critiques — ce n’est pas moi qui en décide. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a de nouvelles règles. L’État a cartographié les massifs à risque, et dans certaines communes autour de Fontainebleau, le massif le plus exposé, le débroussaillement va devenir obligatoire : si votre maison est à moins de 200 mètres d’une forêt, vous devez débroussailler sur 50 mètres autour de chez vous.

Débroussailler, ça veut dire couper les arbres ?

Non. Débroussailler, c’est enlever la végétation basse — broussailles, hautes herbes, fougères —, celle qui propage le feu. Pas abattre les arbres. Et ça protège dans les deux sens : votre maison si le feu vient de la forêt, la forêt si le feu part de chez vous.

Un quart des espèces forestières dépendent du bois mort

À force de parler du risque incendie, on finirait presque par oublier à quoi sert une forêt.

Une forêt fait quatre choses à la fois : elle produit du bois, elle accueille les promeneurs, elle abrite la vie sauvage et elle nous protège des risques naturels. Selon les endroits, l’une ou l’autre domine. À Fontainebleau, certaines zones sont réservées à la biodiversité, d’autres à la promenade ou à l’escalade.

Qu’est-ce qui rend la biodiversité de nos forêts si particulière ?

Le bois mort. Près d’un quart des espèces de la forêt en ont besoin à un moment de leur vie : des champignons, des insectes comme le lucane cerf-volant, des pics, des chauves-souris. Toutes trouvent refuge ou nourriture dans les troncs creux, les écorces décollées, les branches tombées.

Quand les promeneurs voient des troncs couchés, ils pensent souvent que la forêt est mal entretenue.

C’est très fréquent. Pourtant, ce bois mort est indispensable. En se décomposant, il rend au sol ce que les arbres y ont puisé pour grandir. Le retirer partout, c’est appauvrir le sol — et affamer un quart des espèces de la forêt. On entend dire qu’il faudrait tout enlever pour éviter les feux. C’est l’inverse : une forêt en bonne santé est une forêt où il y a du bois mort.

Une forêt diverse brûle moins bien

Et c’est aussi ce qui fait la fraîcheur des forêts ?

Oui. Regardez ce que font les gens en pleine canicule : ils cherchent l’ombre des arbres. Une forêt en bonne santé absorbe l’eau des fortes pluies, rafraîchit l’air, protège les sols. Tout est lié.

Elle joue aussi un rôle contre le changement climatique.

La forêt stocke le carbone que nous rejetons. Mais ce réservoir s’est réduit d’environ de moitié en dix ans en France. Si les forêts déclinent, elles captent moins de CO₂ — alors que nous avons justement besoin d’elles pour freiner le réchauffement et y faire face.

Au fond, quel est le principal message de votre note ?

La sécurité des personnes passe d’abord. Mais protéger la forêt, ce n’est pas la raser. Nous défendons une forêt mélangée : plusieurs essences — certaines brûlent moins bien, d’autres font plus d’ombre —, des arbres de tous les âges, et pas de coupes rases, qui créent des clairières où le sol chauffe comme un parking. Une forêt diverse garde l’humidité et résiste mieux au feu. Produire du bois, accueillir les promeneurs, préserver la vie sauvage et se protéger des incendies, tout cela va ensemble. Il ne faut pas se tromper de politique publique.

Infos pratiques : « Comment concilier biodiversité et défense des forêts contre les incendies en Île-de-France ? », Note rapide n° 1064, L’Institut Paris Region, juin 2026.

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