
Le Parisien a publié le 28 avril le témoignage d’une usagère du XIIᵉ qui, après être passée au Navigo Liberté +, a vu sa facture grimper à 102 € en mars. Soit 12 € de plus qu’un Navigo mensuel. L’association des usagers (AUT/FNAUT-IDF) a relayé le sujet auprès d’Île-de-France Mobilités, qui a refusé d’envisager un plafond mensuel calé sur le prix du Navigo. Derrière ce débat tarifaire, une réalité qu’on oublie souvent : nos transports ont un coût, à nous de faire le bon calcul. Décryptage.
Le Liberté +, c’est l’idée séduisante du paiement à l’usage : 2,04 € le trajet métro-train-RER (au lieu de 2,55 € le ticket à l’unité), 1,64 € le bus-tram, facture le mois suivant, plafond journalier à 12,30 €. Le succès est massif : 500 000 abonnés fin 2024, 2,1 millions aujourd’hui. Logique, parce que la formule est calibrée pour un cas d’usage précis — l’usager occasionnel. Celui qui prend le métro deux ou trois fois par semaine, télétravaille, part en week-end, fait quelques sorties le soir. Pour ce profil, le Liberté + est imbattable. Pour les autres, le Navigo mensuel reste la formule la plus avantageuse — et c’est exactement ce pour quoi il a été conçu.
Le seuil de bascule est connu : à partir de 45 trajets métro-RER dans le mois, le Liberté + dépasse les 90,80 € du Navigo mensuel. Soit l’usage d’un actif francilien qui se rend tous les jours au bureau et sort un peu le soir. Le cas raconté dans Le Parisien — une cinquantaine de trajets en mars, dont quatre ou cinq le même jour — n’est pas un dysfonctionnement : c’est exactement le profil pour lequel le Navigo mensuel existe.
L’association des usagers a demandé à IDFM d’étudier un plafond Liberté + à 90,80 €. Refus. Argument : plusieurs centaines de millions d’euros de manque à gagner. Marc Pélissier, président de l’AUT/FNAUT-IDF, conteste le chiffre — seuls 1 000 abonnés sur 2,1 millions dépassent chaque mois le prix du Navigo. La vraie crainte d’IDFM, glisse-t-il, ce serait plutôt l’effet d’aubaine : un plafond qui inciterait massivement les abonnés Navigo mensuel à basculer sur Liberté +, en sachant qu’ils ne paieraient jamais plus de 90,80 €. Vu sous cet angle, le refus se comprend.
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Parce qu’il y a un éléphant dans la rame. Le Navigo mensuel à 90,80 €, c’est le prix affiché. Le coût réel d’un abonné pour le système de transport francilien, c’est 280 € par mois. Le reste — 136,69 € versés par les entreprises via le versement mobilité, 33,10 € par les collectivités, 19,47 € de publicité, amendes et taxes — est à la charge de la collectivité. Pour un salarié francilien dont l’employeur prend en charge la moitié de l’abonnement, le reste à charge mensuel tombe à 45,40 €. Soit 16 % du coût réel du réseau qu’il utilise tous les jours, métro, bus, RER, tram, train, partout en Île-de-France, du fin fond du Val-d’Oise à Fontainebleau.
C’est dans ce cadre qu’il faut relire les 102 € du témoignage. Cinquante trajets à 2,04 € pièce, c’est exactement le tarif Liberté + — le système n’a pas dérapé, il a fait ce qu’il devait faire. Le débat pose donc moins une question tarifaire qu’une question pédagogique. La gamme francilienne — Navigo annuel, mensuel, semaine, jour, Imagine R, Liberté +, tickets à l’unité, tickets bus et métro désormais non-interchangeables — est devenue complexe. Bien la maitriser exige des calculs que tous les usagers ne font pas.
En attendant : si vous travaillez cinq jours sur cinq sans télétravail, prenez le Navigo mensuel. Il est fait pour vous. Et vous pouvez l’utiliser pour vos loisirs. Si vous télétravaillez deux jours ou plus par semaine et que vous sortez peu en transports en commun le soir ou le week-end, regardez le Liberté +. Et si vous voulez la tranquillité absolue, prenez l’annuel à 998,80 €, soit 83,23 € par mois, et n’y pensez plus.
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30 avril 2026 - Région Ile-de-France