Interrogée sur une chaîne d’info dimanche soir, une candidate à la mairie de Paris a estimé le passe Navigo à 52 € par mois. C’est faux. Mais c’est presque vrai. Explication d’un prix que personne ne maîtrise vraiment, et qu'on a décortiqué pour vous.

C’est un grand classique des campagnes électorales, un marronnier vieux comme le RER B : on demande aux candidats le prix du ticket de métro, et on découvre qu’ils ne le prennent pas tous les jours. Que ce n’est pas eux qui passent leur Navigo sur la borne le lundi matin en courant après la correspondance. C’est la mise à jour du coût de la baguette de pain… On se souvient avec délice de la sortie de Michel Serrault sur le prix du kilo de macreuse et de plat-de-côte (La Gueule de l’autre, 1979), un morceau d’anthologie.
Numéro rejoué involontairement dimanche soir sur une chaîne d’information en continu, quand une candidate à la mairie de Paris a estimé le passe Navigo à 52 € par mois. Le vrai prix, c’est 90,80 €. On ne va pas lui jeter la pierre trop longtemps — elle n’est ni la première ni la dernière à se planter sur cette question. Mais l’épisode a au moins un mérite : il remet sur la table un sujet que tout le monde croit connaître sans vraiment le maîtriser. Combien coûte le Navigo, et surtout, qui le paye ?
280 € : le vrai prix de votre passe
Parce que le Navigo a un prix affiché et un prix réel. Le prix affiché, celui qu’on paye au guichet ou en prélèvement, c’est 90,80 € par mois en 2026. Mais ce prix-là ne couvre qu’un petit tiers de ce que coûte réellement le fonctionnement du réseau francilien. Le « vrai » prix du Navigo, celui qu’il faudrait débourser si personne d’autre ne mettait la main à la poche, c’est 280 € par mois. C’est pas nous qui le disons, c’est Île-de-France Mobilités.
Alors qui régale ?
Décortiquons les 280 €.
Le plus gros payeur, ce sont les entreprises d’Île-de-France : 136,69 € par passe et par mois, via le « versement mobilité », une cotisation obligatoire pour toute boîte de plus de 11 salariés. Quasiment la moitié du coût réel, rien que ça. Viennent ensuite les collectivités — Région, Ville de Paris, départements — qui ajoutent 33,10 €. La publicité dans les couloirs du métro, les amendes des fraudeurs et diverses taxes rapportent encore 19,47 €. Et le voyageur, dans tout ça, paye ses 90,80 €. Soit 32 % de la note.
Mais attendez, c’est pas fini. Si vous êtes salarié — et c’est le cas de pas mal d’abonnés — votre employeur est obligé par la loi de vous rembourser au minimum la moitié de votre abonnement. Ce qui ramène la facture à 45,40 € par mois. Quarante-cinq euros quarante pour se déplacer partout en Île-de-France, du fin fond du Val-d’Oise aux plages de Fontainebleau, métro-bus-RER-tram-train compris.
Le Navigo, le bijou d’Île-de-France
Résumons pour ceux qui n’aiment pas les maths. Le réseau coûte 280 €. Vous payez 90,80 €. Et après remboursement employeur, vous sortez 45,40 € de votre poche. Soit 16 % du coût réel. C’est un choix politique fort, assumé depuis des décennies : les transports en commun franciliens sont massivement subventionnés, et c’est ce qui les rend accessibles au plus grand nombre — même si on peut toujours discuter de la qualité du service quand on est coincé entre Châtelet et Gare du Nord un mardi à 18h30.
Et finalement, la candidate n’avait pas tort, sans doute à l’insu d’elle-même. Pas sur le prix officiel du passe, mais sur ce que payent réellement les salariés franciliens chaque mois, une fois le remboursement employeur déduit : 45,40 €. On n’est plus très loin de ses 52 €. Comme quoi, le prix des transports, c’est un sujet tellement ardu que même quand on se trompe, on peut tomber juste. À condition de prendre les transports en commun de temps en temps.
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9 février 2026 - Île-de-France