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La ligne 19 du Grand Paris Express, ça vous parle ?

Une rame de la future ligne 18. Photos © SGP / Thomas Béhuret

Tout le monde sait que la 14 est prolongée depuis juin 2024, et que c'est un carton d'affluence. Presque tout le monde a entendu parler des lignes 15 et 18 du Grand Paris Express, qui ouvriront dans les prochains mois, en attendant les 16 et 17. Mais la 19 ? Un nouveau numéro dans le bingo des transports franciliens ? Plus que cela : Trois scénarios de tracés viennent d'être dévoilés pour cette future ligne qui relierait le Val-d'Oise au reste de la Métropole du Grand Paris. On vous explique pourquoi ça compte.

On récapitule. Automne 2026 : ouverture du premier tronçon de la ligne 18. Printemps 2027 : mise en service de la ligne 15 Sud. Le Grand Paris Express, le plus grand chantier d’infrastructure en Europe, commence enfin à ressembler à un vrai réseau de métro. Et le Val-d’Oise aimerait bien en être.

Car le 95 ne compte qu’une seule gare sur tout le réseau : celle du Triangle de Gonesse, sur la ligne 17. Un nom qui évoque davantage un exercice de géométrie qu’une destination qui fait rêver les voyageurs. Cela dit, le coin bouge : un Rungis bio du Nord, baptisé Agoralim, tourné vers les circuits courts et la production locale, doit s’y déployer à partir de 2027, avec plusieurs milliers d’emplois à la clé. C’est une bonne nouvelle pour le territoire et pour l’agriculture francilienne. Mais une gare, aussi prometteuse soit-elle, ne fait pas un réseau.

Un département qui roule sur ses propres rails

Le Val-d’Oise, c’est un drôle de territoire. Mi-urbain, mi-agricole, avec de grandes villes populaires à l’est et au sud, des collines boisées au centre et les grands espaces du Vexin français à l’ouest. Côté transports, il fait avec ce qu’il a, et ce n’est pas rien. Le RER A dessert Cergy-Pontoise, la capitale administrative, ville nouvelle des années 1970 avec accès direct à La Défense. La ligne H du Transilien traverse la vallée de Pierrelaye jusqu’à Luzarches et Persan-Beaumont – un trajet que connaissent les randonneurs et les amateurs d’art en route vers Auvers-sur-Oise, là où Van Gogh repose aux côtés de son frère. Le RER C pousse jusqu’à Pontoise. Et le RER D assure le rôle de barreau nord-sud, parallèle au RER B, reliant les grandes villes de la frange sud-est – Villiers-le-Bel, Garges, Sarcelles – à la gare du Nord et, dans l’autre sens, jusqu’à Creil dans l’Oise.

Tout ça fait des trains. Mais pas de liaison directe vers les grands pôles d’emploi de l’Ouest francilien. Or, selon le département, la moitié des actifs du 95 passent plus de deux heures par jour dans les transports en commun. On comprend pourquoi les élus poussent aussi fort pour une nouvelle ligne.

La ligne 19 : trois tracés sur la table

Le Département a lancé une étude d’opportunité au second semestre 2025, dont les résultats ont été présentés le 5 février dernier devant le comité de soutien au projet. L’ambition est claire : créer une ligne 19 qui relierait Argenteuil – plus grande ville du département, 110 000 habitants, seule commune du Val-d’Oise à faire partie de la Métropole du Grand Paris – à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, en traversant le cœur du 95. L’étude a identifié 55 gares potentielles dans 29 communes, passées au crible pour aboutir à trois scénarios. On vous épargne le détail des tracés et des budgets, voici les options sur le tapis vert :

Le premier scénario relie Nanterre La Folie, dans les Hauts-de-Seine, à Gonesse, en passant par Argenteuil, Eaubonne, Montmagny et Sarcelles, avec correspondance vers Roissy via la ligne 17 (Gonesse). Le deuxième part aussi de Nanterre mais bifurque vers Villiers-le-Bel (RER D), d’où deux variantes : l’une monte directement vers Roissy, l’autre redescend vers Gonesse pour attraper la ligne 17. Le troisième emprunte en partie le tracé du prolongement du tramway T11, en passant par Houilles et Sartrouville dans les Yvelines, puis Épinay-sur-Seine en Seine-Saint-Denis et Sarcelles (ligne H et RER D), pour rejoindre Gonesse (ligne 17).

À chaque fois, les options se chiffrent en milliards d’euros. Où les trouver ? De toute façon, on est encore dans le temps des études et du lobbying politique, pas dans celui des pelleteuses. Mais le Département y croit : dès novembre 2023, il a cofinancé avec la Région Île-de-France les premières études exploratoires, avant de lancer officiellement le comité de soutien en juin 2025. La Société des grands projets, qui construit le Grand Paris Express, se dit disponible pour accompagner la suite. Qui, dans tous les cas, ne sera pas pour tout de suite. On envisage 2040, si le projet sort des cartons des bureaux d’études.

Pourquoi on vous en parle

Il y a cinquante ans, quand le RER A a été prolongé jusqu’à Cergy-Pontoise, la question s’est posée de le faire aller plus loin, vers l’ouest du département. Les habitants du Vexin français ont dit non. Pas de train chez nous. La création du Parc naturel régional du Vexin français, en 1995, a incarné durablement ce choix de préserver un territoire rural aux portes de Paris. Mais qui dit pas de transport en commun dit voiture. Et, cinquante ans plus tard, le Val-d’Oise se retrouve avec un territoire coupé en deux : à l’est, des villes denses mal connectées entre elles ; à l’ouest, des villages où l’automobile est reine.

La ligne 19, si elle voit le jour, pourrait changer la donne. Et offrir au Val-d’Oise ce qu’il attend depuis longtemps : une place dans le Grand Paris, et plus un strapontin.

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