
Cofondateur de Recto Verso, Thomas Firh s’est fait connaître par des aventures en montagne, en France et à l’étranger. Avec un coffret de 100 parcours consacré à la randonnée en Île-de-France auquel a contribué Enlarge your Paris, Thomas Firh défend une autre idée de l’aventure : plus proche, plus accessible, mais tout aussi exigeante. Un déplacement du regard qui dit beaucoup de notre rapport contemporain à la nature, au temps libre et aux territoires du quotidien.
L’aventure ne commence pas à 800 km de chez soi
Vous avez bâti votre réputation sur des aventures en montagne, en Laponie, dans les Alpes. Pourquoi avoir consacré un coffret à l’Île-de-France, qu’on imagine souvent comme le dernier endroit où s’échapper ?
Thomas Firh : En réalité, ce choix est assez logique. Aujourd’hui, toute l’équipe vit en Île-de-France. On y marche beaucoup, on la pratique vraiment, et notre public est très majoritairement urbain, avec un fort ancrage francilien.
Mais il y a aussi un enjeu plus large. On a longtemps entretenu l’idée que l’aventure commençait loin, dans des espaces spectaculaires, presque hors du quotidien. Or, ce récit-là ne correspond plus à la réalité de beaucoup de gens. L’Île-de-France concentre une population immense, des contraintes fortes de temps et de mobilité, mais aussi des paysages, des forêts, des vallées, des chemins encore largement sous-estimés.
La réputation qu’on a construite sur des terrains plus « extrêmes » nous permet aujourd’hui de déplacer le regard : dire que l’exigence, la qualité de l’expérience, l’attention portée aux itinéraires valent aussi pour des territoires proches. L’aventure ne commence pas à 800 kilomètres de chez soi.

Une pratique qui rajeunit, portée par un changement d’époque
L’accessibilité est très présente dans votre démarche. Vous prônez l’aventure sans avion, avec des randonnées accessibles à 2,50 €. Est-ce une façon de démocratiser l’outdoor auprès d’un public jeune, urbain, sans voiture ?
Oui, clairement, mais pas uniquement. Il y a évidemment une question de moyens, mais aussi une question de temps. Beaucoup de gens n’ont ni l’un ni l’autre en abondance.
Le coffret Île-de-France répond à une contrainte très concrète : permettre une expérience de nature sans planification lourde. Regarder la météo, voir qu’il fait beau, prendre un RER et passer une journée dehors. C’est une forme de liberté très simple, mais qui a presque disparu de nos vies très organisées. C’est aussi une manière de dire que la nature n’est pas réservée à ceux qui peuvent partir loin, longtemps, souvent. Avec une journée libre, un billet de RER et un peu de soleil, on peut déjà respirer autrement.
Quels sont vos coups de cœur en Île-de-France, en France et ailleurs ?
En Île-de-France, la forêt de Fontainebleau s’impose presque naturellement. Ce n’est pas très original, mais c’est un territoire d’une richesse incroyable, grâce à la variété de ses paysages, ses rochers, et son accessibilité en train. Les « 25 bosses », même très fréquentées, restent une randonnée marquante. En France, le tour des Dents blanches, dans les Alpes, fait partie de mes plus beaux souvenirs, notamment pour la liberté laissée à l’itinéraire, le fait de ne pas suivre un parcours trop figé.
À l’étranger, certaines traversées en Écosse restent très fortes, mais ce sont aussi des expériences beaucoup plus complexes à mettre en œuvre ; ce qui renforce encore l’intérêt de valoriser des espaces proches et accessibles.
Donner envie sans abîmer, et durer : le défi du slow travel
Vous écrivez dans votre manifeste qu’il faut réhabiliter un voyage fait de patience et de contemplation. Le slow travel est-il une tendance de fond ou un phénomène de mode ?
Je pense que c’est clairement une tendance de fond. Elle est là depuis un moment et elle continue de s’affirmer. Mais elle pose une question centrale : comment faire en sorte que cette envie de nature ne se transforme pas en pression supplémentaire sur les territoires ?
Aujourd’hui, donner envie d’aller dehors sans donner les clés pour comprendre les lieux, leurs fragilités, leurs usages, c’est prendre le risque de reproduire ailleurs les mêmes logiques d’épuisement. Pour nous, le slow travel ne peut pas être dissocié d’une forme de responsabilité et de transmission. Il n’a de sens que s’il va avec une attention réelle portée aux lieux.
Après des coffrets de 100 parcours à travers la France, l’Europe, le vélo et l’Île-de-France, quelles sont vos prochaines étapes ?
On a envie d’aller vers des formats plus précis, plus territorialisés. Zoomer sur des régions, des massifs, pour mieux comprendre ce qu’on traverse : la géologie, la faune, la flore, les enjeux locaux. Pour ça, on travaille sur des formats pédagogiques, notamment des formations numériques, pour aider les pratiquants à gagner en autonomie et en responsabilité.
L’idée, c’est que les gens repartent avec autre chose qu’un simple itinéraire. Une compréhension, une culture des lieux. Voyager, ce n’est pas seulement marcher quelque part, c’est apprendre à habiter les lieux, même provisoirement.
Plus d’infos sur rectoverso.co avec la contribution d’Enlarge your Paris

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4 février 2026 - Île-de-France