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Où il fait bon vivre en Ile-de-France (à condition d’en avoir les moyens)

Enghien-les-Bains / © Enghien-les-Bains
La promenade sur les rives du lac d’Enghien / © Enghien-les-Bains

Le JDD publie son palmarès annuel des 500 villes françaises où il fait bon vivre. On a pris le temps de le disséquer. Spoiler : si vous habitez en Seine-Saint-Denis, ne cherchez pas dans le top 100. Vous n'y êtes pas. Si vous cherchez un T3 à moins de 300 000 euros, vous n'y serez jamais.

Chaque année, c’est le retour du marronnier. Un classement paraît, bardé de critères scientifiques — 190 cette année, excusez du peu — et découvre que le bonheur en France se concentre étrangement là où les prix immobiliers s’envolent. Biarritz, Annecy, Bayonne : le podium national sent bon les embruns et l’immobilier de prestige. Le JDD ne s’en cache pas, qui titre sur « les villes d’eau ». La France où il fait bon vivre serait donc celle des cartes postales. En Île-de-France, Boulogne-Billancourt, Versailles et Levallois-Perret trustent les premières places. Le 92 triomphe. On n’en attendait pas moins.

Le 93, zone blanche

Le plus fascinant, dans ces palmarès, c’est leur pouvoir de faire disparaître des territoires entiers. Prenez la Seine-Saint-Denis : 1,6 million d’habitants, le département le plus jeune de France métropolitaine, une densité de vie culturelle et associative à faire pâlir bien des préfectures. Combien de villes dans le top 100 ? Zéro. La première, Rosny-sous-Bois, pointe à la 180e place. Montreuil suit à la 190e. Saint-Denis, préfecture du département, arrive 364e. Pantin, Les Lilas, Aulnay-sous-Bois ? Hors classement. Les critères de sécurité, calculés à l’échelle départementale, plombent d’office l’ensemble du territoire. Peu importe ce qui s’y passe vraiment : le code postal suffit.

On apprend aussi que Le Plessis-Robinson gagne 76 places et que Saint-Germain-en-Laye en prend 22. Voilà qui devrait rassurer leurs habitants — dont on imagine qu’ils se rongeaient les ongles en attendant le verdict.

Côté grande couronne, le tableau est contrasté. Les Yvelines s’en tirent bien avec 22 communes classées : Versailles (24e), Saint-Germain-en-Laye (65e), Sartrouville (80e), Poissy (97e). L’Essonne fait mieux encore avec 28 communes, emmenées par une surprise : Évry-Courcouronnes, 56e, devant Massy (108e) et Orsay (154e). Le Val-de-Marne place Nogent-sur-Marne en tête (43e), suivie de Saint-Mandé, nouvelle entrante. Le Val-d’Oise célèbre Taverny, en hausse de 58 places. Dans ces quatre départements, les villes présentes partagent un point commun : elles sont plutôt résidentielles, plutôt bien desservies, plutôt chères.

190 critères, mais pas la vie de quartier 

Que mesure-t-on, au juste ? Onze catégories : sécurité, santé, transports, commerces, éducation, environnement, et ainsi de suite. Des données Insee, des moyennes, des indices. Ce qu’on ne mesure pas : la vitalité associative, les solidarités de voisinage, la capacité à se croiser autrement qu’en bas de l’ascenseur. Tout ce qui fait la différence entre habiter quelque part et y vivre. Ce qu’on ne mesure pas non plus : si vous pouvez vous y loger avec un salaire normal.

Détail piquant : dans le sondage qui pondère les critères, l’attractivité immobilière n’arrive qu’en dernière position, citée par 19% des Français. Et pourtant, le palmarès final ressemble à s’y méprendre à une plaquette d’agence immobilière haut de gamme. Allez comprendre.

Vivre ou habiter ?

Un classement des villes où il fait bon vivre devrait peut-être commencer par une question simple : pour qui ? À Biarritz, première du palmarès, seul un tiers des saisonniers qui font tourner la ville résident sur place. Les autres ? Ils se logent dans les campings l’été. Et l’hiver, quand les campings ferment, certains dorment dans leur voiture, changent de parking pour éviter les amendes, vont se doucher sur leur lieu de travail. La ville a perdu 7 000 habitants en vingt-cinq ans. Mais les critères sont bons, alors tout va bien.

Ces palmarès font chaque année les gros titres. Et après ? Ils valident surtout ce que tout le monde sait déjà : qu’il est plus agréable d’être riche dans une ville riche que pauvre dans une ville pauvre. Merci pour l’éclairage.

En attendant, on continuera d’arpenter les villes qui n’apparaissent pas dans ces listes. Celles où il fait bon vivre ensemble, et pas seulement entre soi. Celles où la vie déborde des critères. Elles ne manquent pas, en Île-de-France. Il suffit de descendre du bon côté du périph.

Lac d'Enghien-les-Bains - La Petite Riviera / © Jean-Fabien Leclanche pour Enlarge Your Paris

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