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« Un peu d’eau fraîche sur un balcon peut sauver des oiseaux » : les gestes qui comptent cet été dans le Grand Paris

Photo Clémence Lerondeau, responsable des programmes d'action citoyenne à la LPO.
Photo Clémence Lerondeau, responsable des programmes d’action citoyenne à la LPO.

Martinets tombés des nids, hérissons rattrapés par la ville, insectes en berne… La faune sauvage paye cher le printemps-été le plus chaud jamais connu. Clémence Lerondeau, responsable des programmes d'action citoyenne à la LPO France, détaille ce qu'observent les naturalistes et, surtout, ce que chaque habitant peut faire - jusque sur un appui de fenêtre.

Le bilan de juin donne le vertige. À Faune Alfort, le centre de soins de la faune sauvage d’Île-de-France rattaché à l’école vétérinaire de Maisons-Alfort, près de 2 500 animaux ont été accueillis en un mois, dont plus de 1 600 oiseaux et 729 martinets. Ces oiseaux qui nichent sous les toits n’ont pas résisté à la chaleur accumulée sous les tuiles. Explications et solutions.

Que s’est-il passé cet été pour les oiseaux d’Île-de-France ?

C’est un été inédit, mais pas inattendu — les scientifiques nous alertent depuis des années. Et j’insiste : tout a commencé au printemps, dès mai. La sécheresse et les vagues de chaleur s’attaquent en même temps aux trois besoins vitaux de la faune : s’hydrater, se nourrir, s’abriter. Les martinets et les hirondelles, qui nichent dans le bâti, ont été frappés de plein fouet. Sous un toit de tuiles ou d’ardoises, quand il fait 40 °C au sol, il peut faire 60 à 70 °C. Pour ne pas cuire, les jeunes se jettent du nid avant de savoir voler. Or un martinet posé est un martinet perdu : il ne vit qu’en vol. Les centres de soins ont reçu jusqu’à une centaine de martinets par jour.

Concrètement, que peut faire un habitant du Grand Paris, même sans jardin ?

Le geste numéro un, l’urgence absolue, coûte zéro euro : mettre à disposition de l’eau fraîche. Un récipient peu profond — un dessous de pot de fleurs est parfait — posé sur un appui de fenêtre, un balcon, dans une cour ou dans la rue. On y place une pierre ou une branche pour que les petits oiseaux et les insectes ne se noient pas. Cette eau sert à boire, mais aussi à se rafraîchir : les oiseaux ne transpirent pas, ils n’ont pas de glandes sudoripares, alors ils se baignent pour évacuer la chaleur. Cet abreuvoir profite à toute la faune — insectes, mais aussi hérissons.

Les hérissons, en pleine ville ?

Oui, et c’est un point que les gens ignorent souvent. À force de grignoter leur habitat rural, on les a « rattrapés » : le milieu urbain et périurbain est devenu une zone de vie prioritaire pour eux. Un abreuvoir posé au sol, pour un hérisson, c’est un sauvetage.

Et pour ceux qui ont un jardin en grande couronne ?

Préserver l’ombre et laisser des herbes hautes dans un coin. Un sol qui n’est pas exposé directement au soleil reste frais, donc vivant. Les herbes hautes captent la rosée matinale et créent un refuge. On garde aussi les haies denses. Bonne nouvelle : l’évapotranspiration de ces plantes rafraîchit aussi l’air pour nous, les humains.

Faut-il s’inquiéter au-delà de cet été ?

Il faut surtout retenir deux choses. D’abord, les effets se mesurent aussi sur le temps long : la mésange charbonnière, qui nichait en avril il y a quelques années, commence désormais en mars. Ensuite, la biodiversité n’est pas qu’une victime, c’est aussi une solution — c’est le principe des solutions fondées sur la nature. Et l’oiseau reste notre meilleur baromètre : quand il va mal, c’est tout l’écosystème autour de lui qui va mal. Raison de plus pour en prendre soin.

En pratique : cet été, chez soi, installer un récipient peu profond rempli d’eau fraîche, avec une pierre ou une branche, sur un balcon ou un appui de fenêtre, à renouveler régulièrement. Si l’on a un jardin : Un abreuvoir posé au sol pour les hérissons. De l’ombre, des herbes hautes et des haies denses pour ceux qui ont un jardin. En cas d’oiseau ou d’animal en détresse : contacter le centre de soins de la faune sauvage le plus proche (en Île-de-France, Faune Alfort). Pour aller plus loin : les programmes d’action citoyenne de la LPO (Refuge LPO, Plus de nature dans mon quartier, Biodiv’Sport) sont détaillés sur lpo.fr.

Un merle noir DR.
Un merle noir DR.

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