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Le tour du monde en 47 Maisons ce week-end à la Cité universitaire

Collège néerlandais, cour intérieure. Diane Arques / ADAGP, Paris, 2025
Collège néerlandais, cour intérieure. Diane Arques / ADAGP, Paris, 2025

Que le public ait le droit de se promener à la Cité universitaire n'est pas su de grand monde. Ses résidences étudiantes, souvent déclinées par nationalité, offrent pourtant un tour du monde de l'architecture de ces cent dernières années. Aux Journées européennes du patrimoine (19 et 20 septembre), leurs intérieurs s'ouvrent. Notre reporter John Laurenson y a découvert plein de pépites artistiques.

Vous connaissez bien sûr les jardins de sculptures. La Cité U est un jardin d’architecture. C’est un parc géant de grandes pelouses et d’arbres de toutes sortes contenant 47 Maisons qui expriment presque chacune le style d’un pays. 7 000 étudiants de partout dans le monde vivent ici. Ça donne au lieu une allure de campus à l’américaine, un petit air de Love Story. Mais contrairement à un campus normal, la Cité U est ouverte au public de 8 h à 22 h. Le parc et ses 6 cafés et restaurants aussi. Et personne ne le sait.

Les maisons Harry Potter

Je commence ma visite par les premières constructions qui datent des années 1920. Les étudiants les appellent les maisons Harry Potter. Ce sont des résidences très inspirées des vieux collèges anglais. On a l’impression qu’elles sont là depuis des siècles et elles donnent sur des pelouses carrées qu’on appelle en Angleterre les quads.

La Cité U a été créée sur une vaste friche. Avant, il y avait ici une partie du mur fortifié de Paris construit au XIXe siècle. Il n’a pas très bien marché, ce mur. Surtout, les Prussiens n’ont pas compris qu’il fallait rester à l’extérieur. Il a donc fini par être rasé. À la place d’un bâti de guerre fut construit un bâti de paix. C’est l’époque de la Société des Nations.

Je pénètre à l’intérieur de l’une de ces Maisons. Il y a du bois partout et des arches qui rappellent le style néo-gothique. On découvre une salle de bal magnifique avec une mezzanine en bois et de beaux luminaires en fer forgé de l’époque. À l’étage, je pousse la porte d’une ancienne salle de musique aux murs peints de très belles fresques où on joue de la musique et où on danse.

Collège néerlandais. Diane Arques / ADAGP, Paris, 2025
Collège néerlandais. Diane Arques / ADAGP, Paris, 2025

Sartre et Bourguiba ont dormi ici

En sortant, je regarde dans le hall d’entrée les photos d’étudiants devenus illustres qui ont vécu ici. Jean-Paul Sartre, le cinéaste grec Theo Angelopoulos, le premier président de la Tunisie indépendante Habib Bourguiba, l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun…

Maison de la Tunisie-Pavillon Bourguiba. Diane Arques / ADAGP, Paris, 2025
Maison de la Tunisie, pavillon Bourguiba. Diane Arques / ADAGP, Paris, 2025

De l’Indochine à l’Orient rêvé

La Cité U a été marquée par la période coloniale. Pour les artistes et architectes, c’était une opportunité de se frotter à d’autres cultures, d’autres arts.

On le voit de façon très forte à la Maison des étudiants de l’Asie du Sud-Est – ancienne Maison de l’Indochine – dont les riches décorations et les sculptures ont été réalisées à la gloire de ce grand territoire qui correspond aujourd’hui au Vietnam, au Cambodge et au Laos.

Maison des étudiants de l'Asie du Sud-Est, vue d'ensemble du grand Salon. Diane Arques / ADAGP, Paris, 2025
Maison des étudiants de l’Asie du Sud-Est, vue d’ensemble du Grand Salon. Diane Arques / ADAGP, Paris, 2025

Chez Heinrich Heine, le Bauhaus et le jazz

Après les fastes très colorés d’un Orient vu par l’Occident, je visite la maison qui s’appelait, à l’époque de sa construction au début des années 1950, la Maison de l’Allemagne de l’Ouest et qui s’appelle maintenant la Maison Heinrich Heine. Beaucoup de résidences de la Cité U – la Maison de la Suède par exemple avec ses jolis volets bleus de maison de poupée ou la Maison du Japon avec son jardin zen et son filet d’eau dont le son rend plus calme et plus intelligent – nous font voyager vers un pays par son style architectural. Après la Seconde Guerre mondiale, on rejette le style vernaculaire (propre à un lieu géographique) en faveur de l’« International Style ». Pour leur Maison, les Allemands choisissent un style Bauhaus très épuré. Béton clair, verre, métal. C’est très harmonieux, très raisonnable. On visite sa merveilleuse bibliothèque et son Café Heine qui vient de rouvrir. Il y a là plein d’animations aussi. Des spectacles, des lectures, des concerts de jazz… C’est le cas de la Cité U en général, d’ailleurs. Il y en a plus de mille par an, presque tous gratuits.

Salon courbe de la Fondation suisse. Premier plan sur la chaise LC1 (Le Corbusier-Jeanneret-Perriand). Diane Arques / ADAGP, Paris, 2025
Salon Courbe de la Fondation suisse. Premier plan sur la chaise LC1 (Le Corbusier-Jeanneret-Perriand). Diane Arques / ADAGP, Paris, 2025

Le Corbusier, sentiments mélangés

Le parc de la Cité U est grand, ses Maisons sont nombreuses et donnent toutes envie mais il y en a une que je n’ai vraiment pas envie de rater : la Maison de la Suisse. C’est l’une des deux réalisations à la Cité U de Le Corbusier. Comme toute personne normalement constituée, j’ai des sentiments mélangés pour cet architecte dont les logements ont inspiré des milliers de tours « cages à lapin » ces 100 dernières années. Mais son architecture a un vrai souffle. Tellement d’idées, tellement de créativité. C’est un artiste. Quand on rentre dans la Maison de la Suisse, d’ailleurs, on voit tout de suite une énorme fresque peinte par Le Corbusier lui-même. C’est très, très inspiré de Picasso mais c’est quand même génial. Dynamique, cryptique, coloré… agréable à regarder. On apprécie aussi, dans cette Maison, la beauté de la ligne. De la balustrade de l’escalier, par exemple. L’ingéniosité aussi. Dans les détails comme les poignées et mécanismes d’ouvertures des fenêtres.

Vue d'ensemble du Salon courbe. Peinture murale de Le Corbusier (1948). Fauteuils "Grand confort" (Le Corbusier-Jeanneret-Perriand). Diane Arques / ADAGP, Paris, 2025
Vue d’ensemble du salon Courbe. Peinture murale de Le Corbusier (1948). Fauteuils « Grand confort » (Le Corbusier-Jeanneret-Perriand). Diane Arques / ADAGP, Paris, 2025

Un déjeuner Société des Nations

C’est la fin de ma visite. Je vais juste jeter un coup d’œil sur les deux grandes fresques de Foujita dans la Maison du Japon avant de trouver un endroit où déjeuner.

À propos, le Café Heine m’a mis un peu dans un dilemme. Le déjeuner qu’il propose a l’air tellement sain, il nous guérira instantanément de tous nos maux. Mais je suis quand même tenté par le Comptoir coréen de la Maison de la Corée. Finalement, je prends un dolsot bibimbap (riz, légumes, œuf, tofu) chez les Coréens, une tranche de carrot cake chez les Allemands et pour finir un café dans un transat français sur la terrasse du Café du Théâtre avec une vue splendide sur le parc. Un déjeuner Société des Nations en somme ; un déjeuner très agréablement Cité U.

Maison du Brésil. Diane Arques / ADAGP, Paris, 2025
Maison du Brésil. Diane Arques / ADAGP, Paris, 2025

Infos pratiques : Cité internationale universitaire de Paris, 21, boulevard Jourdan, Paris 14e. Accès : RER B et tram T3a, station Cité Universitaire.

Pour les Journées européennes du patrimoine des samedi 19 et dimanche 20 septembre, il n’y a pas d’inscription préalable en ligne pour les visites guidées organisées par le Centre du patrimoine de la Cité U. Il faut juste s’inscrire sur place à partir de 14 h. Les visites sont gratuites. Différents parcours sont proposés, par exemple « 100 ans d’architectures à travers le monde » à 15 h le samedi, puis dimanche à 15 h et 17 h. Il y a aussi « Une Cité d’artistes », « Un parc écologique » ou « Les bienfaits des arbres ». Certaines maisons ont leur propre système : visite libre, visite guidée ou éventuellement réservation particulière. Le programme complet maison par maison est accessible depuis la page officielle de la Cité U.

En dehors des JEP, visites 2 dimanches par mois à 14 h 30 (plus de créneaux pour les groupes). Plus d’infos sur ciup.fr ou 01 76 21 26 96. Tarif plein 15 €, tarif réduit 7 €.

Fondation Avicenne. Diane Arques / ADAGP, Paris, 2025
Fondation Avicenne. Diane Arques / ADAGP, Paris, 2025

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