Culture
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Sous les tours de la BNF, Petit Bain veut sauter dans le Grand Bain

petit bain, photo Titouan Masse

Quinze ans après avoir amarré Petit Bain au pied de la BNF, Ricardo Estéban veut construire une deuxième barge sur la Seine. Grand Bain doit accueillir artistes en résidence, chercheurs, auteurs et formations. Pour lancer le projet, la coopérative fait appel à son public.

Ricardo Estéban a fondé La Guinguette Pirate, le Batofar, puis Petit Bain. Trente ans à construire des lieux culturels indépendants dans le 13e, l’un après l’autre. Et souvent sur l’eau. Le prochain s’appelle déjà Grand Bain.

Il faut pour le comprendre revenir quinze ans en arrière. Petit Bain n’est pas une vieille péniche retapée pour accueillir des concerts, mais un bâtiment conçu dès l’origine pour flotter sur la Seine. Dessiné par le collectif d’architectes Encore Heureux, fabriqué aux Chantiers de la Haute Seine puis amarré port de la Gare en 2011, l’étrange objet mesure 45 mètres de long sur 11 de large. Trois niveaux, une salle de concert, une cantine et un toit-terrasse : une petite maison de la culture posée sur l’eau. Quinze ans plus tard, Petit Bain commence à se trouver à l’étroit.

Une deuxième barge plutôt que pousser les murs

Grand Bain ne doit pas remplacer Petit Bain, mais le prolonger. Une deuxième construction flottante destinée notamment aux résidences d’artistes, de chercheurs et d’auteurs, mais aussi à la formation et à la transmission. Ce n’est donc pas simplement une salle de concert plus grande. Le projet raconte plutôt ce que Petit Bain est devenu en quinze ans : un lieu culturel qui programme, certes, mais qui forme aussi, accompagne, accueille et expérimente.

Lorsqu’on avait rencontré Ricardo Estéban en juillet dernier pour les 15 ans de Petit Bain, il nous prévenait : « On est en train d’écrire l’histoire des quinze ans qui viennent. » Et ajoutait vouloir « continuer à imaginer des choses sur l’eau ».

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On sait maintenant un peu mieux à quoi il pensait. Le projet est aussi une drôle de réponse à la transformation du quartier. En trente ans, le port de la Gare et Paris Rive Gauche se sont remplis. Les quais en terre battue et le parking gratuit racontés par Ricardo Estéban ont laissé place aux immeubles, aux promenades aménagées et aux terrasses. Petit Bain ne peut pas pousser les murs. Alors il regarde de nouveau vers la Seine. Une vieille habitude. Depuis plusieurs années, Ricardo Estéban et l’équipe de la Guinguette Pirate travaillent aussi à faire du fleuve autre chose qu’un décor, avec des régates d’objets flottants non identifiés, des chantiers navals et des événements organisés au fil de l’eau.

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Et pour construire Grand Bain, Petit Bain fait la manche

Reste une étrangeté. Pour préparer les quinze prochaines années d’un lieu qui enchaîne quelque 300 événements par an et fait désormais partie du paysage culturel parisien, Petit Bain lance une campagne de financement participatif. Objectif : 15 000 euros. La somme paraît presque minuscule au regard de l’histoire du lieu. Pour construire Petit Bain, il avait fallu réunir 2,25 millions d’euros et attendre six ans entre les premières réflexions, en 2005, et l’ouverture en 2011.

Il faut évidemment se garder d’en conclure que Petit Bain serait au bord du naufrage. Ricardo Estéban nous disait exactement l’inverse en juillet : « Le projet se porte bien. » Mais cette cagnotte raconte autre chose, et peut-être quelque chose de plus intéressant : la fragilité persistante des lieux culturels indépendants, même lorsqu’ils ont réussi. Ricardo nous le disait d’ailleurs très clairement : « Des montages qui relèvent de l’économie sociale et solidaire, il y en a de moins en moins. Comme dans l’agriculture, la place des indépendants devient fragile, remplacée par des acteurs qui appartiennent à de grands groupes. »

Petit Bain est donc dans une situation assez paradoxale : assez solide pour imaginer les quinze prochaines années, pas assez puissant pour les imaginer tout seul. Et cette histoire d’indépendance ne date pas d’hier. Avant Petit Bain, il y avait déjà la Guinguette Pirate. En 1995, lorsque Ricardo Estéban arrive quai de la Gare, la BNF n’est même pas encore ouverte au public. Plus de trente ans après, la même histoire continue : trouver un bout de ville, inventer un lieu et essayer de conserver suffisamment d’indépendance pour le faire vivre.

Infos pratiques : Petit Bain, 7, port de la Gare, Paris 13e. Métro : Quai de la Gare (ligne 6). Métro / RER : Bibliothèque François-Mitterrand (ligne 14, RER C). Soutenir Grand Bain : La campagne de financement participatif sur Ulule/ En savoir plus sur le projet : Petit Bain – Soutenir le projet

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