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De l’Ourcq à la Marne, balade de 22 km sur la Dhuis, un aqueduc enterré et… vide

Le sentier de la Dhuis dans le Bois de Bernouille. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

Depuis le canal de l'Ourcq, à Sevran, jusqu'à la Marne, la Dhuis traverse villes de banlieue, bois, champs et coteaux. Une randonnée sur le tracé d'un ancien aqueduc parisien devenu promenade régionale.

En partenariat avec Ile-de-France nature

Résumons : on marche 22 km au-dessus d’un tuyau vide, ancien aqueduc parisien qui ne transporte plus d’eau depuis quelques années. Le point de départ, c’est le canal de l’Ourcq, et on finit la balade en bord de Marne. Entre les deux plus rien ne coule sous nos pieds. Mais qu’est-ce qu’on est bien, pourtant, sur ce tuyau vide qui nous fait passer de la banlieue à la campagne ! 

Une traversée du parc de la Poudrerie

On part de la gare de Sevran-Livry et, tout de suite, on longe le canal de l’Ourcq. L’eau est plate et brune, l’allée est ombragée par les grands arbres du parc de la Poudrerie, une ancienne fabrique d’explosifs devenue l’un des poumons verts de la Seine-Saint-Denis. Deux kilomètres de calme. Puis on quitte le canal, on traverse la nationale, on monte à travers Vaujours, et la ville s’arrête d’un coup : en bas, la vallée de Coubron, un village de Seine-Saint-Denis qui ressemble à une carte postale, des prés, des chevaux, de jolies maisons entourées d’arbres. On aperçoit au loin les tours de Clichy-sous-Bois et de Montfermeil, mais on n’y va pas.

On rejoint l’aqueduc dans une vallée du 93 aux allures de carte postale

C’est à Coubron qu’on rejoint la Dhuis, et on la reconnaît du premier coup d’œil : deux allées de gravier clair, un ruban d’herbe au milieu, pas un arbre, et de loin en loin un petit regard de pierre qui signale l’aqueduc dessous. Ce dessin n’est pas un choix de paysagiste : c’est une règle sanitaire, écrite pour protéger l’eau potable, qui interdit de construire, de creuser ou de planter trop près du tuyau. Une eau qui ne coule plus a dessiné une prairie de 27 kilomètres.

Vers la Marne, par la campagne

On la suit ensuite à flanc de coteau, en lisière du bois de Bernouille, puis à travers champs et vergers. Sous nos pieds, l’aqueduc vide et des carrières de gypse ; devant nos yeux, un paysage de plus en plus campagnard, avec des échappées de plus en plus larges sur la vallée de la Marne. Et au bord du chemin, si l’on se penche : des orchidées au printemps, des papillons, des mantes religieuses, et un petit peuple d’abeilles sauvages qui nichent dans le sol nu des talus.

Il faut le dire simplement : on est bien sur la Dhuis. Presque tout du long, on marche en haut du coteau, dans les arbres, au frais, sur ce ruban d’herbe qui ignore les rues qu’il enjambe. Parfois la vue s’ouvre en grand sur la vallée de la Marne, parfois elle ne s’ouvre sur rien du tout, et ça ne change rien : on avance sans effort et sans se perdre, comme l’eau avançait avant nous, en pente douce.

Départ : gare de Sevran-Livry (RER B). Arrivée : gare de Lagny-Thorigny (ligne P). 22 km, quasiment plat, comptez 5 h à 5 h 30 de marche. Le tracé alterne voie verte aménagée et chemins, avec quelques traversées de rues dans la partie urbaine.

Départ : gare de Sevran-Livry (RER B). Arrivée : gare de Lagny-Thorigny (ligne P). 22 km, quasiment plat, comptez 5 h à 5 h 30 de marche. Le tracé alterne voie verte aménagée et chemins, avec quelques traversées de rues dans la partie urbaine. Le parcours est à consulter et télécharger ici. 

Attention : le chemin coupe deux routes départementales sans passage piéton. Le trafic n’y est pas continu, mais il est rapide et la visibilité n’est pas toujours bonne : traversez avec la plus grande prudence. Qu’une promenade régionale de 27 kilomètres coupe des départementales sans le moindre marquage au sol, c’est assez hallucinant : on attend des départements de la Seine-Saint-Denis et de la Seine-et-Marne qu’ils installent des passages piétons sur la continuité de la Dhuis.

Le bois, le plâtre, l’eau : mille ans de ravitaillement de Paris

Le bois qu’on longe entre Clichy-sous-Bois et Coubron est un reliquat. Au Moyen Âge, la forêt de Bondy couvrait plus de 20 000 hectares sur tout l’est parisien (deux fois la superficie de Paris !) ; il en reste environ 400, dont 185 de forêt régionale. Le reste est parti en bois de chauffage pour la capitale, puis en carrières, puis en pavillons au XIXᵉ siècle. La Région a commencé à racheter les morceaux en 1965 et n’a pas fini : soixante ans d’acquisitions, parcelle par parcelle, au fil des ventes.

Elle a longtemps eu très mauvaise réputation (« faire une mauvaise rencontre au bois de Bondy » était une façon de dire qu’on s’était fait détrousser) et c’est en lisière, à Montfermeil, que Victor Hugo installe l’auberge des Thénardier. C’est de là que Cosette descend chercher de l’eau à la source, un seau à la main, dans le noir. Quarante ans plus tard, Eugène Belgrand creusera une galerie pour faire venir l’eau de source jusqu’à Paris. Aujourd’hui la forêt régionale est classée forêt de protection et reçoit plus d’un million de visiteurs par an ; le but de la promenade de la Dhuis est aussi de « déconcentrer »  les promeneurs, de leur permettre de sortir du bois et de moins peser sur lui.

Puis vient le gypse. Sous le bois de Bernouille, on marche au-dessus d’un vide autrement plus vaste que l’aqueduc : une carrière souterraine de 82 hectares sous Coubron, Livry-Gargan et Vaujours, d’où sortent 500 000 tonnes de gypse par an, extraites des galeries de huit mètres de large, remblayées au fur et à mesure avec les déblais des chantiers du Grand Paris. Le gypse de l’est parisien, c’est le « plâtre de Paris » : les plafonds haussmanniens hier, les plaques de BA13 des grandes surfaces de bricolage aujourd’hui. Une activité essentielle pour le bâtiment, mais dont la production provoque régulièrement des levées de boucliers des écolo. Île-de-France Nature, qui gère la promenade, vit au milieu de ces tensions : un dialogue permanent avec les communes, les industriels, les riverains et les associations de défense de l’environnement.

Et l’eau, donc. Plus une goutte sous les pieds du randonneur : la galerie est à sec depuis 2009, quand la Ville de Paris a bétonné 700 mètres de conduit du côté d’Annet-sur-Marne. L’eau de la Dhuis coule toujours, mais elle quitte l’ouvrage en amont : elle alimente en eau potable les six communes du Val d’Europe, Disneyland Paris compris, à raison de trois millions de mètres cubes par an, dont 47 % venus de la source. En 2015, Val d’Europe Agglomération a racheté les 97 premiers kilomètres de l’aqueduc à Eau de Paris et au Syndicat des eaux de la Brie, pour 4 millions d’euros. L’eau que le Second Empire captait pour les Parisiens sort désormais des robinets de Marne-la-Vallée.

Le tronçon aval, celui qu’on marche, a suivi le même chemin, plus lentement. Paris l’a d’abord prêté à la Région par convention, en 1997 ; l’Agence des espaces verts, devenue Île-de-France Nature, y a ouvert la promenade en 2008. Puis, en 2020, la Région a acheté la Dhuis à la Ville de Paris ; la partie urbaine, en Seine-Saint-Denis, est encore en négociation.

Ailleurs, sur les coteaux et dans les bois, l’Agence achète dans ses périmètres d’intervention foncière au fil des ventes ou en allant chercher les propriétaires, à des prix que les services de l’État encadrent pour que la nature ne se paie pas au tarif du terrain à bâtir. Et si la Région y tient, c’est que la Dhuis ne sert pas qu’à sortir de la ville : pour des communes qui manquent de parcs, c’est la nature qui entre. Un parc de proximité en semaine, la porte des coteaux le week-end, un axe sans voiture, plus frais que la rue. 

Aération d'une carrière de gypse, Bois de Bernouille. Le gypse de ce territoire est exploité depuis des siècles pour produire le plâtre des bâtiments parisiens.
Aération d’une carrière de gypse, Bois de Bernouille. Le gypse de ce territoire est exploité depuis des siècles pour produire le plâtre des bâtiments parisiens.
Un accès de l'aqueduc enterré de la Dhuis, dans le Bois de Bondy. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Un accès de l’aqueduc enterré de la Dhuis, dans le Bois de Bondy. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris
Au sortir du Bois de Bondy, la Vallée de Coubron. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris

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