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250 ans des USA : la France a payé, Versailles garde la facture

Bibliothèque centrale de Versailles. Galerie des Affaires Etrangères. Photo Nicolas Borel

Donald Trump est venu à Versailles pour les ors de la Galerie des Glaces. Il n'a pas vu qu'à quelques centaines de mètres dormait le vrai trésor : les archives qui racontent comment la France a financé, en secret et à prix d'or, l'indépendance américaine. Pour les 250 ans, l'ancien ministère des Affaires étrangères sort ses pièces des réserves.

Ce soir-là, sous les lustres de la Galerie des Glaces, le président américain n’a eu d’yeux que pour l’or — du doré à perte de vue. Mais ici, l’or est authentique, posé à la feuille pour Louis XIV : trois siècles d’Histoire au mur. Versailles, c’est l’original ; Mar-a-Lago, la reproduction. Ce qu’il n’a pas vu, en revanche, c’est qu’à quelques centaines de mètres dormait le vrai trésor, celui qui raconte la naissance de son propre pays. « Je suis certain qu’il ne le sait pas », sourit François de Mazières, maire de Versailles.

Négociée ici, conservée ici

Le lieu cumule en effet deux rôles rares. C’est d’abord ici que l’indépendance américaine s’est en partie jouée. L’ancien hôtel des Affaires étrangères et de la Marine, bâti en 1762 pour le duc de Choiseul, fut le ministère où se décidait la diplomatie du royaume. « C’est dans ce ministère qu’a été préparé tout le processus qui a abouti au traité d’indépendance américain, raconte le maire. Et ça a été fait dans la galerie des ambassadeurs, un très très bel endroit. » C’est là qu’en 1778 Louis XVI reçoit Benjamin Franklin et engage la France aux côtés des insurgents ; là que se négocie, en 1782-1783, la paix qui consacre l’indépendance (le traité reconnaissant les États-Unis sera, lui, signé à Paris, le 3 septembre 1783).

Et c’est ici, ensuite, que la mémoire de cet événement est conservée. Devenu bibliothèque municipale, le ministère abrite désormais « un fonds dix-septième, dix-huitième unique en France, plaide François de Mazières, la deuxième collection après la Bibliothèque nationale de France. » Par un juste retour, un Américain fortuné, James Hazen Hyde, lui a légué les 10 000 livres qu’il avait réunis sur l’indépendance des États-Unis. Le lieu où l’on a fait l’Histoire est ainsi devenu celui où on la garde. Il est d’ailleurs, depuis juin 2025, le premier site labellisé « Patrimoine de la diplomatie ».

Les armes secrètes et la facture cachée

Pour les 250 ans, la bibliothèque sort justement de ses réserves deux pièces qui racontent, à elles seules, le prix payé par la France. La première est une lettre du comte de Vergennes, ministre des Affaires étrangères de Louis XVI, à Beaumarchais. Car avant d’être l’auteur du Barbier de Séville, le père de Figaro fut l’agent secret et le marchand d’armes du roi : via une société fictive, Roderigue Hortalez & Cie, financée par un million de livres tirées du Trésor royal, il fit passer aux insurgents canons, fusils et poudre — bien avant l’alliance officielle de 1778, et sans éveiller les soupçons de l’ambassadeur d’Angleterre. La seconde pièce est le Compte rendu au Roi de Necker (1781) : le directeur des finances y affichait un excédent de dix millions de livres — à condition de ne pas compter la guerre d’Amérique, qui creusait en réalité le déficit. Au total, soutenir l’indépendance américaine coûtera à la France près de 1,6 milliard de livres. La dette qui en résulte allumera, quelques années plus tard, la mèche de sa propre révolution. Deux documents, deux républiques : celle que la France a aidé à faire naître, et celle qu’elle s’est faite à elle-même.

Les Américains le savent-ils ? « Sans doute pas assez », concède le maire. Macron, lui, a raconté toute l’histoire à Trump pendant le dîner — Vergennes, Franklin, 1778 — assurant que l’indépendance américaine « s’est aussi un peu construite ici ». L’État met en scène la légende sous les lustres ; les preuves, elles, attendent sans tapage rue de l’Indépendance américaine.

Pour les 250 ans, la Ville de Versailles ouvre justement ses portes et ses réserves :

  • 2 juillet, 17 h 45, salle Holmes — conférence de Bertrand Van Ruymbeke sur la guerre d’Indépendance (Amis de Versailles), et présentation des deux documents exceptionnels : la lettre de Vergennes à Beaumarchais et le Compte rendu au Roi de Necker.
  • 3 juillet, 18 h, Bibliothèque Choiseul — Jeff Hawkins, ancien ambassadeur des États-Unis : « 250 ans d’indépendance américaine, et après ? » Entrée libre.
  • 4 juillet — concert anniversaire, Bibliothèque Choiseul.
  • 4 au 11 juillet, 13 h-18 h (10 h-18 h les samedis) — parcours « France – Amérique, de la Renaissance à l’Indépendance américaine », Galerie des Affaires étrangères.
  • 19-20 septembre — Journées du patrimoine et réouverture du parcours.
  • 22 au 26 septembre, 13 h-18 h (10 h-18 h le samedi 26).