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La Réserve des Arts ferme à Montreuil. Pourquoi l’Economie sociale et solidaire, ça rame toujours ?

La réserve des Arts à Pantin. DR
La réserve des Arts à Pantin. DR

Née à Pantin puis installée à Montreuil, la Réserve des Arts a définitivement fermé ses portes le 1er septembre, après 17 ans d'activité. Cette immense ressourcerie réservée aux professionnels de la culture remettait chaque année des centaines de tonnes de matériaux en circulation. Une fermeture qui pose une question essentielle : qu’est-ce qui manque à ces lieux pour durer ?

À Pantin, une caverne réservée aux initiés

Nous l’avions visitée avant son départ de Pantin, avec l’impression d’entrer dans un immense bric-à-brac réservé aux initiés. La Réserve des Arts n’était pas un Emmaüs géant ouvert à tous : pour y acheter, il fallait adhérer et appartenir au monde culturel, créatif ou artisanal. Artistes, décorateurs, scénographes, étudiants, professionnels du cinéma ou du théâtre venaient y chercher des tissus, des plaques, des éléments de décor ou des matériaux parfois presque neufs, à des prix sans commune mesure avec ceux du neuf.

Le lieu ajoutait encore à l’étrangeté. À Pantin, la Réserve occupait un gigantesque hall dans les vieux ateliers de la Sernam, l’ancien service de messageries de la SNCF. Pour le visiteur profane, il fallait souvent un peu d’imagination pour comprendre ce qui était exposé et surtout ce que l’on pouvait en faire. Pour ceux qui savaient s’en servir, c’était une mine.

Faire circuler ce que la culture ne voulait plus

L’association était née en 2008 et avait grandi à Pantin. Son idée était simple : récupérer ce que les musées, les théâtres, les maisons de mode ou les tournages ne voulaient plus, trier et remettre en circulation tissus, bois, plexiglas, cuir ou éléments de décors, puis les revendre à prix modeste aux artistes, artisans, étudiants et scénographes.

La Réserve avait depuis quitté Pantin pour 5 000 m² à Montreuil et semblait avoir largement dépassé le stade de l’expérimentation. Selon ses chiffres, elle avait collecté 512 tonnes de matériaux en 2025, comptait plus de 9 000 structures et créateurs adhérents, quelque 35 écoles d’art partenaires et près de 30 salariés. Autrement dit, le réemploi culturel avait trouvé son public.

Ce qui disparaît avec la Réserve des Arts

Cela n’a pas suffi. Le 12 août, le tribunal des activités économiques a prononcé la liquidation judiciaire de l’association, qui a définitivement cessé son activité le 1er septembre. Dans son message d’adieu, l’équipe évoque « une dégradation des équilibres organisationnels, de gouvernance et financiers », mais aussi la fatigue accumulée et la précarité des conditions de travail. C’est ce qui distingue assez nettement cette disparition de celle, annoncée, du tiers-lieu de la Cité Fertile, née à quelques pas de là, à Pantin. La Cité Fertile a toujours été un lieu temporaire. La Réserve des Arts, elle, cherchait précisément à ne plus l’être.

Sa fermeture ne prive donc pas le grand public d’une ressourcerie de quartier. Elle prive surtout les artistes, les écoles, le cinéma, le théâtre et les métiers de la fabrication culturelle d’un outil devenu rare : un endroit où récupérer à bas prix des matériaux de qualité qui, ailleurs, auraient fini jetés.

Elle ne dit pas non plus que le réemploi ne fonctionne pas. Les 512 tonnes collectées en une seule année montrent plutôt le contraire. Elle pose une question beaucoup moins confortable : comment financer durablement ceux qui le rendent possible ?

La réserve des Arts à Pantin. DR
La réserve des Arts à Pantin. DR

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